Cinemed

La deuxième jeunesse de Coppola

dimanche 01/11/2009

Le dernier film de Francis Ford Coppola, "Tetro", a été présenté samedi soir 31 octobre au Corum pour l’avant dernier jour du Cinemed. Un tableau esthétique et déroutant.

Que les fans du Parrain le pardonnent, mais Francis Ford Coppola revient cette année avec un film plus personnel. Une fois encore. 35 ans après avoir raflé sa première Palme d’Or en 1974 pour Conversations secrètes, le réalisateur américain semble avoir définitivement rompu avec la génération du “nouvel Hollywood” pour suivre son propre chemin. Après la Roumanie dans L’Homme sans âge (2007), c’est à l’Argentine qu’il s’est attaqué avec son nouveau film, Tetro. L’histoire d’un artiste névrosé et cabossé qui fuit la lumière.

Le scénario est classique. Fils d’un grand compositeur (comme Coppola lui-même), Bennie (Alden Ehrenreich) quitte New-York à 18 ans pour retrouver Angie alias “Tetro” (Vincent Gallo), son frère aîné, un écrivain exilé dans le quartier de la Boca à Buenos Aires. Les thèmes privilégiés du réalisateur d’Apocalypse Now (1979) y ont la part du lion : la filiation père-fils, la fratrie, la folie, le prestige et ses ombres, la quête de réponses et l’abyme. « Une histoire de rivalités ».

Le tout se tient, grâce à une mise en scène impeccable agrémentée de plans fixes et de portraits monumentaux. Coppola n’a pas mis bien longtemps à comprendre ce qu’il pouvait tirer du numérique. L’image est lisse, textile et détaillée. Le film tiraille entre le noir-et-blanc et un bleu froid, à l’exception des quelques apparitions en couleur du père compositeur, Carlo Tetrocini (Klaus Maria Brandauer).

Tetro est un film qui a de la gueule. Ses nombreux personnages en ont aussi, au propre et au figuré. Le charisme ombrageux de Vincent Gallo, qui incarne un homme torturé par son passé, tranche avec la “bella figura” de son petit frère candide interprété par Alden Ehrenreich, réincarnation de Di Caprio à ses débuts. Un tandem indéniablement gagnant. Un retour au sommet pour l’un, une révélation pour l’autre. Aucun des deux n’en pâtit.

Dans cet univers envoûtant, Coppola se joue de symboles visuels et narratifs : le miroir, la lumière, la danse, le théâtre... La magie et l’intrigue aussi. Et c’est là que le film pêche probablement. Car si le tour de magie captive la curiosité, la révélation de son secret de fabrication suscite aussitôt le désenchantement. Or Coppola se laisse aller à dévoiler ce qui n’a pas besoin de l’être si explicitement, laissant peu de place pour la spéculation de l’imaginaire. Dommage, d’autant que les scènes en question tournent par instants au grotesque.

L’essentiel est quand même là. Le réalisateur septuagénaire réussit son pari : se distinguer une nouvelle fois de sa génération, se réinventer de film en film. Quitte à rester toujours imparfait. Les mains libres financièrement, Coppola innove et prend des risques. A Beyrouth au début du mois, il a laissé entendre que le Liban pourrait un jour accueillir l’un de ses contes. Il se fait plaisir, et personne ne lui dicte son texte. Quand Canne a voulu reléguer son Tetro à la catégorie honorifique en mai dernier, le double lauréat de la Palme (également cinq fois oscarisé) a finalement choisi de rejoindre la Quinzaine des réalisateurs. Soit le carré cannais des jeunes talents. Comme un symbole, un de plus.

Tetro - sortie le 23 décembre -

États-Unis & Argentine - 2009 - 2 h 07 mn -

Réalisation & scénario : Francis Ford Coppola -

Interprétation : Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, Maribel Verdù, Carmen Maura, Klaus Maria Brandauer, Rodrigo De La Serna, Leticia Bredice, Mike Amigorena, Sofia Castiglione, Erica Rivas

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