Le Sénat brésilien risque d’étouffer le « poumon vert » de la planète

jeudi 01/12/2011 - mis à jour le 08/12/2011 à 20h26

Dans les heures qui viennent, le Brésil va certainement adopter un nouveau code forestier, symbole d’une forte régression de la politique environnementale portée par le pays depuis une quinzaine d’années. Ce projet de loi tend à reconfigurer et diminuer les zones protégées contre la déforestation, notamment au cœur du « poumon vert » de la planète ; l’Amazonie. Un code qui réjouit les puissants lobbys agricoles, et fait frémir militants et sympathisants écologistes, craignant que cette nouvelle législation entraîne une lente disparition de la biodiversité brésilienne.

Une entrave contre une politique environnementale efficace

S’étendant sur près de 10 fois la superficie du territoire français, l’Amazonie (5,5 millions de km²) est le plus riche massif forestier de la planète. Pour préserver cet écosystème unique, le Brésil avait déjà conçu un code forestier dès 1934, délimitant et protégeant un grand nombre de zones naturelles. Si sur le papier, cette loi apparait désormais ancienne, elle ne commence à rentrer en application qu’au milieu des années 1990, suite à la prise de conscience de l’importance des questions environnementales, lors du « Sommet de la Terre » de Rio de Janeiro (en 1992). Jusqu’à cette période, les exploitants agricoles défrichaient la forêt amazonienne en toute impunité, à une cadence ahurissante (jusqu’à 29000km² en 1995). Une déforestation souvent couplée à un phénomène de désertification : aux arbres, succédaient de vastes champs de monocultures rentables (le soja en tête), entraînant un appauvrissement des sols.

C’est au tournant des années 2000, les mentalités ayant considérablement évolué, que ce code (devenu texte de loi) sera mieux appliqué ; chaque année la déforestation ralentira. Cette législation incarne alors une politique environnementale audacieuse : elle protège 80% de la superficie du territoire amazonien. Sur la dernière décennie, les aires protégées brésiliennes représentaient environ 70% des aires protégées mondiales. En 2009, l’ancien président Lula va encore plus loin. Il s’engage à réduire drastiquement la déforestation, souhaitant une diminution de cette activité de 80% pour 2020. Des promesses ambitieuses qui placent ainsi le Brésil, dans le groupe des Etats les plus engagés en matière de lutte pour le climat.

Les groupes de pression des exploitants agricoles plus forts que les scientifiques et militants écologistes

Se sentant lésés par ce Code forestier, petits, et surtout grands exploitants agricoles ne tardent pas à faire pression sur la classe politique. Les lobbys de l’agriculture intensive brésilienne proposent alors une nouvelle version, plus à leur avantage, de ce Code forestier « vieillissant ». Après deux ans de discussions et débats houleux, opposant les militants écologistes aux partisans du développement de l’agriculture intensive, la Chambre des députés brésiliens approuve massivement ce nouveau texte de loi, le 24 mai 2011. Déjà approuvé par la commission de l’environnement du Sénat, ce 23 novembre, il est actuellement à l’étude en session plénière, et a de très fortes chances d’être à nouveau adopté. La révision de ce Code prévoit notamment de réduire de 80 à 50% les zones forestières protégées du pays.

Cette législation marque l’échec des efforts faits, ces dernières années, par le gouvernement en matière de lutte contre la déforestation. Elle soulève surtout de vives polémiques et inquiétudes pour tout un pan de la population brésilienne. Estimant qu’il s’agit d’une « loi d’amnistie des crimes environnementaux », les écologistes craignent le retour d’un sentiment d’impunité de la part des « pro-agrobusisness ». Si on en croit Greenpeace et des chercheurs de l’université de Brasilia, en cas d’entrée en vigueur de cette nouvelle législation, la déforestation au Brésil risque à nouveau d’augmenter de 50%. Pire, dans ce contexte permissif, l’INPE (Institut National d’Observation des Espaces) estime que la déforestation de l’Amazonie devrait croître, cette année, de 144%. Pour tous les opposants, cette législation entrainerait donc un flot de conséquences néfastes et dangereuses tant pour l’environnement que pour l’Homme (augmentation des émissions de gaz à effet de serre, disparition de la biodiversité, risque de glissement de terrains dans des zones déboisées récemment urbanisées…).

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Les opposants à ce projet n’abandonnent par leur combat

Depuis 48 heures, la résistance se mobilise devant les ambassades du Brésil, un peu partout à l’étranger. Il s’agit là d’un dossier brûlant. Peu avant son adoption, en mai dernier par la chambre des députés, le militant écologiste Jose Carlo Silva et sa femme avaient été tués, pour leur opposition face à ce nouveau texte de loi. Cet assassinat n’a cependant pas étouffé ou freiné la résistance des écologistes et scientifiques brésiliens. Déjà à cette période, Paulo Adario (directeur de la campagne Amazonie menée sur place par Greenpeace) manifestait une détermination à toute épreuve ; « Cela fait douze ans que je me bats contre la révision du code, et aujourd’hui, ils sont sur le point de gagner… mais nous ne nous laisserons pas faire ».

En cas d’adoption par le Sénat, tous les espoirs se tourneront alors vers la présidente Dilma Roussef, dernier maillon apte à pouvoir contrer ce nouveau code forestier, en déposant son droit de veto. Reste à savoir si, à l’heure de la conférence sur le climat de Durban, et à un an du vingtième anniversaire du « Sommet de la Terre » (qui se déroulera à Rio de Janeiro), le Brésil aura le courage de claquer la porte aux lobbies de l’agro-business, pour laisser la voie libre à un développement économique plus responsable.
Rien n’est moins sûr…



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Sur le web : forets.greenpeace.fr

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