Régionales, l’oeil de Lyon

Jean-Jack Queyranne, le professionnel de la politique

Portrait

lundi 15/03/2010 - mis à jour le 15/03/2010 à 23h19

Il devra faire beaucoup de compromis, mais Jean-Jack Queyranne a tenu son pari : le président sortant en Rhône-Alpes arrive devant Europe Écologie au premier tour des Régionales, et assure sa réélection à la tête de la future majorité. Portrait d’un discret mais redoutable “homo politicus”, enfant du quartier du Tonkin à Villeurbanne et grande figure de la gauche lyonnaise.

Voir les résultats du premier tour en Rhône-Alpes ici.

Qui, à Montpellier, connaît Jean-Jack Queyranne ? Ce fils de flic de 64 ans n’a ni l’aura de Ségolène Royal ni la réputation de Georges Frêche [1], et pourtant il vient d’arracher l’assurance d’accomplir un second mandat à la tête de la deuxième région de France (en superficie avec 43 698 km², en économie avec 9,8% du PIB français, et en démographie avec 6 millions d’habitants). Rhône-Alpes, c’est aussi un budget de 2,4 milliards d’euros, soit plus de 2 fois celui du Languedoc-Roussillon.

Le pro de la politique

Jean-Jack Queyranne n’a jamais été un prêtre du non-cumul des mandats. Encore moins un pratiquant : premier adjoint à la mairie de Villeurbanne en 1977 derrière Charles Hernu, il file plus tard à Bron, où il devient maire en 1989. Ce qui lui permet de devenir du même coup vice-président de l’agglo sous Raymond Barre.

JPEGParallèlement, il est élu 6 fois député (la dernière en 2007). Mais devenu secrétaire d’État en 1997, puis ministre en 2000, il doit lâcher du lest (sa mairie de Bron). Avant d’en reprendre en 2004, en raflant la Région avec l’appui de toute la gauche (Les Verts le rejoignent au 2ème tour). En 2010, il est donc toujours président de Région et député, à l’inverse de Ségolène Royal qui a cessé ce cumul en juin 2007.

Avec un tel bagage, on oublierait presque que Jean-Jack Queyranne a eu un autre métier dans sa vie : maître conférencier à l’université Lyon 2. Professeur de science po, il faut le préciser. Car Queyranne, c’est avant tout un professionnel de la politique.

Avant le naufrage de 2002

JPEGLionel Jospin l’a vite senti. En 1983, c’est lui qui introduit Jean-Jack Queyranne au secrétariat national du parti présidentiel. Avant d’en faire, deux ans plus tard, son porte-parole.

Si l’élu de Bron doit beaucoup à Lionel Jospin, Jacques Chirac l’a aussi indirectement aidé. En 1997, Chirac dissout l’Assemblée nationale et la Gauche plurielle, à la surprise générale, remporte les élections législatives anticipées.

Au soir du deuxième tour, alors qu’il fête la victoire, Jean-Jack Queyranne reçoit un coup de fil du nouveau Premier ministre. Lionel Jospin propose un poste de secrétaire d’État à l’Outre-mer. Sans avoir le temps de réfléchir, Queyranne accepte l’offre dans la soirée.

JPEGTout au long des cinq ans de la Gauche plurielle, Lionel Jospin continue de faire confiance à son poulain. D’abord en lui confiant l’intérim du ministère de l’Intérieur en 1998, suite à l’accident d’anesthésie subi par Jean-Pierre Chevènement. Puis en 2000, en le nommant ministre chargé des Relations avec le Parlement pour tout le reste du mandat. À ce titre, Queyranne contribue à faire passer l’inversion du calendrier électoral voulue par Lionel Jospin, et qui va durablement accentuer le présidentialisme du régime.

C’était avant le naufrage d’avril 2002. Une éternité. Depuis, le patron de la région Rhône-Alpes fait partie de ces éléphants du PS qui sont inlassablement cités, élection présidentielle après élection présidentielle comme des ministres d’un futur gouvernement de gauche. Queyranne étant un grand fan de musique, comme il l’a encore démontré la semaine dernière en meeting (voir notre article ici), on l’annonce systématiquement à la Culture.

Mais comme le PS perd les scrutins présidentiels, l’élu lyonnais retourne bredouille à ses bastions à chaque fois.

La vague Europe Écologie

JPEGAux régionales de 2010, pour contrer ce ténor indéboulonnable, l’UMP a voulu s’en remettre à la nouvelle députée européenne Françoise Grossetête. Mais après la publication d’un sondage TNS Sofres en septembre par le mensuel Mag2 Lyon, personne n’imaginait qu’elle pourrait l’emporter.

Le sondage de Mag2 Lyon a révélé que le vrai danger pour le président Queyranne venait de son propre camp. Après les européennes de juin 2009, plus rien ne semble pouvoir arrêter la vague Europe Écologie.

En juillet, les Verts refusent de cautionner le soutien aux JO d’Annecy, pour le plus grand plaisir de Jean-Claude Carle, leader du groupe UMP. « Jean-Jack Queyranne doit être fatigué de jouer le funambule, le contorsionniste et le prestidigitateur », se réjouit alors le chef de file de l’opposition.

Dans la foulée, les Verts se trouvent une figure de la société civile pour les représenter aux régionales : le pédagogue Philippe Meirieu.

Toujours au centre du jeu

Jean-Jack Queyranne a la réputation d’être un grand nerveux mais il a appris à laisser crier sa droite, désormais paisible comme la musique classique qu’il va souvent écouter à l’Opéra de Lyon. En vieux mitterrandiste, il sait parfaitement exploiter les faiblesses du camp adverse, comme le prouve cette vidéo où il évoque le vote des immigrés juste avant de céder la parole à Bruno Gollnisch, patron du FN. Un grand classique !

Mais, si le très bon résultat obtenu par le FN de Bruno Gopllnisch dimanche dernier l’arrange finalement (son maintien au deuxième tour prive Françoise Grossetête de sa plus grosse réserve de voix), on l’a en revanche dit très inquiet du résultat potentiel des Verts avant le premier tour. Anxieux, Jean-Jack Queyranne l’a été jusqu’au bout, allant même jusqu’à demander au CSA que TF1 déprogramme Ushuaïa la veille de l’élection, par peur d’un “effet Home”.

Jean-Jack Queyranne s’emporte parfois, mais il n’en reste pas moins un redoutable tacticien. Il l’a encore prouvé cette fois-ci. Europe Écologie a grossit en Rhône-Alpes, mais c’est lui qui reste au cœur du jeu. Il n’a pas besoin non plus de se tourner vers le MoDem, qui n’a pas atteint les 5%. Ce qui lui permet de faire revenir le Front de Gauche, hostile au parti centriste, dans sa majorité.

Il faudra se plier aux nouvelles règles

Dans la triangulaire Gauche/UMP/FN qui s’annonce dimanche prochain, “la majorité arc-en-ciel” a donc toutes les chances de reprendre la main pour les quatre ans à venir. Le jeu à deux tour a parfaitement fonctionné pour le PS en Rhône-Alpes.

Mais si la réforme territoriale devait passer telle que voulue par le gouvernement (un mode de scrutin à un tour pour l’élection des futurs conseillers territoriaux), il faudra bien que la gauche arc-en-ciel de Rhône-Alpes se mette en ordre de bataille avant l’élection. Et non pas après.

Notes

[1Même dans la région qu’il dirige, Jean-Jack Queyranne ne jouit pas d’une grande notoriété. En décembre dernier, un sondage LH2/France Bleu a démontré que seulement 20% des sondés Rhône-alpins connaissaient le nom de leur président de région.

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