Tout ce qu’il me reste de la révolution, une comédie militante

Dans son premier long-métrage réalisé qui sortira le 6 février 2019, Judith Davis joue le rôle d’Angèle, une urbaniste et révolutionnaire affirmée. Son objectif, remettre le militantisme au goût du jour à une époque où il disparaît peu à peu.

Ne jamais cesser de remettre le système en question. C’est l’idée principale mise en avant dans cette comédie dramatique. Angèle, fraîchement remerciée par ses anciens patrons et désireuse de s’approprier l’héritage révolutionnaire transmis par ses parents, crée un collectif  d’expression collective et anti-système à Paris. Elle admire son père, un ancien maoïste qui “n’a jamais cédé ni à la tentation du confort ni au renoncement”. Il est d’ailleurs le seul de la famille à soutenir sa fille dans ses ambitions militantes.  Alors que son aînée a opté pour un mode de vie plus confortable avec son mari et ses enfants, Diane, son ex-femme, s’est désengagée des mouvements contestataires de gauche, déçue par le gouvernement de Jospin, trop libéral à son goût. Un choix très mal perçu par Angèle qui, depuis, a coupé le contact avec cette dernière. Son engagement pour le groupe de réflexion qu’elle a formé va également lui permettre de trouver l’amour auprès de Saïd, directeur d’école qui partage sa conception libre de la vie.

Dévouée à l’idée de lancer une révolution qui lui paraît fondamentale, elle ne manque pas de créativité pour tenter de rallier des nouveaux adhérents issus de divers milieux professionnels à sa cause. Ne parvenant à s’entendre sur peu de choses, les échanges entre les membres du groupes ont vite pris une dimension hilarante ce qui ne les empêche pas de nouer des liens entre eux.

Angèle, illustration de la philosophie de Judith Davis

A côté de cela, un projet  lui tient à coeur, la création d’une rue reliant Paris à Montreuil pour que la banlieue ne soit plus séparée du centre de la capitale. Le système capitaliste auquel Angèle s’oppose radicalement est représenté à travers certains personnage dont celui de Stéphane, son beau-frère. Lors d’une scène de dispute avec Léonore, meilleure amie d’Angèle, il n’hésite pas à monter le ton pour défendre l’idée qu’une entreprise aspirant à la croissance doit impérativement se séparer de ses éléments les moins productifs sans se préoccuper de leur mal être.

La bande sonore du film caractérise également la dimension engagée de celui-ci. On retiendra par exemple, l’hymne de l’Armée rouge bolchevique qui rythme une scène de romance entre Angèle et Said. Même si elle insiste sur le fait que ce film n’est pas lié à une histoire personnelle, Judith Davis n’est pas complètement détachée de son personnage. “On ne peut pas rentrer chez soi le soir et se vanter d’avoir vendu des ordinateurs à des gens qui n’ont même pas de connexion Internet”, dénonce la réalisatrice. Ce long-métrage a mobilisé peu de moyens de financiers et a  mis du temps à se concrétiser. “J’ai commencé à y réfléchir en 2012 mais pendant longtemps personne n’en voulait”, avoue t-elle. Issue du théâtre, l’actrice confie également que ce tournage l’a obligé de revoir sa manière d’interpréter son rôle, elle qui a l’habitude “d’écrire en jouant”. Elle comptait sur tous les acteurs pour mener à bien son rôle.

En reprenant la trame de cette comédie, impossible de ne pas penser au  mouvement populaire des gilets jaunes qui secoue actuellement l’hexagone. “Pour moi ce mouvement a un véritable sens politique qui montre toute la colère du peuple”, explique Judith Davis. Ils pourraient même s’en inspirer. 

 

 

Jawad Rhalib, artiste conscient et libre

Réalisateur engagé, attiré par le réalisme social, Jawad Rhalib a ouvert mardi dernier le Festival international du film politique à Carcassonne avec son nouveau documentaire, « Au temps où les arabes dansaient ». Via ses productions, il n’a qu’une obsession : transformer les mentalités.

« J’ai toujours voulu être acteur de ma vie, pas uniquement me mettre sur un balcon et regarder passer la vie, les gens. » Voilà chose faite. Depuis ses débuts, le cinéaste a réalisé plus d’une vingtaine de films. Tous, sur des problématiques sociales. Tous, pour « éveiller les consciences, changer le monde », explique le Belgo-Marocain de 53 ans, qui s’avoue « pessimiste mais engagé ». Pour le documentariste, réaliser était une évidence, autant que montrer l’immigration et la culture arabe sur grand écran.

« Le cinéma est mon arme politique »

Tout a commencé en 1991. Après des études en journalisme et en communication à l’Université catholique de Louvain-La-Neuve, Jawad Rhalib s’est tourné vers le cinéma. S’il ne peut citer le nombre de « grands réalisateurs » qu’il apprécie, un l’a pourtant marqué plus que les autres. Ken Loach. « C’est un véritable exemple. Un maître du réalisme social. À travers ses documentaires, vous captez le réel grâce à des sujets et des personnages ancrés dans la réalité. C’est la meilleure école », pointe le cinéaste qui ne peut s’empêcher de revenir « à ce terrain de jeu incroyable. »

Et le réalisateur aime parler des vérités qui dérangent. De « Regards sur l’Inde » sur la cohabitation des religions dans le pays à « Au temps où les arabes dansaient » dernièrement, Jawad Rhalib use du cinéma pour faire entendre sa voix. « Je ne manifeste jamais, je ne porte pas de pancartes dans la rue. Le grand écran est ma manière de résister. L’outil qui me sert pour dénoncer les injustices et accompagner des actions. » Bref, il l’assure. « Le cinéma est mon arme politique. »

« El Ejido, la loi du profit », en 2005, a eu un effet boule de neige. Le film résume l’exploitation des travailleurs immigrés dans les serres d’Alméria, où dans leurs cabanes de fortune, ces hommes de l’hombre n’ont ni eau, ni électricité. À l’issue de la projection, ces conditions déplorables racontées provoquent un vif débat entre les parlementaires espagnols. Les lois changent et le scénario reçoit plusieurs prix, dont celui du meilleur documentaire au Fespaco 2007. « À tous ceux qui pensent le contraire, les films font bouger les lignes », ajoute Jawad Rhalib, qui projette d’ores-et-déjà deux futurs projets. Tout aussi engagés.

Des gilets jaunes pour la culture et l’éducation

Son constat est sans appel. « Quand je regarde ce qu’il se passe, on n’a pas terminé de payer le prix du communautarisme. Ce fascisme islamique va nous tuer. Il faut l’endiguer. » Vans aux pieds, tatouage sur le bras, le Belgo-Marocain demande à ce que l’on applique simplement les lois déjà en vigeur contre les salafistes. « Avec mon allure, je ne peux pas aller partout au Maroc. Ici, on ne peut pas porter la burqa et le niqab [interdiction de dissimuler son visage dans l’espace public]. Malheureusement, les politiques ont peur d’allumer le feu, mais en ne faisant rien, ils donnent à cette minorité tous les droits. »

La solution ? L’éducation. « Je suis content qu’on puisse apprendre l’arabe à l’école. Je suis content qu’on puisse découvrir l’Islam autrement que par les discours des extrémistes. » Et rebondissant sur l’actualité du moment, le réalisateur espère. « On parle d’environnement, d’impôt, mais on n’oublie cette menace [du communautarisme] qui est là et qui va vraiment nous bousiller si on la laisse progresser. Il faudrait des gilets jaunes pour la culture et l’éducation. C’est notre unique porte de sortie. » 

Grand entretien avec Richard Sammel (1/2) : Le cinéma.

De OSS 117 à Inglourious Basterds en passant par Un village français, Richard Sammel a enchaîné les productions à succès, devenant l’un des nazis les plus populaires du cinéma international.
Membre du jury du premier Festival International du Film Politique (FIFP) qui se clôturera ce samedi à Carcassonne, l’acteur allemand nous livre son regard sur le monde du cinéma et évoque ses nouveaux projets.

“Le cinéma politique permet de trouver des solutions et de ne plus se taper sur la gueule”

Pourquoi avoir accepté de faire partie du jury du premier Festival International du Film Politique ?

D’une part, je souhaitais soutenir cette initiative. Car d’une manière générale, il manque de films politiques à l’écran. Le film politique est un moyen pour l’art de pointer ce qui ne va pas dans la société. Et comme il y a beaucoup de choses qui ne vont pas aujourd’hui, je trouve important qu’un festival comme celui-ci existe pour les mettre en lumière.
Mais je viens aussi pour moi, tout simplement, en tant qu’étudiant, pour découvrir des films qu’autrement je ne verrai pas car ils risquent d’être peu programmés en salles.

Quel regard portez-vous sur ce début de festival ?

Il est très intéressant et offre une belle base de réflexion. On sent un vrai intérêt du public notamment lors des discussions avec les équipes des films après les diffusions. C’est super important de créer des événements fédérateurs comme le FIFP. A partir du moment où on arrive à discuter ensemble, on évite de se taper sur la gueule. On se rend compte qu’on est tous dans le même bateau et qu’on peut trouver des solutions pour s’en sortir.

“Si je suis juste là parce que je suis Allemand, que je porte bien l’uniforme et que je peux crier d’une manière assez convaincante, ce n’est pas la peine.”
Depuis vos débuts à l’écran en 1991 dans La Secte de Michele Soavi, vous avez décroché plus de 110 rôles. Qu’est-ce qui vous passionne tant dans le cinéma ?

J’ai depuis toujours un goût prononcé pour l’art au sens large. J’ai d’abord fait des études de musique puis le jeu de l’acteur a pris le dessus et j’ai eu la chance d’en faire mon métier. Je me considère constamment comme un élève itinérant. Je vais toujours là où les challenges m’attendent, surtout s’ils me font peur. Il est passionnant de sortir de sa zone de confort. J’aime m’exposer à d’autres langues et d’autres cultures par exemple.

Vous avez souvent joué des rôles d’officier allemand pendant la Seconde Guerre Mondiale au cours de votre carrière. Sortir de votre zone confort, c’est aussi chercher d’autres rôles que celui du nazi ?

J’ai joué une vingtaine de fois ces rôles là. Sur 110 films, ce n’est pas tant que ça finalement. Mais c’est vrai que ces rôles ont marqué mon CV car ils ont connu un grand succès (La vie est belle, OSS 117, Un Village français, Inglourious Basterds). Je ne suis pas lassé de ces rôles là, je suis plutôt lassé de me répéter tout le temps. Car il me semble que beaucoup de scénaristes utilisent ce rôle d’officier allemand dans une logique de réduction historique. On essaye de cantonner les nazis à des espèces de brutes, sadiques et sans coeur. On laisse le spectateur dans sa zone de confort. Si je suis juste là parce que je suis Allemand, que je porte bien l’uniforme et que je peux crier d’une manière assez convaincante, ce n’est pas la peine. A partir du moment où ça ne me fait pas grandir en tant qu’artiste, ça ne m’intéresse pas.
Par contre des personnages complexes, comme celui d’Heinrich Müller dans Un village français, où l’on prend le temps de raconter l’histoire d’un homme, c’est différent.

 “La réalisation est l’un des rêves que je poursuis”

Vous avez tourné avec de nombreuses légendes du cinéma comme Brad Pitt ou Quentin Tarantino. Qu’est-ce qui ressort de ces expériences ?

C’était nul (rires). Non je plaisante bien sûr, c’était un rêve qui se réalisait. Que dire de plus ? C’était magnifique bien évidemment ! Plus simple, chaleureux et instructif que je ne l’imaginais. Les plus grandes stars, on les met toujours au firmament, et à partir du moment où vous les rencontrez, vous vous rendez compte qu’elles sont comme vous et moi. C’est cette approche simple finalement qui permet d’être complètement à l’aise. C’est uniquement quand vous voyez la place accordée à votre film dans les médias que vous vous dîtes “j’ai travaillé avec des Dieux”. Vous le saviez avant, vous le savez après, mais ils font en sorte que vous l’oubliez pendant. C’est ce qui rend l’expérience superbe.

Vous êtes aussi à l’aise au cinéma et à la télévision qu’au théâtre. Quelles sont vos envies pour l’avenir ?

J’aime beaucoup varier les supports. Actuellement, je suis très attiré par la comédie, les films politiques et les chroniques sociales. J’aime beaucoup les choix cinématographiques de Vincent Lindon et d’Olivier Gourmet par exemple. Ce qu’ils font est extrêmement engagé, extrêmement humain. Mais je suis très éclectique. Faire un Marvel me plairait aussi beaucoup.

N’avez-vous jamais envisagé de passer de l’autre côté de la caméra ?

 La réalisation me tente c’est vrai. Je donne des stages d’acteurs à des professionnels et il semble que j’ai un crédit auprès d’eux car on parle le même langage. Je trouve que j’ai la possibilité de sortir quelque chose d’eux qui les dépasse. C’est ce qui m’intéresse moi-même, aller au-delà de ce que je sais faire. Après, il y a aussi des histoires que j’ai envie de raconter. Ca mijote depuis un moment. Je suis actuellement en phase d’écriture. Je ne sais pas si ça va aboutir dans un scénario, mais la réalisation est sur la liste de mes rêves.

A suivre prochainement : Grand entretien avec Richard Sammel (2/2) : la politique.

Propos recueillis par Paul Seidenbinder et Boris Boutet

Costa-Gravas et Jacques Audiard, à Carcassonne, pour la première édition du Festival International du Film Politique

Dans moins de deux jours, du 4 au 8 décembre, se déroulera la première édition du Festival International du Film politique de Carcassonne (FIFP). Au programme : des invités de prestige, sept prix et une sélection pour les scolaires.

Et un de plus. Après Porto-Vecchio et Rennes, Carcassonne met à son tour la politique à l’écran pendant cinq jours. De la fiction au documentaire, pour Henzo Lefèvre, directeur de l’édition, l’objectif est « d’intéresser le grand public » au genre militant. Avec des grands classiques mais aussi des avant-premières. « Le cinéma est engagé par nature, sourit le gars d’ici. Et ce nouveau festival à Carcassonne est soutenu par beaucoup. » Notamment par la région Occitanie, et l’association Regard Caméra qui en a eu l’idée. Le défi est important pour la manifestation qui arrive après le succès des deux précédents, et tout aussi jeunes, festivals. Sera-t-il possible de faire mieux ?

Quatre jurys, sept prix et onze films en compétition

Là encore, des convives de marques sont attendus. Costa-Gravas, réalisateur emblématique du cinéma engagé, sera notamment le parrain du FIFP tandis que l’un de ses confrères, Jacques Audiard, se verra décerner le prix d’honneur. Ce n’est pas tout. Quatre jurys tout aussi brillants seront à l’oeuvre pour départager les onze films en compétition.

Le Grand Prix du Festival, le Prix de la meilleure interprétation et le Prix de la meilleure réalisation seront attribués par le jury de la compétition, composé de l’actrice Liliane Rovère, des acteurs Cyrille Eldin, Grégory Gatignol, Richard Sammel, de la productrice Salam Jawad, des réalisatrices Anne-Laure Bonnel, de l’acteur-réalisateur François Marthouret et de l’actrice-auteure Saïda Jawad.

Le Prix SFCC (syndicat français de la critique de cinéma) de la critique au sein duquel se mêlent Pascale Clark (BoxSons), France Hatron-Auboyneau (France 5/Fiches du cinéma), Bruno Cras (Europe 1), Olivier de Bruyn (Marianne/Les Echos), Alain Grasset (Le Parisien/Satellifax) et Nathalie Chifflet désignera le meilleur documentaire.

Six étudiants de sciences politiques ou en cinéma des Universités de Toulouse et Montpellier décerneront quant à eux, le Prix des étudiants à la meilleure fiction. Enfin, dix collégiens de Carcassonne récompenseront l’une des projections à destination des scolaires par le Prix de la jeunesse.

Sensibiliser le jeune public, du CM1 à la terminale

Le FIFP a pensé à tout le monde, et surtout aux élèves. Pour sa première édition, la manifestation présente une sélection pour les scolaires où chaque classe participante pourra se délecter des oeuvres sur grand écran. Après les séances, des rencontres avec les équipes du film et des intervenants spécialistes auront lieu. « Il s’agit de contribuer, par l’image, à la culture des élèves autour de grandes questions citoyennes », explique Etienne Garcia, délégué général du Festival.

Parmi un large choix de films, dont certains inédits, se glissent le dessin animé Parvana, conte sur l’émancipation des femmes en Afghanistan, ou encore le documentaire Un temps de président, racontant six mois du quotidien de François Hollande, président de la République à l’époque. Pour Henzo Lefèvre, cette démarche espère « donner une place importante aux jeunes » dont le regard manque de visibilité. « Priorité à l’éducation ! »

Côté pratique, les plus grands cinéphiles pourront suivre l’entièreté des vingt-trois séances programmées pour un prix abordable, puisque le pass, pour toute la durée du festival, s’élève à 20 euros. La journée, elle, est à 10 euros. Plus d’informations, ici.

VIDEO CINEMED #8 Haut Courant à la rencontre de Guillaume Giovanetti et Çagla Zencirci

Entretien avec Guillaume Giovanetti et Çagla Zencirci, les réalisateurs du long métrage Sibel. Au cours du Festival du cinéma méditerranéen, le site HautCourant vous propose une série de vidéos sur l’évolution du phénomène #metoo. Qu’en est-il un an après ?

Robert Guédiguian, le peuple sur grand écran

Aux côtés de ses fidèles acteurs, le plus célèbre des cinéastes marseillais préside le Jury de la 40e édition de Cinemed. L’occasion de revenir sur une filmographie riche et éclectique.

De Dernier été, son premier film produit en 1980, à La Villa, sorti en 2017, peu de choses ont changé. Ariane Ascaride et Gérard Meylan, son épouse et son ami d’enfance, qu’on prenait parfois pour son jumeau, ont bien pris quelques rides. Mais le décor n’a pas bougé. Robert Guédiguian est resté fidèle à Marseille, et plus particulièrement à son quartier de l’Estaque, décor de la majorité de ses films.
Ses thèmes, eux aussi, restent bien souvent les mêmes. Ancien membre du parti communiste et toujours engagé à gauche, Robert Guédiguian n’aime pas qu’on dise qu’il réalise des films politiques. Il n’empêche, les ouvriers, les pauvres, les résistants ou les grévistes sont omniprésents dans ses scénarios. Le cinéaste le confirme : « Je filme et filmerai toujours des personnages qui galèrent. »
Pour des fins différentes. Comédie, avec Marius et Jeannette, drame, comme La ville est tranquille, film historique, avec L’Armée du crime, ou politique, comme Le promeneur du Champ de Mars, Guédiguian exploite tous les genres.
Au fil des ans et des films, l’Estaque évolue. Un peu. La société également.  En creux, on constate un désamour croissant pour la politique et plus particulièrement un recul de la gauche et de ses valeurs au sein d’une classe populaire qui se tourne de plus en plus vers l’extrême droite.

La famille à l’honneur dans « Les neiges du Kilimandjaro

Une “famille” toujours à ses côtés

“Tribu”, “équipage”, “team”, “crew”. Les termes ne manquent pas pour qualifier, plus ou moins sérieusement, l’entourage de Robert Guédiguian. “Je préfère le terme de famille”, tranche Gérard Meylan, sans pour autant déclencher l’unanimité au sein de la troupe.
Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin, Jacques Boudet ou encore le monteur Bernard Sasia sont présents depuis ses débuts. Plus jeunes, Anaïs Demoustier, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet et Robinson Stévenin l’ont rejoint en cours de route. Tous ont conscience de prendre part à “une oeuvre collective” et à l’écriture d’une immense comédie humaine.
Car si Robert Guédiguian est seul pour écrire les scénarios, il laisse ses acteurs et son monteur libres d’interpréter leurs rôles. “On ne fait jamais de répétition avant les tournages. Je laisse chacun jouer librement et me proposer quelque chose. Puis je valide ou pas”, détaille le réalisateur. “L’amour infini porté par sa mère a donné à Robert une confiance totale en lui. C’est là sa grande force. S’il valide une scène, on sait qu’il nous soutiendra à 300%”, complète Ariane Ascaride.
Ainsi fonctionne la “famille Guédiguian” depuis maintenant 38 ans.
Il m’arrive parfois de croiser des personnes à Marseille qui se rappellent de Dernier été”, s’amuse Gérard Meylan. “Je constate qu’ils ont les tempes grises, et je me dis que c’est un privilège de vieillir avec son public.” Une histoire commune partie pour durer encore quelques temps.
On tourne notre prochain film du 26 novembre au 15 janvier. Cela s’intitule Sic transit gloria mundi, vous savez, la locution latine qui dit la fragilité de nos existences”, confiait Robert Guédiguian. Un film noir, très dur, avec en exergue une phrase : « La domination est à son apogée quand le discours des maîtres est tenu et soutenu par les esclaves.
Le cinéaste de l’Estaque n’a pas fini de filmer “le peuple”.

VIDÉO CINEMED #4 – Haut Courant à la rencontre d’Ariane Ascaride

Entretien avec Ariane Ascaride, actrice, réalisatrice et scénariste française. Au cours du Festival du cinéma méditerranéen, le site HautCourant vous propose une série de vidéos sur l’évolution du phénomène #metoo. Qu’en est-il un an après ?

José Luis Guerín, l’authenticité sur grand écran

Méconnu du grand public, José Luis Guerín est l’invité de la 40e édition de Cinemed. Ses films sont diffusés tout au long du festival. L’occasion de découvrir un réalisateur atypique.

Un béret couvrant presque toujours sa toison bouclée, José Luis Guerín a un petit air bien français. Il faut dire que l’histoire du réalisateur espagnol est liée de près à la France, dont il maîtrise très bien la langue. “Je n’ai pas fréquenté d’école de cinéma. Ma formation, je l’ai faite à Paris, comme spectateur du ciné rue Champollion”, rappelle, sourire aux lèvres, le cinéaste qui vit désormais en Provence.
La France, José Luis Guerín l’a aussi filmée. Dans la ville de Sylvia (2007) utilise les rues de Strasbourg comme décor. “Mes films sont nés de l’exploration d’un territoire”, confirme celui qui, à 58 ans,  en a exploré beaucoup. Parmi eux, Cong, petit ville de l’Ouest de l’Irlande, dans laquelle il a suivi les traces John Ford, l’un des cinéastes qui l’a inspiré, pour son long métrage Innisfree.

Cinéaste du mélange

Mais ce qui caractérise Guerín, c’est aussi et surtout sa vision originale du grand écran.
Le cinéma que je veux produire est un mélange calcul et de hasard. Quand je filme un plan, j’aime voir survenir la surprise. Je ne cherche pas à masquer les défauts ou à produire quelque chose de parfait comme ce qu’on peut voir dans l’industrie cinématographique.
Dans ses productions, Guerín entremêle avec brio documentaire et fiction. Et donne une importance cruciale aux images par rapport aux sons.
Ça me vient de mon enfance. Franco avait pour habitude de modifier les doublages des acteurs pour faire passer des messages de propagande”, se souvient-il. “Aujourd’hui encore j’aime visionner mes films sans la bande son. Ça me permet de me demander : “qu’est-ce que j’aimerai entendre à ce moment là ?” Et de ne pas être soumis aux sons.”

Opposé au séparatisme catalan

Atypique, Guerín l’est assurément. Par moment, il est aussi un homme engagé. L’année passée, le natif de Barcelone a signé un manifeste aux côtés d’autres artistes et intellectuels espagnols contre le référendum organisé par les séparatistes Catalans, jugé illégal et peu transparent. “Plus globalement je considère que le nationalisme est un processus de victimisation et de narcissisme collectif. Mais dans le même temps, l’action du gouvernement espagnol a été la pire possible et a donné les images dont le nationalisme avait besoin. C’est en partie pour ça que j’ai déménagé en Provence.”
Un nouveau décor pour son prochain film actuellement en phase d’écriture ? “Je l’espère ”, esquisse simplement le réalisateur.

SÉANCE TENANTE #1 – Avec Il Miracolo, Cinemed parie sur la série

Le Cinemed s’est ouvert vendredi soir sur une projection audacieuse. Le festival a mis à l’honneur Il Miracolo, série télévisée italienne écrite et réalisée par le romancier italien Niccolo Ammaniti. Une expérience inédite depuis la création de Cinemed en 1979.

Dès les premières secondes, le ton est donné. Le corps recroquevillé et couvert de sang d’un chef de la mafia calabraise est retrouvé dans son repaire par la police italienne. Mais ce sang qui macule le sol et les murs de la planque n’est pas le sien. Il vient des larmes de la Vierge, statuette qui pleure sans relâche neuf litres de sang par heure. La piste de la farce est rapidement écartée. Une équipe ultra confidentielle de chercheurs se lance dans le décryptage de cette sombre énigme sous l’oeil perplexe du Premier ministre italien. L’analyse du plasma démontre qu’il s’agit de sang humain masculin. « Nous sommes vraiment en train de parler du sexe d’une statue ! Après quoi ? l’ADN de la Vierge ? » s’emporte le Premier ministre dépassé par un scandale qui risque de dériver « en guerre de religion ». L’étrange statue est dissimulée au grand public dans le contexte d’un référendum pour la sortie de l’Union Européenne.

Le choix d’une série pour ouvrir cette 40 ème édition était un pari ambitieux, voire risqué. Le genre est encore largement négligé par les festivals de cinéma. Mais Cinemed a souhaité mettre en avant la créativité d’un phénomène mondial qui se propage hors petits écrans. Les plus grands cinéastes s’approprient peu à peu l’univers des séries à l’instar de Steven Spielberg, Jane Campion, ou encore le réalisateur français Cédric Klapisch. Il miracolo se veut une « fable politique existentielle sur le chaos du monde », plongeant le spectateur dans une tension constante. Un rythme lent sur un fond sonore qui renforce l’univers oppressant du drame télévisuel. Des mares rouges, un oiseau mort tombant du ciel, l’exposition de la chair animale, quelques gouttes de sang versées dans la soupe d’une femme mourante. L’esthétique est sanguinolente, à l’image du mouvement cannibale dont se réclame Niccolo Ammaniti. Violence exacerbée et vacuité morale tels sont les maitres mots de ce courant qui avait fait scandale en Italie, à sa création en 1990.

Des liens humains fragmentés dans une atmosphère sombre et angoissante

Entre isolement et solitude, un ensemble se succède un ensemble de portraits. On assiste aux écarts de la femme du Premier ministre, dépassée par sa place de « first lady ». Un prêtre décadent utilise son image d’homme pieux pour assouvir ses pulsions sexuelles et pécuniaires. La scientifique mobilisée sur l’enquête cherche par tous les moyens à sauver sa mère de l’agonie. Des liens humains fragmentés dans une atmosphère sombre et angoissante. Les thèmes bibliques se succèdent : la pietà inversée et la fustigation biblique de la chair viennent s’ajouter aux prêches sans foi et représentations mystiques obscures.

Fin de la projection, Lazar prend des allures de vieille dame ressuscitée clôturant le second épisode d’une série qui, personnellement, ne nous a pas transcendée.

Mimi, une battante pas comme les autres

Pour le documentaire, Mimi, au corps tordu par une maladie génétique, se prête au jeu et se met à nue devant les caméras de Laure Pradal. À la clef, seize années d’obstacles et de rêves filmées par la réalisatrice montpelliéraine. Portrait d’une « costaud » sans faux-semblants.

Le titre du documentaire qui lui est consacré lui va si bien. Mimi, à fond la vie. De son vrai nom Murielle Manuel, Laure Pradal n’en raconte que son courage. Une énergie débordante qui ne manque pas d’humour. « Vous n’imaginez pas, elle est costaud. C’est un sacré personnage ! », confie la cinéaste. Mimi sourit. « J’ai des coups de blues comme tout le monde mais pas face caméra. »

Et la maladie ? « On s’habitue, je suis née avec. Alors quand j’ai une bronchite, j’ai l’impression que je vais mourir mais en fait non ! », rigole la jeune femme. Atteinte d’arthrogryphose de type 2, ses articulations sont touchées et sa mobilité réduite. À la naissance, les médecins ne lui donnaient que quelques jours à vivre mais aujourd’hui, Mimi a 30 ans. Des projets plein la tête. « Trouver un travail surtout, explique cette dernière. Dans un domaine que j’aime, près de chez moi, à Ajaccio. » Puis, continuer la le dessin, l’écriture, et la chanson « même si [sa] voix est horrible sans celle du chanteur ». « C’est un super DJ aussi », ajoute la réalisatrice, enthousiaste. Mimi est toujours en action malgré la maladie et ses obstacles.

Étoile depuis 16 ans

C’est à l’âge de 12 ans que Mimi a croisé l’heureuse route de la cinéaste. « Laure devait filmer un autre jeune handicapé (pour le documentaire L’hôtel de la plage) et je me suis imposée », se souvient la star de sa propre histoire. Avec la gouaille que ses amis lui connaissent. Puis tout s’est enchaîné. Deux documentaires pour la fameuse émission « Strip-Tease », trois autres pour France 3 et ce nouveau film. « Je devrais plutôt la remercier de m’avoir fait confiance et de m’avoir suivie. » Une aventure qui a duré 16 ans !

Il faut dire que jusqu’à ses 29 ans, la jeune femme attendait impatiemment le retour de ceux qu’elle aime appeler ses « paparazzis ». « Ils ont vu mon évolution, du centre d’hébergement à mon appartement », explique Mimi. C’est une nouvelle famille qui s’est construite. Entourée, médiatisée, Murielle s’amuse. Celle qui rêvait d’être actrice rejoue les scènes « comme pour le vrai cinéma », rigole avec l’équipe de tournage et ne se plaint presque jamais. Elle espère seulement. « J’aimerais que les choses avancent sur le handicap. Dans la recherche de travail, il n’y a pas de financement et les postes ne sont pas forcément adaptés », pointe du doigt l’héroïne. Un constat que dénonce aussi la réalisatrice. « La France est en retard sur ces questions là. À croire qu’il faudrait attendre qu’un de nos présidents soit infirme pour que ça évolue », déplore Laure Pradal. 

Mimi finit son café. Prête à enchaîner les festivals. Avec cette joie de vivre communicative.