Grand entretien avec Richard Sammel (2/2) : La politique.

De OSS 117 à Inglourious Basterds en passant par Un village français, Richard Sammel a enchaîné les productions à succès, devenant l’un des nazis les plus populaires du cinéma international.
Jury du premier Festival International du Film Politique (FIFP), l’acteur allemand livre sans détour son regard sur l’actualité.

“Sur le papier notre système politique est superbe. Dans la réalité c’est que dalle !”

Dans le cadre du FIFP, vous avez visionné de nombreux films politiques traitant de sujets très variés. Quelle est votre définition du film politique ?

C’est un film qui parle d’un sujet qui brûle. Ça balaye un champ très large. Il peut traiter des hautes sphères de la politique comme d’un retraité qui n’arrive plus à boucler ses fins de mois parce qu’on lui a coupé 10% de ses 800 euros de pension retraite. Donald Trump, Maastricht, l’affaire Kadhafi, l’affaire Elf, le glyphosate… Il y a un nombre infini de sujets politiques.

Traiter de ces sujets vous tient à coeur ?

Oui bien sûr, la politique n’est rien d’autre qu’un instrument que l’homme s’est inventé pour organiser la société. Bien plus que la compétition politique en tant que telle, je m’intéresse aux règles qu’on invente et aux morales qu’on établit. Il est crucial de parler de ce qui ne va pas. Parce qu’on a des règles superbes mais qu’on les respecte pas. C’est ça en fait le problème de la politique. Parce que le système en place est superbe sur le papier. La démocratie, l’élection, votre voix compte, ma voix compte … Dans la réalité c’est que dalle. La voix d’un électeur compte de moins en moins.

Vous considérez-vous comme engagé politiquement ?

Qu’on le veuille ou non nous sommes tous engagés politiquement. Si vous fermez votre gueule, c’est politique. Vous êtes un mouton qui se laisse faire. Vous pouvez vivre comme ça bien sûr. Mais à partir du moment où vous n’avez plus envie de vivre comme ça, vous vous rendez compte que votre comportement est politique.
Si vous ne dites rien, vous faites le jeu du système en place. Si vous trouvez que ça fonctionne mal, il faut vous positionner. On le voit bien avec la crise des gilets jaunes.
C’est une discussion extrêmement active dans toutes les couches de la société. On peut pas faire comme si ça ne nous concernait pas. Ça nous concerne tous.

“Une situation proche de la guerre civile où tout le monde se tape dessus, ça fait le profit de l’Etat.”

Et vous, quelle est votre position sur ce mouvement des gilets jaunes ?

Je le trouve complètement logique, très juste et très dangereux en même temps. La nature humaine est ainsi faite, elle ne peut supporter un certain niveau d’injustice sans se révolter collectivement. Et là, il semblerait qu’on ait depuis un moment atteint ce stade.  Le mouvement des gilets jaunes est le parfait exemple de ce qu’est devenu notre société. Jusqu’alors, la population était très compartimentée. Quand les infirmières manifestaient, les lycéens s’en foutaient, quand les lycéens manifestaient les routiers s’en foutaient, quand les routiers manifestaient les chauffeurs de taxis s’en foutaient et ainsi de suite. Aujourd’hui, pour la première fois depuis 68, il y a un rassemblement de la population qui se mobilise dans son ensemble contre un gouvernement qui n’est plus en phase avec ceux l’ont élu.

Vous semblez comprendre les revendications des manifestants.  

Bien sûr que je comprends cette contestation. Moi je fais partie des privilégiés. Mais comment voulez-vous comprendre un dirigeant qui dit aux retraités de se serrer la ceinture, alors que, dans le même temps, il augmente lui-même le salaire de ses ministres de 20% ou 30% ? C’est quoi ce délire là ? En aucun cas tu veux augmenter le SMIC, ne serait-ce qu’au niveau de l’inflation, mais tu continues à faire des cadeaux aux plus riches et aux entreprises. Le pire, c’est que je pense que c’est un calcul tout à fait conscient du gouvernement. Une situation proche de la guerre civile où tout le monde se tape dessus, ça fait le profit de l’État.

“Les gens sont prêts à des sacrifices s’ils servent vraiment à sauver la planète.”

Vous avez une vision très cynique du pouvoir.

D’un autre côté, on a les politiques qu’on mérite car ils ne sont pas arrivés au pouvoir par un coup d’État. Ils ont tous été élus. Et si la population continue à croire les balivernes qu’on lui raconte avant les élections… Il faut clouer les dirigeants sur leurs promesses. Le problème de nos jours, ce n’est plus plus seulement les sans-abris qui crèvent la dalle, c’est les gens qui ont un boulot, qui bossent et qui ont peur de ne pas finir le mois. C’est quand même un délire énorme.

Ces revendications sont-elles compatibles avec l’urgence écologique ?

Je pense que les gens sont prêts à faire des sacrifices si ces derniers servent réellement à sauver la planète. Concernant la taxe carbone, tout le monde était prêt à se serrer la ceinture à partir du moment où elle servirait entièrement et uniquement à financer la transition écologique. Mais ce n’est pas le cas !

Pensez-vous que les manifestations des gilets jaunes puissent aboutir à un changement de cap de la part d’Emmanuel Macron et une augmentation du pouvoir d’achat des plus pauvres ?  

Je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est qu’après Mai 68 et ses clashs hyper violents, l’Etat a augmenté le SMIC de 35%. C’est quand même malheureux qu’il faille en arriver là.
Nos dirigeants sont complètement à côté de la plaque. A partir du moment où on est élu aujourd’hui, on se comporte comme si on était dans une caste.
On se comporte contre le peuple. On en fait plus partie. Mais mon cul ! Tu es le représentant de ceux qui t’ont élu !

Propos recueillis par Paul Seidenbinder et Boris Boutet

Quelques instants dans le quotidien d’un Président

Au Festival international du film politique de Carcassonne, le film documentaire de Yves Jeuland « Un temps de président » initialement destiné à des classes de terminale a été ouvert au public ce vendredi suite à l’interdiction des sorties scolaire pour cause de manifestation.

25 août 2014 : 1ère journée de tournage pour Yves Jeuland. C’est seul qu’il va pendant six mois raconter le quotidien d’un Président et de ses principaux conseillers à L’Élysée. Doutes, peur, appréhension, soulagement, agacement … une valse d’émotion pour le chef d’État et son équipe.

L’Élysée vous ouvre ses portes avec Un temps de président. Sans entretien ni commentaire, c’est l’histoire de ce lieu, « cette bulle silencieuse », qui apparait extérieur au quotidien des français qui va vous être raconté. Centré sur François Hollande et ses deux principaux conseillers : Gaspard Gantzer et Jean-Pierre Jouyer, la volonté d’Yves Jeuland a été de raconter leur histoire vue de l’intérieur, de capter leurs gestes, leurs émotions et non « les petites phrases que les gens vont retenir » comme il tient à le souligner.

Pendant 1h50, c’est la vie des personnages au sein du palais, accompagné du bruit extérieur qui est raconté. Matinale de France Inter, Journal de 20h sur TF1 ou France 2, ce sont eux qui narrent l’histoire. Une façon pour le réalisateur « de relier le monde extérieur et cette bulle qui semble hors du temps. » Dîner, réunion du gouvernement, conférence de presse, écriture des vœux pour la nouvelle année … autant de moment que vivent un Président et son entourage professionnelle. Tout au long du documentaire, c’est un mandat pluvieux qui est dépeint. François Hollande montre qu’il n’a pas peur de braver les événements et d’en assumer les responsabilités, sans parapluie ! On voit un homme à l’aise avec l’objectif et qui le cherche constamment.

Le projet initial d’Yves Jeuland : tourner un été à l’Élysée, une période plutôt calme pour le palais. Mais il a eu l’opportunité grâce à Gaspard Gantzer, principal conseiller du Président et conseiller en communication à l’Élysée de pouvoir retracer non pas une saison, l’été, mais trois, en passant par l’automne et l’hiver. Une période qui n’est d’ailleurs pas anodine. En effet, François Hollande voit le ciel qui lui tombe sur la tête. Démission de l’ensemble de son gouvernement, éclatement au grand jour par les magazines people et son ex-femme de sa vie privée, attentats à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher … Une succession d’événements effroyables qui vont venir rythmer le quotidien du chef d’État et de son cabinet.

On aperçoit également Emmanuel Macron, entrant au gouvernement et qui impose déjà sa façon de travailler. Trois ans après sa sortie, ce film à des airs de ressemblance avec la situation actuelle. Un chaos et une incompréhension des français, et un Président qui a le ciel qui est en train de lui tomber sur la tête !

Tout ce qu’il me reste de la révolution, une comédie militante

Dans son premier long-métrage réalisé qui sortira le 6 février 2019, Judith Davis joue le rôle d’Angèle, une urbaniste et révolutionnaire affirmée. Son objectif, remettre le militantisme au goût du jour à une époque où il disparaît peu à peu.

Ne jamais cesser de remettre le système en question. C’est l’idée principale mise en avant dans cette comédie dramatique. Angèle, fraîchement remerciée par ses anciens patrons et désireuse de s’approprier l’héritage révolutionnaire transmis par ses parents, crée un collectif  d’expression collective et anti-système à Paris. Elle admire son père, un ancien maoïste qui “n’a jamais cédé ni à la tentation du confort ni au renoncement”. Il est d’ailleurs le seul de la famille à soutenir sa fille dans ses ambitions militantes.  Alors que son aînée a opté pour un mode de vie plus confortable avec son mari et ses enfants, Diane, son ex-femme, s’est désengagée des mouvements contestataires de gauche, déçue par le gouvernement de Jospin, trop libéral à son goût. Un choix très mal perçu par Angèle qui, depuis, a coupé le contact avec cette dernière. Son engagement pour le groupe de réflexion qu’elle a formé va également lui permettre de trouver l’amour auprès de Saïd, directeur d’école qui partage sa conception libre de la vie.

Dévouée à l’idée de lancer une révolution qui lui paraît fondamentale, elle ne manque pas de créativité pour tenter de rallier des nouveaux adhérents issus de divers milieux professionnels à sa cause. Ne parvenant à s’entendre sur peu de choses, les échanges entre les membres du groupes ont vite pris une dimension hilarante ce qui ne les empêche pas de nouer des liens entre eux.

Angèle, illustration de la philosophie de Judith Davis

A côté de cela, un projet  lui tient à coeur, la création d’une rue reliant Paris à Montreuil pour que la banlieue ne soit plus séparée du centre de la capitale. Le système capitaliste auquel Angèle s’oppose radicalement est représenté à travers certains personnage dont celui de Stéphane, son beau-frère. Lors d’une scène de dispute avec Léonore, meilleure amie d’Angèle, il n’hésite pas à monter le ton pour défendre l’idée qu’une entreprise aspirant à la croissance doit impérativement se séparer de ses éléments les moins productifs sans se préoccuper de leur mal être.

La bande sonore du film caractérise également la dimension engagée de celui-ci. On retiendra par exemple, l’hymne de l’Armée rouge bolchevique qui rythme une scène de romance entre Angèle et Said. Même si elle insiste sur le fait que ce film n’est pas lié à une histoire personnelle, Judith Davis n’est pas complètement détachée de son personnage. “On ne peut pas rentrer chez soi le soir et se vanter d’avoir vendu des ordinateurs à des gens qui n’ont même pas de connexion Internet”, dénonce la réalisatrice. Ce long-métrage a mobilisé peu de moyens de financiers et a  mis du temps à se concrétiser. “J’ai commencé à y réfléchir en 2012 mais pendant longtemps personne n’en voulait”, avoue t-elle. Issue du théâtre, l’actrice confie également que ce tournage l’a obligé de revoir sa manière d’interpréter son rôle, elle qui a l’habitude “d’écrire en jouant”. Elle comptait sur tous les acteurs pour mener à bien son rôle.

En reprenant la trame de cette comédie, impossible de ne pas penser au  mouvement populaire des gilets jaunes qui secoue actuellement l’hexagone. “Pour moi ce mouvement a un véritable sens politique qui montre toute la colère du peuple”, explique Judith Davis. Ils pourraient même s’en inspirer. 

 

 

Grand entretien avec Richard Sammel (1/2) : Le cinéma.

De OSS 117 à Inglourious Basterds en passant par Un village français, Richard Sammel a enchaîné les productions à succès, devenant l’un des nazis les plus populaires du cinéma international.
Membre du jury du premier Festival International du Film Politique (FIFP) qui se clôturera ce samedi à Carcassonne, l’acteur allemand nous livre son regard sur le monde du cinéma et évoque ses nouveaux projets.

“Le cinéma politique permet de trouver des solutions et de ne plus se taper sur la gueule”

Pourquoi avoir accepté de faire partie du jury du premier Festival International du Film Politique ?

D’une part, je souhaitais soutenir cette initiative. Car d’une manière générale, il manque de films politiques à l’écran. Le film politique est un moyen pour l’art de pointer ce qui ne va pas dans la société. Et comme il y a beaucoup de choses qui ne vont pas aujourd’hui, je trouve important qu’un festival comme celui-ci existe pour les mettre en lumière.
Mais je viens aussi pour moi, tout simplement, en tant qu’étudiant, pour découvrir des films qu’autrement je ne verrai pas car ils risquent d’être peu programmés en salles.

Quel regard portez-vous sur ce début de festival ?

Il est très intéressant et offre une belle base de réflexion. On sent un vrai intérêt du public notamment lors des discussions avec les équipes des films après les diffusions. C’est super important de créer des événements fédérateurs comme le FIFP. A partir du moment où on arrive à discuter ensemble, on évite de se taper sur la gueule. On se rend compte qu’on est tous dans le même bateau et qu’on peut trouver des solutions pour s’en sortir.

“Si je suis juste là parce que je suis Allemand, que je porte bien l’uniforme et que je peux crier d’une manière assez convaincante, ce n’est pas la peine.”
Depuis vos débuts à l’écran en 1991 dans La Secte de Michele Soavi, vous avez décroché plus de 110 rôles. Qu’est-ce qui vous passionne tant dans le cinéma ?

J’ai depuis toujours un goût prononcé pour l’art au sens large. J’ai d’abord fait des études de musique puis le jeu de l’acteur a pris le dessus et j’ai eu la chance d’en faire mon métier. Je me considère constamment comme un élève itinérant. Je vais toujours là où les challenges m’attendent, surtout s’ils me font peur. Il est passionnant de sortir de sa zone de confort. J’aime m’exposer à d’autres langues et d’autres cultures par exemple.

Vous avez souvent joué des rôles d’officier allemand pendant la Seconde Guerre Mondiale au cours de votre carrière. Sortir de votre zone confort, c’est aussi chercher d’autres rôles que celui du nazi ?

J’ai joué une vingtaine de fois ces rôles là. Sur 110 films, ce n’est pas tant que ça finalement. Mais c’est vrai que ces rôles ont marqué mon CV car ils ont connu un grand succès (La vie est belle, OSS 117, Un Village français, Inglourious Basterds). Je ne suis pas lassé de ces rôles là, je suis plutôt lassé de me répéter tout le temps. Car il me semble que beaucoup de scénaristes utilisent ce rôle d’officier allemand dans une logique de réduction historique. On essaye de cantonner les nazis à des espèces de brutes, sadiques et sans coeur. On laisse le spectateur dans sa zone de confort. Si je suis juste là parce que je suis Allemand, que je porte bien l’uniforme et que je peux crier d’une manière assez convaincante, ce n’est pas la peine. A partir du moment où ça ne me fait pas grandir en tant qu’artiste, ça ne m’intéresse pas.
Par contre des personnages complexes, comme celui d’Heinrich Müller dans Un village français, où l’on prend le temps de raconter l’histoire d’un homme, c’est différent.

 “La réalisation est l’un des rêves que je poursuis”

Vous avez tourné avec de nombreuses légendes du cinéma comme Brad Pitt ou Quentin Tarantino. Qu’est-ce qui ressort de ces expériences ?

C’était nul (rires). Non je plaisante bien sûr, c’était un rêve qui se réalisait. Que dire de plus ? C’était magnifique bien évidemment ! Plus simple, chaleureux et instructif que je ne l’imaginais. Les plus grandes stars, on les met toujours au firmament, et à partir du moment où vous les rencontrez, vous vous rendez compte qu’elles sont comme vous et moi. C’est cette approche simple finalement qui permet d’être complètement à l’aise. C’est uniquement quand vous voyez la place accordée à votre film dans les médias que vous vous dîtes “j’ai travaillé avec des Dieux”. Vous le saviez avant, vous le savez après, mais ils font en sorte que vous l’oubliez pendant. C’est ce qui rend l’expérience superbe.

Vous êtes aussi à l’aise au cinéma et à la télévision qu’au théâtre. Quelles sont vos envies pour l’avenir ?

J’aime beaucoup varier les supports. Actuellement, je suis très attiré par la comédie, les films politiques et les chroniques sociales. J’aime beaucoup les choix cinématographiques de Vincent Lindon et d’Olivier Gourmet par exemple. Ce qu’ils font est extrêmement engagé, extrêmement humain. Mais je suis très éclectique. Faire un Marvel me plairait aussi beaucoup.

N’avez-vous jamais envisagé de passer de l’autre côté de la caméra ?

 La réalisation me tente c’est vrai. Je donne des stages d’acteurs à des professionnels et il semble que j’ai un crédit auprès d’eux car on parle le même langage. Je trouve que j’ai la possibilité de sortir quelque chose d’eux qui les dépasse. C’est ce qui m’intéresse moi-même, aller au-delà de ce que je sais faire. Après, il y a aussi des histoires que j’ai envie de raconter. Ca mijote depuis un moment. Je suis actuellement en phase d’écriture. Je ne sais pas si ça va aboutir dans un scénario, mais la réalisation est sur la liste de mes rêves.

A suivre prochainement : Grand entretien avec Richard Sammel (2/2) : la politique.

Propos recueillis par Paul Seidenbinder et Boris Boutet

Costa-Gavras et Jacques Audiard, à Carcassonne, pour la première édition du Festival International du Film Politique

Dans moins de deux jours, du 4 au 8 décembre, se déroulera la première édition du Festival International du Film politique de Carcassonne (FIFP). Au programme : des invités de prestige, sept prix et une sélection pour les scolaires.

Et un de plus. Après Porto-Vecchio et Rennes, Carcassonne met à son tour la politique à l’écran pendant cinq jours. De la fiction au documentaire, pour Henzo Lefèvre, directeur de l’édition, l’objectif est « d’intéresser le grand public » au genre militant. Avec des grands classiques mais aussi des avant-premières. « Le cinéma est engagé par nature, sourit le gars d’ici. Et ce nouveau festival à Carcassonne est soutenu par beaucoup. » Notamment par la région Occitanie, et l’association Regard Caméra qui en a eu l’idée. Le défi est important pour la manifestation qui arrive après le succès des deux précédents, et tout aussi jeunes, festivals. Sera-t-il possible de faire mieux ?

Quatre jurys, sept prix et onze films en compétition

Là encore, des convives de marques sont attendus. Costa-Gavras, réalisateur emblématique du cinéma engagé, sera notamment le parrain du FIFP tandis que l’un de ses confrères, Jacques Audiard, se verra décerner le prix d’honneur. Ce n’est pas tout. Quatre jurys tout aussi brillants seront à l’oeuvre pour départager les onze films en compétition.

Le Grand Prix du Festival, le Prix de la meilleure interprétation et le Prix de la meilleure réalisation seront attribués par le jury de la compétition, composé de l’actrice Liliane Rovère, des acteurs Cyrille Eldin, Grégory Gatignol, Richard Sammel, de la productrice Salam Jawad, des réalisatrices Anne-Laure Bonnel, de l’acteur-réalisateur François Marthouret et de l’actrice-auteure Saïda Jawad.

Le Prix SFCC (syndicat français de la critique de cinéma) de la critique au sein duquel se mêlent Pascale Clark (BoxSons), France Hatron-Auboyneau (France 5/Fiches du cinéma), Bruno Cras (Europe 1), Olivier de Bruyn (Marianne/Les Echos), Alain Grasset (Le Parisien/Satellifax) et Nathalie Chifflet désignera le meilleur documentaire.

Six étudiants de sciences politiques ou en cinéma des Universités de Toulouse et Montpellier décerneront quant à eux, le Prix des étudiants à la meilleure fiction. Enfin, dix collégiens de Carcassonne récompenseront l’une des projections à destination des scolaires par le Prix de la jeunesse.

Sensibiliser le jeune public, du CM1 à la terminale

Le FIFP a pensé à tout le monde, et surtout aux élèves. Pour sa première édition, la manifestation présente une sélection pour les scolaires où chaque classe participante pourra se délecter des oeuvres sur grand écran. Après les séances, des rencontres avec les équipes du film et des intervenants spécialistes auront lieu. « Il s’agit de contribuer, par l’image, à la culture des élèves autour de grandes questions citoyennes », explique Etienne Garcia, délégué général du Festival.

Parmi un large choix de films, dont certains inédits, se glissent le dessin animé Parvana, conte sur l’émancipation des femmes en Afghanistan, ou encore le documentaire Un temps de président, racontant six mois du quotidien de François Hollande, président de la République à l’époque. Pour Henzo Lefèvre, cette démarche espère « donner une place importante aux jeunes » dont le regard manque de visibilité. « Priorité à l’éducation ! »

Côté pratique, les plus grands cinéphiles pourront suivre l’entièreté des vingt-trois séances programmées pour un prix abordable, puisque le pass, pour toute la durée du festival, s’élève à 20 euros. La journée, elle, est à 10 euros. Plus d’informations, ici.

Européennes : Alexandre Dézé « On a enterré le FN trop rapidement »

Le Rassemblement national (ex-FN) sera-t-il le gagnant des européennes de 2019 ? C’est ce que laisse entendre un sondage Ifop, réalisé le 4 novembre. Il place le RN en tête des intentions de vote (21%). À huit mois du scrutin, ce résultat est-il fiable ou simplement anecdotique ? Les réponse d’Alexandre Dézé, maître de conférence en science politique, chercheur au CEPEL et spécialiste des questions du RN.

Depuis les élections présidentielles, le RN s’était fait un peu oublier… Comment expliquer que ce parti d’extrême-droite soit toujours si haut dans les enquêtes d’opinion ? Un récent sondage de l’Ifop le place en tête des intentions de vote, pour les prochaines élections européennes ?

Alexandre Dézé : On a enterré le FN un peu rapidement. On a trop rapidement changé de logiciel d’analyse. C’est-à-dire que jusqu’à l’élection présidentielle, on le considérait comme l’un des premiers partis de France. Et au lendemain, on le considère quasiment comme le dernier des partis. Donc ça signifie qu’il y a un vrai problème dans la lecture et dans l’interprétation de ce parti.

Même s’il a enregistré des résultats qui apparaissaient en recul lors des législatives (8 sièges obtenus, ndlr), jamais il n’a été aussi puissant au niveau électoral. Lors des présidentielles, 10 millions d’électeurs ont voté pour Marine Le Pen au 2e tour. Elle a recueilli plus de 30% de voix. Ce n’est donc pas si étonnant de le trouver aujourd’hui à des intentions de vote comme cela.

Que vaut un tel sondage à huiy mois de l’élection ?

De tels sondages, qui sont réalisés à plusieurs mois du scrutin, ne tiennent pas compte de l’offre telle qu’elle se dessinera au moment où la campagne va vraiment commencer, ni des particularités du scrutin notamment parce qu’on va voter par circonscription européenne.

C’est-à-dire ?

On retrouve les mêmes travers que d’habitude en ce qui concerne la production de sondages sur le FN, soit un peu n’importe quoi. En dépit de ce que peuvent dire la plupart des instituts de sondage, on continue à rencontrer de très solides difficultés à vraiment cerner par enquête sondagière le potentiel électoral du FN. Il n’y a pas un sondage sur le FN qui s’est avéré relativement proche de la vérité au cours de ces dernières élections.

Donc ce sondage n’a pas de valeur ?

Non, absolument aucune. Ça ne mesure éventuellement qu’un rapport de force entre les principales formations sur le moment. Et entre le déclaratif au mois de novembre et le pratique au mois de mai-juin il y a une différence énorme. On ne peut pas présumer de la configuration électorale d’ici plusieurs mois, ni de l’évolution du rapport de force. Là ça mesure éventuellement la déconsidération construite médiatiquement du gouvernement ou de la présidence actuelle. On voit bien qu’un certain nombre de médias se nourrissent d’un « story telling » (on raconte une histoire, ndlr) politique qui est de plus en plus axé sur le déclinisme. On oublie que la politique ça demande un petit peu de temps. Je ne suis pas un fervent partisan du gouvernement actuel, mais dire un an après l’élection présidentielle que c’est fini, c’est mort, il faut le virer etc… Ça me paraît être un drôle de traitement. Il y a un problème de plus en plus cruel, je trouve, pour les acteurs politiques en général d’ajustement entre la temporalité médiatique, c’est-à-dire l’immédiat, l’usure rapide de l’info… et puis ce qu’est le politique qui fonctionne sur une temporalité beaucoup plus longue. Ça génère un traitement beaucoup plus critique de la politique, qui est amplifié par ailleurs par l’usage qui est fait des réseaux sociaux.

Avez-vous le souvenir d’avoir déjà vu un sondage si tôt avant une élection, et fiable ?

En ce qui concerne les européennes, j’ai un bon souvenir en 2014 d’une couverture du Nouvel Obs sur une enquête qui a été faite il me semble en octobre-novembre de 2013. Elle annonçait le FN premier parti de France aux élections européennes avec un niveau d’intention de votes relativement élevé. Je crois que le FN était annoncé à 24%. C’est ce qu’il a fait après coup.

Donc c’est possible alors ?

C’était parfaitement hasardeux. C’était un sondage Ifop. Je me suis affronté à l’époque avec Frédéric Dabi, un des responsables de l’Ifop, par mails interposés. C’était juste un coup de chance, du hasard. C’était impossible, vu le moment où il était fait, vu la méthodologie, vu ce qui était mesuré, de pouvoir prévoir un chiffre fiable. Si le résultat est le bon, ce n’est absolument pas lié aux qualités du sondage. C’est juste un coup de bol.

Pour en revenir au FN, vous avez dit, « on l’a enterré trop rapidement »…

Bien sûr. À la fois on l’a enterré trop vite, mais comme on l’a érigé abusivement au rang de premier parti de France, de parti aux portes du pouvoir. La lecture dominante qui a été faite de ce qui s’est passé au cours de ces dernières années montre à quel point on a du mal à appréhender sereinement la chose politique aujourd’hui.

A partir du moment où Marine Le Pen est arrivée à la présidence du parti, on en a fait un mouvement changé, renouvelé, normalisé, dédiabolisé, alors que bon… le parti n’avait absolument pas changé d’orientations programmatiques, de sociologie de l’électorat, de leadership. On a tendance à oublier que Marine Le Pen est la fille de Jean-Marie Le Pen. On était face à un parti absolument inchangé. On en a fait le premier parti de France parce qu’effectivement, il est arrivé souvent en première position aux élections. Mais la place d’un parti dans la compétition politique ça se mesure également à autre chose que ses résultats électoraux.

À quoi peut-on mesurer la place d’un parti, si ce n’est à ses résultats aux élections ?

Si on raisonne en terme d’implantation locale, de nombre de militants… On est très loin, en ce qui concerne le FN, du statut de premier parti de France. Et puis, on en a fait un parti aux portes du pouvoir. Alors que c’est un parti qui, sur plusieurs aspects, a encore un héritage crépusculaire. Il y a très peu de cadres, de responsables, de personnes capables de prendre des responsabilités… Il y a même des cadres qui avouaient que si le FN arrivait au pouvoir, ce serait la catastrophe car ils ne sauraient même pas qui mettre dans les ministères. Ce n’est pas moi qui le dis, c’était un membre du FN.

Ce manque de professionnalisme que vous soulignez, n’est-ce pas aussi ce qu’a laissé transparaître Marine Le Pen lors du débat de second tour ? Est-ce que cela a pu jouer sur les résultats ?

On s’est dit « Marine Le Pen s’est plantée au second tour, le FN est mort ». C’est curieux ! Les effets de débat de l’entre-deux tour, ça joue vraiment très à la marge sur les résultats. Marine Le Pen a perdu, parce qu’elle devait le perdre. Il n’y a pas un socle électoral frontiste majoritaire en France. Elle l’aurait perdu quoiqu’il en soit. Sans doute que ses résultats ont généré des déceptions, c’est sûr même. De là à considérer que le FN est mort, en crise, condamné à disparaître… C’est le discours qui porte sur le FN depuis des années et des années. Soit on en fait le parti le plus dangereux de France, qui est aux portes du pouvoir, soit en fait un parti qui est sur le point de mourir. Et ce traitement est alternatif, il se retrouve dans toute l’histoire du traitement du FN. Après la scission de 98 il était mort, en 2002 Jean-Marie était au second tour. À la fin des années 2000, il était mort parce qu’il était endetté à hauteur de 10 millions d’euros, qu’il n’y avait plus de militants, plus de cadres, que je Jean-Marie Le Pen était vieillissant… En 2012, Marine Le Pen fait un super score à la présidentielle (rappeler le chiffre) et après le FN ne fait que progresser. Voilà, après c’est toujours à peu près la même chose.

Simplement, ce qu’il faut savoir, c’est que, encore une fois, les instituts de sondage pour l’instant n’ont aucun moyen, même proche de l’élection ils sont bien en peine de mesurer avec précisions les intentions de vote pour le FN, alors à plusieurs mois du scrutin… Ces sondages ne nous disent rien. Vraiment rien !

Indépendance : ce qu’en pensent les étudiants calédoniens

Une première décision a été prise par le peuple calédoniens ce dimanche 4 novembre. 174 154 d’entre eux ont pu répondre à la question suivante : Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?

Qu’ils soient pour ou contre l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, ils se rejoignent tous sur un point : ce territoire ultra-marin ne peut se passer de la France. À l’occasion du référendum du 4 novembre, nous avons pu interroger Jade, Alisone, Jean-Baptiste, Charles* ou encore Ernest, jeunes calédoniens, venus en métropole pour poursuivre leurs études. Pour eux, la France est, et devrait rester, un partenaire privilégié de la Nouvelle-Calédonie. L’apport de la métropole est en effet déterminant : aides aux études supérieures de la Province Sud, Passeport Mobilité, Programme Cadres Avenir… Des dispositifs mis en place pour former la jeunesse calédonienne en métropole, avant leur retour sur le Caillou pour faire bénéficier de leurs acquis.

« Je suis venue en métropole pour poursuivre mes études. »

Alisone, étudiante en 3e année de psychologie à l’Université Paul Valéry, est contre l’indépendance. « La France apporte développement, soutien et bien-être à ses habitants, même si tout n’est jamais équitable ou bien fait. » Pour elle, les étudiants sont les premiers à bénéficier du lien entre Nouvelle-Calédonie et métropole : « Les étudiants calédoniens ont la chance de pouvoir venir se spécialiser dans des branches qui ne sont pas encore développées en Nouvelle-Calédonie ». Un avis que rejoint Jade, également étudiante en psychologie. « C’est une chance d’être française, d’avoir un passeport français ainsi que les avantages que cela donne. » Ce que vient souligner Jean-Baptiste, étudiant en biologie « en termes de diversité d’enseignements supérieurs proposés, la Nouvelle-Calédonie est très loin de ce qu’il y a en France. »  Pour Charles, étudiant en géographie et aménagement, lui aussi opposé à l’indépendance : « Nous sommes bien loin de l’autosuffisance alimentaire constante et l’une des seules ressources rentables que nous possédions reste le nickel. »

Ernest lui, est un jeune kanak et président de l’Association Mabelyna. Il se présente comme fervent défenseur du oui à l’indépendance, mais ne renie pas l’importance qu’à la France, bien au contraire. À Montpellier depuis septembre dernier pour préparer les concours de la fonction publique, il affirme « je suis ici grâce au dispositif Cadres Avenir, qui a vu le jour suite aux accords de Matignon et conforté par les accords de Nouméa. Il donne la possibilité aux kanaks d’accéder à des postes à responsabilités dans la fonction publique notamment. » Il ajoute « La France est un partenaire privilégié dans la formation : cela ouvre des possibilités. »

Négocier des interdépendances

Pour Ernest, ces rapports privilégiés, n’enlèvent rien à la nécessité d’enclencher le processus d’indépendance. Pour lui « Ce référendum était un galop d’essai. La Nouvelle-Calédonie est capable d’une auto-gestion, et elle doit être comme l’a expliqué le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), capable de négocier ses interdépendances. »

Pour ou contre l’indépendance, caldoches ou kanaks, avec un avis tranché ou encore mouvant, tous se sont accordés sur l’importance de la France dans cette transition qu’est en train de vivre la Nouvelle-Calédonie.

* le prénom a été modifié

SÉANCE TENANTE #5 – Berlinguer ou le compromis politique à l’italienne

Enrico Berlinguer, leader du parti communiste en Italie dans les années 1970, a su toucher tout un pan de la société italienne grâce à sa manière humaniste de diriger. Walter Veltroni retrace ces années mémorables dans le documentaire Quando c’era Berlinguer.

Lénine, Marx, Marchais… des noms que l’on associe instinctivement au communisme. En Italie, le leader, celui qui a réussi à faire voter un tiers de la population italienne pour le parti communiste italien (PCI) dans les années 1970 est Enrico Berlinguer. Loin des standards du leader à l’italienne, il réussit à insuffler un changement radical dans le paysage politique transalpin. Au travers du documentaire Quando C’era Berlinguer (Quand il y avait Berlinguer), son réalisateur, Walter Veltroni, ancien maire de Rome et ministre de la Culture, retrace en 50 minutes la vie du leader populaire et charismatique du PCI adulés de ses partisans.

L’air timide, portant « des vêtements toujours trois fois trop grand pour lui », comme s’amuse à le dire le musicien Lorenzo Cherubini, Berlinguer a réussi à conquérir aussi bien les cœurs que les esprits de la classe ouvrière et des pans entiers de la société italienne.

L’ascension politique du jeune Berlinguer démarre en 1949 lorsque Palmiro Togliatti, fondateur du PCI, lui confie le poste de secrétaire général des jeunesses communistes italiennes. Ses premières décisions sont particulièrement audacieuses dans le contexte très stalinien de l’époque : en 1957, Berlinguer supprime, par exemple, l’obligation pour les membres du parti de se rendre en URSS. Sa popularité et sa critique ouverte du communisme soviétique lui permettent vite d’obtenir des mandats électoraux : il sera ainsi député de Rome en 1968. Il condamne à l’époque l’invasion de la Tchécoslovaquie et l’écrasement du Printemps de Prague par le régime soviétique et continue d’imposer sa vision humaniste du communisme en Occident.

En 1972, il devient secrétaire du PCI. Dans son documentaire, Veltroni prend le soin de montrer dans avec les images de sa caméra, remportée lors d’un loto sportif à l’âge de 15 ans, les mouvements de liesse suscitée par le leader du PCI sur la place Saint-Jean de Latran à Rome. On y voit un Berlinguer parlant posément, mais « capable de taper du poing ! » comme le décrit le fondateur du quotidien Repubblica Eugenio Scalfari.

Intègre, honnête et sobre, il va devenir la grande figure de la gauche italienne et le leader du parti communiste le plus puissant d’Occident. Tout au long de ce qu’il décrit comme sa « mission », il va lutter pour que la démocratie italienne, menacée par le terrorisme d’extrême gauche et d’extrême droite, perdure. Mais il sera freiné à de multiples reprises. Des agents soviétiques tenteront de l’assassiner lors d’un voyage en Bulgarie en 1973. Les Brigades rouges mettront fin à ses espoirs de compromis en tuant Aldo Moro, chef de la démocratie chrétienne et partisan de ce compromis, et cinq de ses gardes du corps à Rome.

De l’émancipation soviétique à l’eurocommunisme (tentative de regrouper les partis communistes français, espagnol et italien), Berlinguer a toujours recherché le compromis dans son action politique. Homme du renouveau politique italien, il a su dépasser les limites de son propre parti. S’appuyant sur les témoignages de responsables politiques de l’époque, de la fille de Berlinguer et des images d’archives, Veltroni dépeint avec force celui qui était « bien plus qu’un homme politique ».

 

Crise migratoire : “L’Europe et la France n’assument pas leurs responsabilités”

En retrait de la vie politique, Aurélie Filippetti n’en demeure pas moins une citoyenne engagée. Rencontrée à l’occasion du festival Cinemed qu’elle préside pour la troisième année consécutive, l’ancienne Ministre de la Culture de François Hollande se livre sans langue de bois sur hautcourant.

A la fin de l’année 2017, vous vous êtes mise en retrait de la vie politique. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Je suis toujours complètement en retrait de la vie politique. Je ne prendrai pas part aux débats dans la campagne pour les élections européennes. Il y a des moments où l’on doit être à l’intérieur de l’appareil politique parce qu’on peut faire avancer les choses. Et d’autres où l’on sait que, de toute façon, on ne pourra pas aller plus loin pour défendre ses idées. A ce moment là, il vaut mieux sortir et se mettre ailleurs.
Moi franchement je ne me verrai pas participer aux débats parlementaires tels qu’ils sont menés aujourd’hui à l’Assemblée. D’un côté, une majorité très godillot qui suit aveuglément tout ce qu’on lui demande de voter. De l’autre, une opposition qui doit faire de la communication à outrance pour exister. Moi ce n’est pas trop mon truc. Je trouve que pour l’instant il n’y a pas d’espace à gauche. Pas de parti qui pourrait me convenir.

Vous restez malgré tout une citoyenne engagée.

Tout à fait. Et je continue à prendre part au débat public. J’ai publié un livre il y a quelques semaines (NDLR : Les Idéaux). J’ai envie d’en écrire un autre dans l’année. Pour moi c’est la meilleure forme de participation au débat public. L’écriture engagée, c’est la vraie liberté.

Vous évoquez la “communication à outrance” utilisée par les partis d’opposition. Que pensez-vous des déclarations de Jean-Luc Mélenchon suite aux perquisitions effectuées au siège de La France Insoumise ?

Pour moi c’est justement une nouvelle opération de communication qui va encore fonctionner car on vit dans la société du spectacle. Je trouve choquant qu’un parlementaire s’attaque à la justice. Les juges d’instruction sont indépendants.  Heureusement qu’il y en a en France. Bien sûr qu’il y a des pressions sur la justice mais le juge d’instruction, lui, est indépendant.

“Des donateurs ont été particulièrement généreux avec Macron”

Maintenant que Jean-Luc Mélenchon dise qu’il n’y a pas eu la même diligence vis à vis des financements de la campagne d’Emmanuel Macron ça c’est un fait. Bien sûr il y a des problèmes dans la campagne de l’actuel Président. Des donateurs qui ont été extrêmement généreux avec Macron et pas avec d’autres. Ça c’est problématique. Mais la manière dont Mélenchon a pris à partie la justice, ce n’est pas acceptable.
Il faut respecter l’institution judiciaire en général. Si on commence à s’y attaquer, on ne peut pas après critiquer Marine Le Pen quand elle tient des discours contre la justice. Sinon c’est deux poids deux mesures.

La 40e édition de Cinemed que vous présidez met à l’honneur le Liban, un pays qui traverse une importante crise migratoire. Comment jugez-vous le comportement des Européens face à ces problèmes ?

Je trouve que l’Europe n’assume pas du tout ses responsabilités. Sans doute la France encore moins que les autres.
On a accueilli beaucoup moins de réfugiés que les autres pays européens par rapport à notre population. Sur les 190 000 migrants qu’on reçoit chaque année, on ne compte que 36 000 réfugiés de plus. En moyenne, ça fait un par commune. C’est vraiment rien du tout.

“On a aucune leçon à donner à l’Italie”

Il faut avoir conscience que cette crise aurait pu arriver aussi chez nous. Elle nous est arrivée dans le passé d’ailleurs. On doit absolument être solidaires de ces peuples mais aussi des pays qui sont touchés par la crise migratoire.

Comme l’Italie de Matteo Salvini ?

L’Italie a été en première ligne et les autres pays européens l’ont laissée se débrouiller. On a laissé notre frontière fermée et maintenant on vient donner des leçons aux Italiens en leur disant “vous avez voté pour un facho.” On a aucune leçon à donner à l’Italie.
L’arrivée au pouvoir de l’extrême droite est la conséquence de l’incurie de l’Union Européenne. De son absence totale de responsabilité et de solidarité à la fois vis-à-vis des migrants et des pays de l’UE les plus exposés à cette crise.

Vous avez été Ministre de la Culture pendant deux ans. Depuis quelques jours, c’est Franck Riester qui occupe ce poste. Quels sont les principaux enjeux auxquels il devra faire face ?

Je le connais car il était député en même temps que moi et il a suivi tous les dossiers culturels depuis plusieurs années. Donc voilà on verra. La véritable question c’est celle des moyens qu’on va donner à la culture.
Il faut que la culture soit une priorité pour le gouvernement et pour le Président de la République. C’est indispensable. On a besoin d’avoir une politique culturelle à la hauteur de l’image que renvoie la France dans le monde.
Je trouve que depuis plusieurs années, on n’accorde pas à la culture la place et les moyens qu’elle mérite.

Propos recueillis par Camille Bernard et Boris Boutet

GRAND ENTRETIEN – Aurélie Filippetti : la vie d’après

Ancienne ministre de la Culture, la présidente du Cinemed revient avec Haut Courant sur le cinéma, les politiques culturelles et sa nouvelle vie, loin de l’Assemblée Nationale…et du Parti Socialiste.

  • Racontez-nous votre histoire avec le cinéma…

Depuis l’enfance, j’ai une relation particulière avec le cinéma méditerranéen, notamment italien. C’est à travers le festival de cinéma italien de Villerupt en Lorraine que j’ai fait mon apprentissage cinématographique. C’est par cet événement que j’ai découvert la richesse et la diversité du 7e art. Après avoir présidé le FID (Festival International du Cinéma de Marseille) pendant 8 ans, j’avais envie de m’investir, de participer au projet Cinemed. J’ai accepté avec enthousiasme la proposition qui m’a été faite par Philippe Saurel et j’ai rencontré une équipe formidable.

  • Quel est votre rôle au Cinemed ?

En tant que présidente du festival, je participe à la réalisation de partenariats. Je contribue à la consolidation de l’assise financière du festival et à la recherche de mécènes privés, ce qui est essentiel pour que le Cinemed puisse se passer dans de bonnes conditions. Avec le directeur du festival, Christophe Leparc et toute l’équipe, on a des relations toute l’année. On discute des invités, du jury, du pays qui est mis à l’honneur, de l’affiche, de la programmation. Ce sont des discussions très horizontales. Je suis moi-même bénévole.

  • Un film a-t-il retenu votre attention à l’occasion de la sélection 2017 ?

Razzia m’a beaucoup marqué. Cela m’interroge. J’ai eu le même sentiment l’année dernière avec le cinéma tunisien. Je trouve que c’est à travers le cinéma qu’on arrive à avoir un vrai portrait de ce qui se passe dans ces sociétés aujourd’hui. J’ai beaucoup plus appris sur la situation en Tunisie par le Cinemed qu’en lisant les journaux. Razzia donne une image complète et inquiétante de la société marocaine. Le film parle notamment de la réforme de l’enseignement scolaire de 1982 avec l’arabisation forcée des populations berbères, du retour de l’enseignement religieux qui prime sur l’enseignement scientifique. Trente ans après, on ressent encore les conséquences de cette réforme dans le pays, par exemple sur la place des femmes dans la société.

  • Dans le cadre du Cinemed, des séances sont proposées au jeune public. Qu’en est-il des inégalités d’accès à la culture pour les jeunes aujourd’hui ?

Il n’y a pas assez de progrès aujourd’hui. Au Cinemed, il y a un programme « jeune public », un jury jeune, un partenariat avec les lycéens dans le cadre de l’option cinéma. On travaille beaucoup sur cette thématique. Il faudrait que ce soit systématique dans tous les événements et établissements culturels. On a trop tendance à considérer que la programmation « jeune public » est une sous-programmation, quelque chose d’annexe. Or, c’est pour moi le cœur de la mission de tous les établissements culturels. Nous devons former les jeunes esprits qui seront demain les spectateurs adultes.

  • Depuis de nombreuses années, la culture est la première cible des restrictions budgétaires. Est-ce que le ministère de la Culture a les moyens de mettre en place une vraie politique culturelle ?

Lorsque j’étais ministre de la culture, il y eu un manque d’ambition du président de la république François Hollande. Il a fait l’erreur de soumettre la culture à des restrictions budgétaires. Une erreur qui a été reconnue par la suite, notamment par Manuel Valls : il y a eu un redressement durant le quinquennat mais le mal était déjà fait. Ce fut une erreur… et pas la seule d’ailleurs. Aujourd’hui, la nouvelle ministre Françoise Nyssen a des difficultés, comme souvent quand on est au ministère de la Culture. La situation ne change pas. Le gouvernement et Bercy ne comprennent toujours pas que ça ne sert à rien de diminuer le budget du ministère de la culture.

  • À l’issue de vos deux mandats consécutifs de députée, vous n’avez pas été reconduite. Y a-t-il une vie après l’Assemblée Nationale ?

C’est un grand mensonge que de considérer que lorsqu’on a été élu on ne peut rien faire d’autre. Beaucoup d’entre nous ont eu des métiers avant, certains étaient des apparatchiks politiques mais ce n’est pas mon cas. À l’origine, j’étais professeure de littérature et aujourd’hui je suis redevenue professeure : à Science Po Paris ainsi qu’à l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ). Je souhaite aujourd’hui me mettre en retrait de la vie politique. Toutefois, je continue à être extrêmement intéressée et à suivre ce qui se passe politiquement et économiquement dans mon pays. On peut être engagé politiquement sans être élu et parlementaire. Je suis avant tout une citoyenne. Et à ce titre, je suis comme n’importe quel citoyen, je suis à même de m’exprimer, de dire les choses et d’avoir mon analyse sur la situation politique de mon pays.

  • Vous avez reçu une lettre vous signifiant votre « sortie » du Parti Socialiste (PS). Que pensez-vous de l’état du parti ?

C’est fou ! Lorsqu’il y a une crise au sein d’une organisation politique, il faudrait se serrer les coudes. En réalité, on fait face à des règlements de compte, des épurations et de la vengeance. On est dans un système où ceux qui restent au Parti Socialiste (PS) profitent de sa faiblesse pour essayer de se débarrasser de la ligne la plus à gauche du parti.
Le PS n’est pas en bon état, c’est certain. D’ailleurs, je ne suis pas sûre qu’il parvienne à se réformer et se transformer suffisamment pour se remettre en selle. En ce moment beaucoup partent du Parti Socialiste parce qu’ils en ont assez… Moi je considère que le Parti Socialiste est en très mauvais état suite au quinquennat de François Hollande : les gens ont été complètement désorientés par sa politique, donc il faut sans doute construire autre chose.

  • Vous êtes aussi chroniqueuse…?

C’est un gros mensonge, une fake news ! Je ne suis pas chroniqueuse ! J’ai accepté de participer deux fois par mois à une émission de débat chez Fogiel. Il invite 4-5 personnes tous les soirs, moi je n’y suis que deux fois par mois ! Les médias ont raconté que j’étais chroniqueuse mais c’est totalement faux. C’est n’importe quoi ! J’ai beau le dire, l’écrire sur ma page Facebook…c’est vraiment le règne des fake news.

Ce n’est pas le média de la France Insoumise. Il n’y a pas de lien avec l’émission télévisée de Jean-Luc Mélenchon. Des personnalités de toutes origines ont signé cet appel. Pour moi, c’est un appel à soutenir l’apparition d’un média citoyen, avec des contributions diverses de la société civile. Je soutiens cette démarche, mais je n’y participe pas. Je suis pour l’existence d’un nouveau média qui soit indépendant, ce qui ne veut pas dire qu’il ne puisse pas exprimer des opinions. Rien n’est pire que la fausse objectivité de certains journaux qui défendent en fait leur propre opinion. Le problème est le manque de diversité de la presse française et la concentration capitalistique. Aujourd’hui, on voit que les médias français dans leur immense majorité sont détenus par 4 ou 5 grands groupes industriels et financiers extrêmement puissants. Je pense que c’est vraiment problématique. Il y a un manque criant de diversité au sein de la presse française, notamment sur les aspects politiques.