Cinéma

Largo Winch II : entre Jean Van Hamme et Michael Bay, il faut choisir

vendredi 18/02/2011 - mis à jour le 18/02/2011 à 16h46

En 2008, Jérôme Salle a réussi un coup de maitre : imposer son Largo Winch sur les écrans. Un pari gagnant qui lui donne envie de récidiver deux ans plus tard. Décryptage d’une suite de tous les dangers, sortie le 16 février 2011.

Largo Winch vient d’hériter du Groupe W, le plus grand conglomérat d’entreprises multinationales jamais dirigé et possédé par un seul homme. Et ce “jeune milliardaire en blue jeans”, encore mal à l’aise lorsqu’il s’agit de gérer les affaires de feu son père adoptif, Nerio Winch, prend une décision radicale : vendre son empire, estimé à 53 milliards de dollars, et investir l’intégralité de cette somme dans une fondation humanitaire. Un noble geste qui le laisse à la merci de ses ennemis, publics ou de l’ombre, prêts à tout pour arriver à leurs fins. Même à ouvrir la boîte de Pandore…

Sur le papier, ce film ne peut que plaire. Sur grand écran, l’affaire n’est pas conclue d’avance.

Jérôme Salle picore sans élever le niveau

Jérôme Salle a bien l’intention de scotcher ses spectateurs à leur siège dès les premiers plans. Pas le temps d’entamer les popcorns que Tomer Sisley met son coupé sport à l’épreuve des balles, histoire de voir combien d’impacts le bolide peut supporter. Fâché avec les plans fixes, le réalisateur transforme ses scènes d’action en machines à maux de tête. Et que dire des explosions et autres jeux pyrotechniques… N’est pas Michael Bay qui veut et un seul suffit au monde du cinéma ! Seules les scènes de combats à mains nues, impressionnantes et parfois dérangeantes de réalisme, rattrapent le coup.JPEG

Concernant le scénario, les lecteurs assidus des Largo Winch de Jean Van Hamme et Philippe Francq sont bons pour l’épuisement cérébral. Largo ne rencontre pas Simon Ovronnaz dans une prison turque mais au milieu de la jungle birmane. Cette histoire rappelant étrangement celle de Sveig Larsen dans « H » [1]. Freddy, le pilote du fils Winch, connait aussi quelques déboires… Pour le reste, Jérôme Salle et Julien Rappeneau ont picoré dans plusieurs tomes. Une touche d’ « OPA » [2], un zeste de « Business Blues » [3], quelques morceaux de « La forteresse de Makiling » [4] et un soupçon de « L’heure du tigre » [5].

Pour le premier opus, l’équipe du film s’était inspirée de la bande dessinée tout en créant son propre Largo Winch. D’abord en donnant le rôle principal à Tomer Sisley, qui ne ressemble en rien au jeune homme imaginé par Philippe Francq, et qui finalement n’a rien à lui envier ! Puis en réinventant complètement la période “Quand Largo devient un Winch”, pour le plus grand plaisir des spectateurs (1 768 577 entrées en douze semaines). Pour le second film, Jérôme Salle reste collé aux œuvres d’origines en les arrangeant à sa convenance. Pas de quoi ravir les puristes de la série, ni donner une nouvelle dimension à Largo Winch.

Kristin Scott Thomas : 1 – Sharon Stone : 0

JPEGSi Tomer Sisley crève l’écran, ce n’est pas une raison pour négliger les seconds rôles. La participation de Laurent Terzieff (décédé en juillet 2010) ajoute un côté dramatique et profond au film. De son côté, Nicolas Vaude incarne à la perfection le major d’homme de Largo Winch, prénommé Gauthier. Ses interventions, certes moins incisives que celles d’Alfred, le confident de Bruce Wayne [6], sont décalées et donc désopilantes. À tel point que Simon Ovronnaz, joué par Olivier Barthelemy, est en comparaison quasiment inexistant. Il n’a gardé du suisse cambrioleur de Van Hamme et Francq que son côté Don Juan.

Il reste à Jérôme Salle une carte à abattre : la dame de fer, Sharon Stone. Depuis des semaines, Tomer Sisley et lui ne tarissent pas d’éloge sur le jeu de l’actrice. Cependant, il en faut beaucoup pour détrôner la grande Kristin Scott Thomas, impériale en Ann Ferguson dans le premier Largo Winch. Sharon Stone manque quant à elle de profondeur. Elle interprète un procureur zélé, mangeuse de PDG véreux au boulot, et d’hommes quels qu’ils soient en dehors. Et il semble que sa garde robe a été élaborée avec plus de soin que son personnage.

Largo Winch a été un succès en 2008 entre autres parce que c’était un bon film d’action à la française (plutôt rare ces dernières années). Alors que le premier film était sobre, rythmé et inventif, le second a été réalisé à l’américaine, pour devenir un blockbuster… Mais en a-t-il les capacités ? La réponse dans quelques semaines.

Bande-annonce Largo Winch II - VOSTFR

Notes

[1Tome 5

[2Tome 3

[3Tome 4

[4Tome 7

[5Tome 8

[6alias Batman

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