Régionales 2010 en Languedoc-Roussillon

Philippe Secondy : « L’extrême droite est historiquement ancrée dans le Midi »

dimanche 31/01/2010

Docteur en Science Politique et chargé de cours à l’Université Montpellier I, Philippe Secondy a comme spécialité l’étude de l’extrême-droite dans la région. Il est notamment l’auteur de « La persistance du Midi Blanc – L’Hérault (1789 – 1962) » (aux Presses Universitaires de Perpignan) et a participé à l’ouvrage collectif « Extrême droite et pouvoir en Europe » dirigé par Pascal Delwit et Philippe Poirier (Éditions de l’université de Bruxelles).

HautCourant : Dans une région traditionnellement considérée à gauche, la forte présence du FN n’est-elle pas paradoxale ?

Philippe Secondy : Pas vraiment, l’extrême droite a toujours été présente dans le Midi, et ce depuis la Révolution (cf. encadré). Des contre-révolutionnaires à l’Action Française, la droite extrême a toujours eu une influence sur la politique locale. Mais au cours des années 60, le Midi Blanc de tradition monarchiste s’est effacé au profit d ’une droite dure nostalgique de l’Algérie Française et opposée au pouvoir central de Paris. Dans ce contexte, la présence importante du FN en Languedoc-Roussillon n’est pas surprenante. Depuis sa création en 1972, le Front national a souvent réalisé des scores plus élevés dans la Région que dans le reste de la France, allant jusqu’à assurer une forme de cogestion de la région avec l’UDF Jacques Blanc en 1986.

HautCourant : L’opposition Midi Blanc / Midi Rouge est-elle toujours à l’ordre du jour ?

Philippe Secondy : Attention, car si le Front National est une force politique importante dans le Midi, il se veut – comme son nom l’indique - avant tout comme un front unique réunissant toutes les tendances de la droite dure. La frange royaliste qui soudait autrefois le Midi Blanc est largement minoritaire aujourd’hui et a été supplantée par d’autres mouvances moins “désuètes”. France Jamet, la tête de liste dans l’Hérault a par exemple milité au sein de la Confédération de Défense des Commerçants et des Artisans (CDCA), syndicat d’inspiration poujadiste, assez violent, ayant sévi dans les années 90. Quant à la gauche de Frêche, elle peut chercher parfois, comme la droite proche de Sarkozy, à empiéter sur les plates bandes du FN.

HautCourant : Y-a-t-il une perméabilité entre la gauche frêchiste et l’extrême droite dans la région ?

Philippe Secondy : Je ne pense pas qu’on puisse parler de perméabilité, car cela impliquerait par exemple que le FN et Frêche forment des alliances électorales. En revanche, la personnalité d’orateur charismatique aux accents populistes de George Frêche et ses écarts de langage peuvent séduire les électeurs frontistes. Par ailleurs, n’oublions pas que Frêche a également été un ardent défenseur des rapatriés d’Algérie. Enfin, depuis sa radiation du PS, il cherche à prendre ses distances avec le pouvoir parisien et ses élites. Le Languedoc contre le pouvoir central est une vieille antienne que l’on a pu entendre en particulier lors de la révolte des vignerons de 1907. On a ici quelques thèmes qui rendent le personnage d’autant plus appréciable pour l’extrême droite.

HautCourant : Selon-vous, le FN a-t-il une chance d’être élu à la tête du Conseil Régional ?

Philippe Secondy : D’un côté, il semble que la situation soit favorable : la Région est fortement touchée par la crise économique, le nombre de chômeurs et de RMIstes (ndlr. allocataires du Revenu de Solidarité Active) ne cesse d’augmenter. S’ajoute à cela la morosité ambiante et la fin du “mirage Sarkozy”. A première vue, on pourrait penser que le FN risque de faire un très bon score, mais en réalité, le parti ne se porte pas très bien. Au niveau national, il manque de fonds, et au niveau local il doit faire face à des dissidences internes comme celle de Jean-Claude Martinez et à l’émergence de la Ligue du Midi, qui cherche à dépasser le Front sur sa droite. Par ailleurs, le souci majeur réside dans le fait que Jean-Marie Le Pen n’a jamais réussi à structurer un appareil régional puissant. C’est une lacune de taille depuis l’irruption de ce mouvement sur la scène régionale que remonte à 1986. À l’heure actuelle, le parti est crédité de 8% des voix, si l’on se base sur les derniers sondages, alors que France Jamet prétend pouvoir dépasser les 18% au premier tour (nldr. dans le Midi Libre du 21 janvier 2010).

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Histoire de l’extrême-droite dans le midi languedocien

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