Languedoc Roussillon : dossier Régionales 2010

Jean-Claude Martinez : "depuis 35 ans j’élève le peuple. Je leur fais croire qu’ils sont intelligents."

samedi 13/03/2010 - mis à jour le 13/03/2010 à 22h27

Comment fait-on campagne quand on s’appelle Jean-Claude Martinez, qu’on a été pendant 25 ans vice-président du FN, puis exclu de ce même parti, après des différents avec la progéniture du père fondateur ? Comment fait-on campagne sans l’étiquette FN ? Comment fait-on campagne lorsqu’on dispose d’un petit budget et que les derniers sondages vous créditent de 0,5 % des voix ? A 3 jours du premier tour, rencontre avec l’aberrant, hyperactif et inclassable leader en Languedoc Roussillon de la liste La Région, la France, la Vie.

« Ce sont de faux habitants dans cette ville, un vrai décor de cinéma. »

« C’est beau, c’est grand, c’est fort la vie » telle est la devise de Jean-Claude Martinez. Mercredi 10 mars au marché d’Uzès (Gard), il a fallu toute la force de ce slogan à l’ex-vice-président du FN, pour convaincre les quelques rares électeurs. Refroidis par le froid et la neige ? Sans doute d’autant qu’« ici, c’est un marché bobos, il n’y a que des madamettes qui achètent bio. Ils ne sont pas à moins de 5 000 € par mois ». Tenace, il apostrophe pourtant « la bourgeoisie » et les commerçants à grand renfort d’humour, et de jovialité exubérante. « Si je trouve des clients, je vous les amène et vous vous m’amenez des électeurs ! » plaisante t- il auprès du boucher.

A ses militants, il ironise « Il faudrait peut-être trouver un électeur ! Allez, on s’agite, allons trouver les commerçants ! ». Ils sont huit ou neuf fidèles à le suivre, des anciens du Front National (FN) ou du Mouvement Pour la France (MPF) qu’il a ralliés à sa cause. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il font corps avec leur candidat : « suivez-le, qu’il y ait du monde sur la photo ! » souffle l’un d’eux. Un autre, en passant devant un étal de charcuterie, tape sur l’épaule du candidat en s’exclamant : « tu devrais acheter des saucissons pour montrer aux musulmans qu’on aime le porc ! »

Chez les commerçants l’accueil n’est pas beaucoup plus chaleureux. Une vendeuse refuse le livret que lui tend la tête de liste « je suis apolitique, mais je vote blanc, je n’ai pas besoin de tous vos blablas ! ». Piqué, Martinez s’en va en maugréant « ce sont de faux habitants dans cette ville, un vrai décor de cinéma. Ils croient qu’on peut bâtir une économie avec des robes en coton équitable ! ». Et justement, lui, veut construire une vraie économie, avec une agriculture qui permet de faire vivre les agriculteurs, pas une « imposture du bio » comme le préconisent les Verts.

Il fait pourtant preuve de lucidité quant à son avenir incertain à la tête de la région. Crédité de 0,5% dans le dernier sondage, il avance les 1%, « c’est 1 000 voix, soit le nombre de résistants en 1940. Jésus, ce con, n’a fait que 12 voix et la 13e elle l’a trahit ». Puis il rebondit sur le pape qui en prend pour son grade : « il devrait s’occuper d’autre chose que des capotes ! »

Après le marché ça sera direction les vignobles. La crise de la viticulture ? « Quand on arrache une vigne, on plante de l’Allemand ou de l’Anglais ! » s’exclame t-il. La solution ? « Un conservatoire de vignoble pour stocker les terres et installer les jeunes. »

« Si Jean-Marie a un pépin, c’est moi qui irait à la DDASS pour déclarer qu’il est maltraité par sa fille »

Depuis le 17 novembre 2008, Jean-Claude Martinez a été exclu du FN. Pourtant pendant 25 ans, il en a été le vice-président, la tête pensante (ndlr. il a écrit la majorité des discours de Jean-Marie Le Pen). C’est une grande « affection » qui l’unit à Jean-Marie Le Pen. Ils ne se sont pas « quittés dans le drame ». L’affection demeure, au point que « Si Jean-Marie a un pépin, c’est moi qui irait à la DDASS pour déclarer qu’il est maltraité par sa fille » s’esclaffe le bougre. Mais sur ce coup-là, le leader frontiste n’a pas pu soutenir son ami : Marine et France Jamet, même combat, même filiation, même fidélité.

Voilà donc Martinez à son compte, pour « ouvrir une autre voie ». Une maison de la vie et des libertés pour être précis. « Un terme chaud, un refuge pour tous ceux qui appartiennent à la grande famille des hommes, les vignerons, les agriculteurs, les personnes âgées, les moutons... s’emballe-t-il ». Une cassure irrémédiable donc avec le FN, mais surtout avec la fille de son « ami Jean-Marie » qui se joue sur la « vie », explique t-il. « Je ne peux pas le suivre sur ce terrain là, je suis contre la peine de mort, contre l’euthanasie... ».

"Depuis 25 ans j’élève le peuple. Je leur fait croire qu’ils sont intelligents"

Sans l’étiquette FN, plus difficile la campagne ? « Non, c’est la même puisque les gens sentent que je suis différent. Je ne suis pas dans l’uniformité des autres partis. Je leur donne un livret pas un tract. » Justement le programme de M. Martinez compte 100 mesures axées sur trois thèmes Protéger nos racines, ouvrir nos ailes et embellir nos vies. Poétique non ? Normal, ce Sétois, brillant universitaire et ami de Maurice Clavel a été parolier de Frida Boccara.

Cent mesures, n’est ce pas un peu indigeste pour l’électorat ? Point du tout : « C’est la grandeur de l’universitaire d’élever le débat. Depuis 25 ans j’élève le peuple. Je leur fait croire qu’ils sont intelligents, je suis là pour élever leur sphincter moral ». Faire croire aux électeurs qu’ils sont intelligents ou les traiter de cons, la nuance est faible. Pas pour Martinez. lui « engueule les gens pour les faire réagir », il ne les « caresse pas comme le fait Georges Frêche ».

Le candidat déplore d’ailleurs qu’il ait insulté « un vrai homme d’Etat, un israélite. » et a eu l’audace de le taxer d’ « espagnol de merde » au cours d’une émission de Guillaume Durand à laquelle ils étaient tous les deux conviés. Pas rancunier le bonhomme, comme pour Le Pen, une grande affection l’unit au président de région sortant. « Il m’appelle mon frère » confie-t-il. Il affirme d’ailleurs avoir apporté la spiritualité, l’intellect à l’un, tandis qu’à l’autre il aurait pu amener la nuance, le devoir de l’universitaire d’élever le débat.

« Ceux qui votent FN vont à l’originale France Jamet, et ceux qui ne votent pas FN continuent de lui (ndlr. M.Martinez) coller l’étiquette FN. »

Paradoxal Martinez ? Ne lui dites surtout pas qu’il est d’’extrême droite, un mot « issu du bipartisme » qui lui hérisse le poil. Il affirme avoir tenté de changer la ligne du FN, il a même organisé une rencontre entre Jean-marie Le Pen et le roi Hassan II du Maroc (ndlr. il a été conseiller fiscal du roi et directeur d’étude à l’ENA du Maroc). Il devait aussi lui présenter Hugo Chavez, qu’il admire et a déjà rencontré à plusieurs reprises. Construire un « axe Europe- Amérique Latine », est d’ailleurs un point essentiel de son programme.

Finalement, cet hurluberlu de la politique, à la frontière entre la folie et le génie - « il est un peu fada et difficile à suivre ! » selon un de ses co-listiers - se présente comme un « alternationaliste ». Il accueille tout le monde dans sa « maison de la vie et des libertés ». Pourtant en en voulant se détacher du "père fondateur", et surtout de la nouvelle étiquette FN portée par Marine Le Pen, il s’est tiré une balle dans le pied. Comme l’explique un de ses militants " Ceux qui votent FN vont à l’originale France Jamet, et ceux qui ne votent pas FN continuent de lui coller l’étiquette FN."

Enfin, lorsqu’on le questionne sur l’incohérence de son discours et de son parcours, il rétorque : « Ces classements sont stériles. A ce moment là, l’extrême droite commence à la SFIO. Je crois à la lutte des classes, regardez, ici à Uzès, les riches me reçoivent mal. Je ne suis contre personne. On ne tient pas 25 ans contre ! ».
Finalement c’est l’un de ses militant qui le résume le mieux : " Martinez, il avait la tête au FN et le cœur ailleurs". C’est beau, c’est grand, c’est un peu fort tout de même…

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Mis à jour le 13 mars à 22h30

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3 réactions

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    "Jésus, ce con, n’a fait que 12 voix et la 13e elle l’a trahit..."
    Plutôt caustique ce Jean-Claude Martinez. Et en plus, les sondages se sont trompés en l’accréditant de 0,5 %, puisqu’il a fait... 0,74 %. Dans le duel des populistes, il bat même Richard Roudier. Mais tout de même, qu’il ne fasse pas croire qu’il n’est pas extrémiste. Quand on a appartenu au FN pendant 25 ans, qu’on a même était proche de Le Pen, il doit bien y avoir des idées de préférence nationale qui trottent derrière la tête.
    Cela dit, si tous les extrémistes pouvaient être aussi "sympathiques" et aussi performants dans les urnes, on ne s’en porterait pas plus mal...

    PS. @ M. Guili : je crois que le portrait d’un tel hurluberlu de la politique ne méritait qu’un ton fait d’ironie. Difficile de réciter froidement les idées de ce type, sans laisser transparaître son sentiment sur le personnage...

    • repondre message

      Jean Claude Martinez est tout sauf FN ! c’est un opportuniste de la politique qui, jeune, voulait faire de la politique, et qui apres s’etre vu fermee la porte a gauche ET a droite, s’est entendu dire "va voir le FN, ils te prendront". Ces dernieres, annees, il a pris avec lui comme secretaire tour a tour arabes et latinos au Parlement europeen. Avouez que comme "extremisme" au FN, ca fait desordre non ?

      Depuis quelques annees j’ai appris a le connaitre personnellement (en tant que professeur de finances publiques a Assas en DEA) et je suis tout SAUF FN, ca je peux vous l’assurer ! eh bien je vous assure qu’il n’est pas FN pour 2 sous...

      la politique aujourd’hui est organisee sous forme de partis a la course au pouvoir, avec chacun son image marketing pour obtenir des voix : le FN a le sien. s’il en changeait il perdrait toutes ses voix, donc il capitalise sur son electorat, c’est de bonne guerre. Le PS fait pareil, l’UMP fait pareil... etc... c’est tout le systeme qui est mal foutu et qui ne permet pas aux vraies idees d’emerger, mais au contraire qui prone la capitalisation de la communication a outrance "faites croire ceci ou cela et on votera pour vous... ou pas ?!" et voila comment les politiciens arrivent au pouvoir.

      aussi scandaleuses soient-elles, les idees du FN sont leur fond de commerce. elles auront beau nous faire vomir, y’aura toujours des connards pour voter pour le FN. mais ca sert a quoi de les rejeter ? ne faudrait-il pas comprendre pourquoi certains derivent la dedans pour justement tenter de trouver la solution qui permet d’eviter la derive ? et s’il vous plait, qu’on ne nous serve pas le plat de la peur "voter a droite on va securiser les banlieues" ou la tentative degueulasse utilisee regulierement par la droite (sarko dernierement) pour obtenir des voix du FN en jouant la division et la peur de l’immigration. Ce n’est pas en divisant les francais, qu’on aura un systeme harmonieux, mais en les reunissant. mais ca bien sur, ca ne fait ni le compte pour les votes proFN ou proSarko donc... tant que la gauche ne se reveillera pas, on l’aura dans le fi0n.

      mais ce sera une derive contre une autre. c’est tout le systeme qu’il faut repenser, et c’est exactement ce que propose JC Martinez : arretons les gueguerre de partis qui ne reglent rien !!

  • repondre message

    Est-ce une mode chez les journalistes de demain, ou certains d’entre eux, de faire de l’ironie à chaque article pseudo-politique ? Un style que l’on vous apprend dans votre formation ? Parce que les 3/4 des articles sur la politique mélange toujours de l’ironie et des petits jugements de valeur... n’importe quel courant confondu.
    C’est juste une question que se pose un lecteur assidu.

    Je croyais que le journalisme devait être le plus objectif possible. Et que ce genre de style était réservé aux éditos ? Non ? Ou alors c’est la nouvelle façon d’écrire peut être. En tout cas, j’apprécie moyen. Je préfère, un ton humoristique de temps en temps, mais neutre, surtout quand il s’agit de politique.

    La majorité d’entre vous passe pour des petits bobos faussement gauchistes... Or, vos opinions politiques ne devrait pas transparaître. C’est du journalisme que vous faites, pas des billets d’humeur.

    Je mets ce commentaire sur cet article, mais j’aurai pu le mettre ailleurs... C’est juste une remarque que je me fais depuis quelques temps... !

    Bon courage les jeunes ! Et on vous attend dimanche pour de nouveaux articles !

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