Eric Raoult défend les autorités tunisiennes face aux attaques des journalistes

Le 31 octobre dans une interview sur la chaine Berbère TV le député de Seine Saint-Denis, Eric Raoult, soutient le président Ben Ali malgré les atteintes de la Tunisie à la libre expression en justifiant ainsi le refoulement de la journaliste du Monde Florence Beaugé

Une journaliste du Monde refoulée en Tunisie

Le 21 octobre, la journaliste du Monde Florence Beaugé, spécialiste de la Tunisie venue couvrir les élections présidentielles et législatives est refoulée à l’aéroport de Tunis. Considérant que la journaliste «a fait preuve de malveillance patente à l’égard de la Tunisie et de partis pris systématiquement hostiles», les autorités tunisiennes ont décidé que Florence Beaugé ne devait plus travailler sur leur territoire. La journaliste française était venue une semaine auparavant en Tunisie et avait publié une série d’articles après des entretiens avec des opposants et activistes qui s’en sont pris sans ménagement au pouvoir. Elle avait donc ouvert un débat tabou celui des Droits de l’Homme et de l’opposition en Tunisie.

Depuis, le président Zine El-Abidine Ben Ali a été réélu pour la cinquième fois à la tête du pays avec un peu moins de 90% des voix et Florence Beaugé «se voit accuser « d’appeler au meurtre », « au coup d’Etat et à l’attentat en Tunisie« », nous révèle le monde.fr. Cette affaire aurait pu passer inaperçu si un député UMP, Eric Raoult, n’avait pas fait polémique en approuvant la décision des autorités tunisiennes sur ce qu’on peut appeler une censure journalistique.

Un député UMP qui défend les autorités tunisiennes

Lors d’une interview sur la chaine Berbère TV le 2 novembre, débusqué par le site d’information rue 89, Eric Raoult, député UMP de Seine-Saint-Denis et président du groupe parlementaire d’amitié France-Tunisie n’a pas caché son soutien au président Zine El-Abidine Ben Ali en déclarant que «la Tunisie est un pays stable […] c’est un pays ami de la France. Je serais tenté de dire à ceux qui disent en persiflant, en ironisant sur ces 90% que les gens aiment Ben Ali» . Mais loin de s’arrêter à ces propos le député a critiqué la position des journalistes français qui doutent de la démocratie tunisienne en prenant le cas de Florence Beaugé. «Un certain nombre d’observateurs français font de la provocation à l’égard du président Ben Ali, ils savent donc que quand ils arrivent à Tunis, on les remet dans l’avion.» Pour Eric Raoult il est donc logique et normal que les journalistes qui entachent la réputation du Président tunisien puissent être refoulés lors de leur descente d’avion. En effet en affirmant que «la Tunisie n’a pas les mêmes critères démocratiques que nous» et qu’en plus «c’est un pays qui commerce avec nous», Eric Raoult considère que les journalistes devraient regarder d’autres régimes autoritaires comme la Libye plutôt que de se limiter à une critique de la Tunisie. Mais en pointant du doigt le travail des journalistes, c’est un débat sur le rôle du journalisme dans la société et de la liberté des médias qu’ouvre Eric Raoult.

Une question sur la liberté de la presse

Si un journaliste du Monde n’a pas pu rentrer en Tunisie car il a écrit un article dérangeant le pouvoir en place, il ne faut pas inverser les rôles même si la Tunisie est un «ami de la France». En effet le problème n’est pas du coté du journaliste mais bien du pouvoir tunisien qui, en agissant ainsi, met en péril la liberté d’expression et donc bafoue les Droits de l’Homme. Rappelons nous encore une fois le dernier point du programme de Nicolas Sarkozy en 2007: «je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques.» Ce n’est donc pas parce que la Tunisie est un partenaire commercial de la France et que sa démocratie est en transition qu’il ne faut pas rapporter ses atteintes aux Droits de l’Homme.
Si le journalisme est légitimé par la démocratie il a aussi des devoirs envers elle, le devoir d’élever le débat public, le devoir de donner un sens à l’information. «Un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. Et s’il est vrai que les journaux sont la voix d’une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage» écrivait Albert Camus dans son journal Combat le 31 août 1944. Le journaliste n’est donc pas là pour être consensuel, mais pour «porter la plume dans la plaie» comme aimait l’écrire Albert Londres, il en va de sa légitimité et de son devoir envers l’opinion publique et la démocratie. Donc Monsieur Raoult, un journalisme de «provocation» n’existe que si il dérange et s’il dérange c’est qu’il a rempli son rôle de contre pouvoir.