Serbie : Une page qui se tourne ?

vendredi 05/11/2010 - mis à jour le 05/11/2010 à 14h31

Un pas vers l’Europe il y a deux semaines et un bras tendu vers la Croatie hier, la Serbie paraît désireuse de changement. Ce pays, anciennement rattaché à la Yougoslavie, a été ravagé par la guerre. Partagé entre un lourd passé et un avenir encourageant, il semble aujourd’hui vouloir se débarrasser de ses vieux démons.

Lundi 24 octobre dernier, la Communauté Européenne s’est enfin décidée à étudier la candidature de la Serbie pour intégrer l’UE. Faute d’accord jusqu’alors entre les pays membres, la requête déposée par la Serbie le 22 décembre 2009 était au point mort.

Aujourd’hui une condition sinéquanone a cependant été imposée par les ministres européens : il devra y avoir « pleine coopération » du pays avec le Tribunal de la Haye, ce qui suppose l’arrestation du général Ratko Mladić et de Goran Hadžić.
Le général Mladić, chef militaire des Serbes en Bosnie, et Goran Hadžić, ancien chef des Serbes en Croatie, sont recherchés par la justice internationale pour crimes de guerre.

Des dirigeants enthousiastes

Selon l’agence Beta, Božidar Đelić, vice-Premier ministre chargé de l’intégration européenne, a estimé qu’il s’agissait d’une "nouvelle ère" dans son intégration européenne et a précisé : « Nous ferons tout, indépendamment des conditions imposées par l’UE, pour trouver (Ratko) Mladić et le faire répondre de tout ce dont il est inculpé. »

Le ministre de la Défense s’est quant à lui réjoui de cette avancée : «  Rien ne peut maintenant arrêter le chemin de la Serbie vers l’Europe  », a-t-il lancé. Le chef de la délégation de l’UE à Belgrade (capitale de la Serbie), Vincent Degert, a estimé que le pays pourrait remplir les critères pour le début de négociations d’ici à un an.

La volonté d’une ouverture

Dans cet objectif de réconciliation avec l’opinion internationale, ce jeudi 4 novembre, Boris Tadić, le président serbe en visite en Croatie s’est excusé pour le massacre de Vukovar. Ce crime de guerre qui avait été perpétré en novembre 1991, par les Serbes sur des centaines de Croates.

C’est le premier dirigeant serbe à manifester des remords pour ces actes commis par les forces serbes contre les Croates durant la guerre. Le président, beaucoup plus tempéré que ses prédécesseurs, a déclaré : « En nous recueillant devant les victimes, nous pensons à l’avenir (...) En reconnaissant le crime, en nous excusant et en présentant nos regrets nous ouvrons la possibilité d’un pardon et d’une réconciliation. »
Le président croate Ivo Josipović et le maire de Vukovar, Željko Sabo, étaient présents.

Une illusion ?

Le changement désiré par l’actuel dirigeant n’apparaît pas si simple que ça et la transformation de la Serbie est encore loin d’être évidente.

Aujourd’hui encore, l’histoire continue de témoigner des problèmes qui persistent au sein du pays. Avant même de s’intéresser à une probable adhésion à l’UE, il conviendrait que le pays se concentre sur la coalition de son peuple, qui ne se sent d’ailleurs absolument pas concerné par cet enjeu européen.

Le principal problème de la Serbie réside dans la place centrale qu’occupe aujourd’hui encore le nationalisme.
Ce pays a subi de plein fouet l’effondrement de la Yougoslavie. Après la mort de Tito en 1980, qui représentait une certaine unité du pays, le communisme s’essouffle et une grande période d’instabilité s’installe alors.
Le nationalisme longtemps contenu et canalisé par le pouvoir central, devint un produit de substitution. C’est ainsi que Slobodan Milošević avait profité de la montée des tensions au Kosovo pour se faire élire président de la Serbie en mai 1989.

Aux dernières élections, le parti représentatif de ce mouvement est arrivé second, juste après le parti démocrate de l’actuel président.
En raison des données historiques, ethniques, culturelles et religieuses, ce phénomène apparaît très complexe et malheureusement inhérent à ce pays « patchwork ».

Il ne faudrait donc pas que dans l’objectif d’une future adhésion à l’Europe, la Serbie oublie son passé et ferme les yeux sur le présent.

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