Grand entretien avec Richard Sammel (2/2) : La politique.

Par le 9 décembre 2018

De OSS 117 à Inglourious Basterds en passant par Un village français, Richard Sammel a enchaîné les productions à succès, devenant l’un des nazis les plus populaires du cinéma international.
Jury du premier Festival International du Film Politique (FIFP), l’acteur allemand livre sans détour son regard sur l’actualité.

Richard Sammel

“Sur le papier notre système politique est superbe. Dans la réalité c’est que dalle !”

Dans le cadre du FIFP, vous avez visionné de nombreux films politiques traitant de sujets très variés. Quelle est votre définition du film politique ?

C’est un film qui parle d’un sujet qui brûle. Ça balaye un champ très large. Il peut traiter des hautes sphères de la politique comme d’un retraité qui n’arrive plus à boucler ses fins de mois parce qu’on lui a coupé 10% de ses 800 euros de pension retraite. Donald Trump, Maastricht, l’affaire Kadhafi, l’affaire Elf, le glyphosate… Il y a un nombre infini de sujets politiques.

Traiter de ces sujets vous tient à coeur ?

Oui bien sûr, la politique n’est rien d’autre qu’un instrument que l’homme s’est inventé pour organiser la société. Bien plus que la compétition politique en tant que telle, je m’intéresse aux règles qu’on invente et aux morales qu’on établit. Il est crucial de parler de ce qui ne va pas. Parce qu’on a des règles superbes mais qu’on les respecte pas. C’est ça en fait le problème de la politique. Parce que le système en place est superbe sur le papier. La démocratie, l’élection, votre voix compte, ma voix compte … Dans la réalité c’est que dalle. La voix d’un électeur compte de moins en moins.

Vous considérez-vous comme engagé politiquement ?

Qu’on le veuille ou non nous sommes tous engagés politiquement. Si vous fermez votre gueule, c’est politique. Vous êtes un mouton qui se laisse faire. Vous pouvez vivre comme ça bien sûr. Mais à partir du moment où vous n’avez plus envie de vivre comme ça, vous vous rendez compte que votre comportement est politique.
Si vous ne dites rien, vous faites le jeu du système en place. Si vous trouvez que ça fonctionne mal, il faut vous positionner. On le voit bien avec la crise des gilets jaunes.
C’est une discussion extrêmement active dans toutes les couches de la société. On peut pas faire comme si ça ne nous concernait pas. Ça nous concerne tous.

“Une situation proche de la guerre civile où tout le monde se tape dessus, ça fait le profit de l’Etat.”

Et vous, quelle est votre position sur ce mouvement des gilets jaunes ?

Je le trouve complètement logique, très juste et très dangereux en même temps. La nature humaine est ainsi faite, elle ne peut supporter un certain niveau d’injustice sans se révolter collectivement. Et là, il semblerait qu’on ait depuis un moment atteint ce stade.  Le mouvement des gilets jaunes est le parfait exemple de ce qu’est devenu notre société. Jusqu’alors, la population était très compartimentée. Quand les infirmières manifestaient, les lycéens s’en foutaient, quand les lycéens manifestaient les routiers s’en foutaient, quand les routiers manifestaient les chauffeurs de taxis s’en foutaient et ainsi de suite. Aujourd’hui, pour la première fois depuis 68, il y a un rassemblement de la population qui se mobilise dans son ensemble contre un gouvernement qui n’est plus en phase avec ceux l’ont élu.

Vous semblez comprendre les revendications des manifestants.  

Bien sûr que je comprends cette contestation. Moi je fais partie des privilégiés. Mais comment voulez-vous comprendre un dirigeant qui dit aux retraités de se serrer la ceinture, alors que, dans le même temps, il augmente lui-même le salaire de ses ministres de 20% ou 30% ? C’est quoi ce délire là ? En aucun cas tu veux augmenter le SMIC, ne serait-ce qu’au niveau de l’inflation, mais tu continues à faire des cadeaux aux plus riches et aux entreprises. Le pire, c’est que je pense que c’est un calcul tout à fait conscient du gouvernement. Une situation proche de la guerre civile où tout le monde se tape dessus, ça fait le profit de l’État.

“Les gens sont prêts à des sacrifices s’ils servent vraiment à sauver la planète.”

Vous avez une vision très cynique du pouvoir.

D’un autre côté, on a les politiques qu’on mérite car ils ne sont pas arrivés au pouvoir par un coup d’État. Ils ont tous été élus. Et si la population continue à croire les balivernes qu’on lui raconte avant les élections… Il faut clouer les dirigeants sur leurs promesses. Le problème de nos jours, ce n’est plus plus seulement les sans-abris qui crèvent la dalle, c’est les gens qui ont un boulot, qui bossent et qui ont peur de ne pas finir le mois. C’est quand même un délire énorme.

Ces revendications sont-elles compatibles avec l’urgence écologique ?

Je pense que les gens sont prêts à faire des sacrifices si ces derniers servent réellement à sauver la planète. Concernant la taxe carbone, tout le monde était prêt à se serrer la ceinture à partir du moment où elle servirait entièrement et uniquement à financer la transition écologique. Mais ce n’est pas le cas !

Pensez-vous que les manifestations des gilets jaunes puissent aboutir à un changement de cap de la part d’Emmanuel Macron et une augmentation du pouvoir d’achat des plus pauvres ?  

Je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est qu’après Mai 68 et ses clashs hyper violents, l’Etat a augmenté le SMIC de 35%. C’est quand même malheureux qu’il faille en arriver là.
Nos dirigeants sont complètement à côté de la plaque. A partir du moment où on est élu aujourd’hui, on se comporte comme si on était dans une caste.
On se comporte contre le peuple. On en fait plus partie. Mais mon cul ! Tu es le représentant de ceux qui t’ont élu !

Propos recueillis par Paul Seidenbinder et Boris Boutet

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à propos de l'auteur

Auteur : Boris Boutet

Attiré par l’écriture et le journalisme depuis mon plus jeune âge, ma curiosité naturelle m’a poussé à développer de nombreux centres d’intérêts, parmi lesquels ma passion, le sport. Adolescent, la même ritournelle, presque prophétique, résonnait souvent dans mon cocon familial : « Tu finiras journaliste sportif ». Avec l’esprit de contradiction qui caractérise bien des jeunes de cet âge, je démentais. Pourtant, après avoir écrit bénévolement pour plusieurs sites amateurs, je deviens très vite correspondant sportif pour Midi Libre et le Républicain d’Uzès. Dans le même temps, je m’essaye à la radio, créant ma propre émission sur le web et intervenant de temps à autres sur Radio Nîmes. Au fil des semaines, et de mes deux stages universitaires effectués à Midi Libre, mon style rédactionnel évolue. Mes attentes du métier aussi. Initialement attiré par la presse écrite, c’est désormais la radio que je convoite. Mais avant de commenter des évènements sportifs ou de débattre dans les studios d’une radio nationale, je souhaite traiter sur Haut Courant de l’actualité sous toutes ses formes et découvrir les différents supports offerts par le journalisme web.