Vaccins obligatoires, débat piquant

jeudi 26/10/2017 - mis à jour le 28/10/2017 à 16h48

Onze vaccins devraient devenir obligatoires au 1er janvier 2018 pour les enfants de moins de deux ans. Une mesure qui divise en France, pays le plus méfiant au monde vis-à-vis de la vaccination selon une étude anglaise publiée en 2015*.

Pro ou anti-vaccin : la polémique est relancée. Annoncée en juillet par la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn, cette loi prévoit d’étendre l’obligation vaccinale aux huit vaccins jusque alors recommandés (coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C), en plus du classique DTP (diphtérie, tétanos, polio).

Cette mesure est-elle réellement nécessaire pour remédier à la défiance française ? Le pédiatre Eric Jeziorski et Céline Demeyer, vice-présidente d’Info-vaccins France, une association en faveur de la liberté vaccinale, nous répondent.

POUR : « On parle trop des risques et pas assez des bénéfices »

Dr Eric Jeziorski, pédiatre au CHU de Montpellier {JPEG}

  • L’obligation vaccinale est-elle réellement nécessaire ?

Oui, la population est insuffisamment protégée. Pour la rougeole, il faut que 95% de la population soit vaccinée pour stopper la propagation. Or, seulement 70% des français ont les deux doses de vaccins requises. En 2011, il y a eu le retour d’une épidémie de rougeole qui aurait pu être évitée grâce à la vaccination. Autre exemple, la polio n’a pas encore été éradiquée, les pays du nord de l’Europe qui ont retiré l’obligation ont vu des cas ressurgir. L’obligation ou la recommandation d’un vaccin n’est pas liée à la gravité la maladie.

  • Est-ce dangereux de ne pas être vacciné ?

Oui c’est dangereux. Il s’agit de prévenir des maladies qu’on ne peut pas traiter. Le tétanos est une bactérie présente dans le sol, il n’y a pas moyen de l’éradiquer. Tous les ans il y a des cas de coqueluche sur des nourrissons, allant jusqu’au décès. La rougeole, c’est 800 cas sévères par an. C’est intolérable. Les complications existent même si elles ne sont pas visibles. Ce sont des maladies infantiles, les nourrissons sont la population la plus fragile.

  • Pourquoi obliger à la vaccination ?

Il y a une trop grande défiance par rapport à la vaccination. Cette loi est basée sur la recommandation de la concertation citoyenne de 2016, menée par le Pr Fischer, demandée par le gouvernement. Il s’agit d’une obligation temporaire, jusqu’à ce que l’on retrouve un taux de couverture vaccinale suffisant, afin d’éviter la ré-émergence des maladies.

  • N’y-a-il pas un intérêt économique sous-jacent en faveur des laboratoires ?

Ce sont des thèses complotistes, auxquelles je n’adhère pas.

  • Comment expliquer une telle défiance des français à l’égard de la vaccination ?

Il y a une peur des effets indésirables, qui sont rares et très surveillés. L’hépatite B provoquerait la sclérose en plaque. La corrélation n’est pas prouvée, alors qu’il y a 1000 cas d’hépatite par an en France. Le taux d’aluminium est faible dans les vaccins et la recherche se penche sur des adjuvants moins toxiques. En fait, on ne communique pas assez sur les pathologies. On parle trop des risques et pas assez des bénéfices de la vaccination.

CONTRE : « Les bénéfices restent à prouver »

Céline Demeyer, vice présidente de l'association Info vaccins France {JPEG}

  • Pourquoi être contre l’obligation vaccinale ?

C’est une restriction de nos droits fondamentaux, inscrits dans la Déclaration des Droits de l’Homme et dans la loi Kouchner de 2002. Cela nous nous permet de disposer librement de notre corps. Nous militons pour la liberté vaccinale. Pour cela, on informe sur la législation et sur les risques, présents sur la notice des vaccins. On milite pour que les médecins nous informent justement. Les effets indésirables ne sont pas reconnus dans la profession. Mais on ne donne pas de recommandation, le plus important c’est que la population ait la vérité.

  • Pourtant vous informez sur les risques, mais pas sur les bénéfices ?

Les bénéfices restent à prouver. Les études officielles disent qu’il n’y a pas de corrélation entre hépatite B et sclérose en plaque, mais qu’il y a une corrélation entre vaccination et baisse de la rougeole. Pourquoi la corrélation serait-elle valable que dans un sens ? Il y a des études indépendantes, notamment du Pr Romain Gherardi, qui prouvent que l’aluminium est neurotoxique.

  • Cette loi profiterait-elle davantage aux laboratoires pharmaceutiques ?

Les laboratoires ne sont pas instigateurs de la loi mais il y a de l’argent en jeu donc il y a un intérêt pour eux. Il faut être plus clair sur les conflits d’intérêts. D’ailleurs, nous avons apporté notre contribution à la concertation citoyenne de 2016, mais notre avis n’a pas été pris en compte.

  • La vaccination est-elle uniquement dangereuse ?

Il y a plus de risques qu’on pourrait limiter. Avant 18 mois le système immunitaire des nourrissons n’est pas formé, il ne faut pas les surcharger. Il y a des enfants qui ne peuvent pas être vaccinés pour raisons médicales et qui sont parfois refusés en crèches. Il y a aussi des médecins qui refusent de suivre les patients non vaccinés. Avant la vaccination, chaque patient devrait faire des analyses pour vérifier qu’il n’y a pas de contre indication. Elles ne sont pas faites non plus alors que c’est inscrit dans la loi.

  • Vous préférez guérir que prévenir donc ?

Ne pas prendre le risque oui, mais c’est un choix personnel. Dans les années 1980, les médecins disaient que la rougeole était bonne pour la santé. Dans les chiffres, je ne vois pas de recrudescence de maladies. On parle d’épidémie de rougeole mais 24 000 cas ce n’est pas énorme. Si les vaccins étaient si efficaces, ils ne seraient pas obligatoires : les gens se vaccineraient d’eux-mêmes.

* Etude réalisée par une équipe internationale de la London School of Hygiene and Tropical Medicine et de l’Imperial College de Londres, publiée dans la revue scientifique EBioMedicine

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