PORTRAIT

Étienne Fort, pétillant comme son vin

vendredi 16/01/2015 - mis à jour le 25/01/2015 à 16h56

Issu d’une famille de viticulteurs de l’Aude, Étienne Fort s’est lancé dans la production bio de blanquette et de crémant de Limoux, deux appellations de son terroir. « Pour le respect de mes terres et de ma clientèle », affirme ce vigneron de 26 ans. Portrait.

« C’est quelque chose qui fait partie de ma responsabilité »

« Pour moi, être en bio, c’est le minimum ». Tout a commencé il y a 3 ans, quand Étienne Fort, fils et petit-fils de vigneron, reprend une partie des terres de son père, toujours en activité. En 2011, le néo-viticulteur hérite de 13 hectares, qu’il s’applique à façonner en respectant le cahier des charges de la culture biologique. Une véritable conviction pour celui qui produit essentiellement de la blanquette et du crémant de Limoux. « Cela a sonné comme une suite logique. Mon père voulait se lancer dans le bio afin de respecter l’environnement, mais il avait une surface très importante, c’était compliqué. En revanche, sur treize hectares, c’est gérable ».

Sa volonté première : respecter l’environnement. « C’est quelque chose de normal qui répond à une volonté écologique. J’en ai discuté avec mon père, il était intéressé. Mais quoi qu’il en soit, j’étais de toute façon parti pour faire du bio. » Pour ce vigneron, qui définit lui-même ses produits comme des denrées alimentaires de qualité, c’est l’assurance de respecter sa clientèle. « Dans mes bouteilles, il y a certains produits qui n’ont pas leur place, j’estime que ça fait partie de ma responsabilité » avance-t-il.

« Pendant les deux premières années de conversion, j’ai eu moins de raisins »

Son passage du conventionnel au bio ne s’est pas fait en un coup de sécateur. Comme la plupart de ses amis vignerons, l’Audois a dû faire face aux difficultés qu’engendre un tel changement. « Pendant les deux premières années de reconversion, les récoltes ont été affectées ». Sans oublier la question du financement. « Dès que je me suis installé, j’ai arrêté les produits de synthèse et le désherbant. Alors oui, ça coûte cher, notamment au niveau du matériel. En plus, pour faire une blanquette, il faut attendre deux ans. La Cave coopérative m’a bien aidé, mais pendant les deux premières années de conversion, j’ai eu un peu moins de raisins que si j’étais resté en conventionnel. »

Une baisse de rendement causée en partie par les nouvelles méthodes de travail à effectuer sur ses terres. « On va travailler le sol près des souches, et donc on casse beaucoup de racines, on agit en profondeur. » Une façon d’opérer qui demande deux fois plus de travail. Pas facile pour une exploitation comme celle d’Étienne Fort, qui ne compte qu’un seul et unique employé à plein temps. Même s’il est vrai que de nouveaux outils lui ont facilité la tâche. « Il existe beaucoup plus de machines qui s’occupent du désherbage, les constructeurs se sont développés. C’est beaucoup plus sophistiqué qu’avant. Après de notre côté, beaucoup de tâches s’effectuent à la main », précise celui qui assure aujourd’hui avoir un rendement à nouveau stable.

Une production basée à 80% sur l’export

À ce jour, la blanquette et le crémant de Limoux d’Étienne Fort ne sont pas encore labellisés bio. Les règles de certification actuelles ne lui permettent pas. Un détail pour le vigneron, qui ne désire pas faire du bio son argument de vente. À travers l’association de vignerons « Changer l’Aude en vin », le viticulteur s’est déjà positionné sur les nouveaux marchés étrangers. « Grâce à cette association, j’ai eu la chance d’être invité sur certains salons. C’est ce qui m’a permis de rencontrer beaucoup d’acteurs commerciaux ».

Après s’être introduit en Allemagne, en Suisse et en Belgique, le jeune vigneron, dont la production est basée à 80% sur l’export, s’est projeté à l’échelle mondiale, au Canada puis au Japon. « Le Japon, c’est un marché bien établi. Il y a deux fois plus de restaurants étoilés à Tokyo qu’à Paris. Il y a une culture du goût qui est très développée » explique Étienne Fort, qui négocie actuellement avec la Corée du Sud.

Une première étape pour celui qui a pour ambition de devenir indépendant. « Pour l’instant, j’ai la moitié de ma production en cave particulière, la mienne, et une autre en cave coopérative. À terme, j’espère pouvoir passer l’intégralité de mes parcelles en cave particulière ». À 26 ans, ce viticulteur précoce a le temps d’atteindre ses objectifs. Et toute la vigne devant lui !

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