Grand entretien avec Richard Sammel (2/2) : La politique.

De OSS 117 à Inglourious Basterds en passant par Un village français, Richard Sammel a enchaîné les productions à succès, devenant l’un des nazis les plus populaires du cinéma international.
Jury du premier Festival International du Film Politique (FIFP), l’acteur allemand livre sans détour son regard sur l’actualité.

“Sur le papier notre système politique est superbe. Dans la réalité c’est que dalle !”

Dans le cadre du FIFP, vous avez visionné de nombreux films politiques traitant de sujets très variés. Quelle est votre définition du film politique ?

C’est un film qui parle d’un sujet qui brûle. Ça balaye un champ très large. Il peut traiter des hautes sphères de la politique comme d’un retraité qui n’arrive plus à boucler ses fins de mois parce qu’on lui a coupé 10% de ses 800 euros de pension retraite. Donald Trump, Maastricht, l’affaire Kadhafi, l’affaire Elf, le glyphosate… Il y a un nombre infini de sujets politiques.

Traiter de ces sujets vous tient à coeur ?

Oui bien sûr, la politique n’est rien d’autre qu’un instrument que l’homme s’est inventé pour organiser la société. Bien plus que la compétition politique en tant que telle, je m’intéresse aux règles qu’on invente et aux morales qu’on établit. Il est crucial de parler de ce qui ne va pas. Parce qu’on a des règles superbes mais qu’on les respecte pas. C’est ça en fait le problème de la politique. Parce que le système en place est superbe sur le papier. La démocratie, l’élection, votre voix compte, ma voix compte … Dans la réalité c’est que dalle. La voix d’un électeur compte de moins en moins.

Vous considérez-vous comme engagé politiquement ?

Qu’on le veuille ou non nous sommes tous engagés politiquement. Si vous fermez votre gueule, c’est politique. Vous êtes un mouton qui se laisse faire. Vous pouvez vivre comme ça bien sûr. Mais à partir du moment où vous n’avez plus envie de vivre comme ça, vous vous rendez compte que votre comportement est politique.
Si vous ne dites rien, vous faites le jeu du système en place. Si vous trouvez que ça fonctionne mal, il faut vous positionner. On le voit bien avec la crise des gilets jaunes.
C’est une discussion extrêmement active dans toutes les couches de la société. On peut pas faire comme si ça ne nous concernait pas. Ça nous concerne tous.

“Une situation proche de la guerre civile où tout le monde se tape dessus, ça fait le profit de l’Etat.”

Et vous, quelle est votre position sur ce mouvement des gilets jaunes ?

Je le trouve complètement logique, très juste et très dangereux en même temps. La nature humaine est ainsi faite, elle ne peut supporter un certain niveau d’injustice sans se révolter collectivement. Et là, il semblerait qu’on ait depuis un moment atteint ce stade.  Le mouvement des gilets jaunes est le parfait exemple de ce qu’est devenu notre société. Jusqu’alors, la population était très compartimentée. Quand les infirmières manifestaient, les lycéens s’en foutaient, quand les lycéens manifestaient les routiers s’en foutaient, quand les routiers manifestaient les chauffeurs de taxis s’en foutaient et ainsi de suite. Aujourd’hui, pour la première fois depuis 68, il y a un rassemblement de la population qui se mobilise dans son ensemble contre un gouvernement qui n’est plus en phase avec ceux l’ont élu.

Vous semblez comprendre les revendications des manifestants.  

Bien sûr que je comprends cette contestation. Moi je fais partie des privilégiés. Mais comment voulez-vous comprendre un dirigeant qui dit aux retraités de se serrer la ceinture, alors que, dans le même temps, il augmente lui-même le salaire de ses ministres de 20% ou 30% ? C’est quoi ce délire là ? En aucun cas tu veux augmenter le SMIC, ne serait-ce qu’au niveau de l’inflation, mais tu continues à faire des cadeaux aux plus riches et aux entreprises. Le pire, c’est que je pense que c’est un calcul tout à fait conscient du gouvernement. Une situation proche de la guerre civile où tout le monde se tape dessus, ça fait le profit de l’État.

“Les gens sont prêts à des sacrifices s’ils servent vraiment à sauver la planète.”

Vous avez une vision très cynique du pouvoir.

D’un autre côté, on a les politiques qu’on mérite car ils ne sont pas arrivés au pouvoir par un coup d’État. Ils ont tous été élus. Et si la population continue à croire les balivernes qu’on lui raconte avant les élections… Il faut clouer les dirigeants sur leurs promesses. Le problème de nos jours, ce n’est plus plus seulement les sans-abris qui crèvent la dalle, c’est les gens qui ont un boulot, qui bossent et qui ont peur de ne pas finir le mois. C’est quand même un délire énorme.

Ces revendications sont-elles compatibles avec l’urgence écologique ?

Je pense que les gens sont prêts à faire des sacrifices si ces derniers servent réellement à sauver la planète. Concernant la taxe carbone, tout le monde était prêt à se serrer la ceinture à partir du moment où elle servirait entièrement et uniquement à financer la transition écologique. Mais ce n’est pas le cas !

Pensez-vous que les manifestations des gilets jaunes puissent aboutir à un changement de cap de la part d’Emmanuel Macron et une augmentation du pouvoir d’achat des plus pauvres ?  

Je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est qu’après Mai 68 et ses clashs hyper violents, l’Etat a augmenté le SMIC de 35%. C’est quand même malheureux qu’il faille en arriver là.
Nos dirigeants sont complètement à côté de la plaque. A partir du moment où on est élu aujourd’hui, on se comporte comme si on était dans une caste.
On se comporte contre le peuple. On en fait plus partie. Mais mon cul ! Tu es le représentant de ceux qui t’ont élu !

Propos recueillis par Paul Seidenbinder et Boris Boutet

Honduras : le mirage démocratique

Une nouvelle crise politique frappe le pays d’Amérique Centrale, longtemps miné par une guerre civile. Depuis l’élection présidentielle du 26 novembre, le nom du vainqueur n’a toujours pas été proclamé. Retour sur une situation politique explosive avec le chercheur Christophe Ventura.

Les Honduriens auront-ils un président pour Noël ? Rien n’est moins sûr tant la situation dans ce petit pays d’Amérique Centrale est confuse. Le 26 novembre 2017, les neuf millions d’habitants du Honduras étaient appelés aux urnes pour l’une des élections présidentielles les plus scrutées au plan international avec la présence de 16 000 observateurs, venus notamment de l’Union Européenne et de l’Organisation des États Américains (OEA). « La question qui se posait était de savoir si le Honduras pouvait organiser une élection réellement démocratique », remarque Christophe Ventura, spécialiste de l’Amérique Latine à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques et Internationales). Le scrutin s’est déroulé sans violence mais non sans fraudes.

Honduras, situé en plein cÅ“ur du continent américain. À ce jour, les deux principaux candidats revendiquent toujours la victoire de leur camp… Une catastrophe pour un pays comptant parmi les plus corrompus de la planète et qui « détient la palme mondiale du nombre de personnes tuées, devant le Salvador notamment » s’exclame le chercheur. Le Honduras compose avec le Guatemala et le Salvador le fameux « Triangle du Nord » centraméricain connu pour être la principale plaque tournante du narcotrafic du continent.

Une énième crise démocratique

Cette élection à un tour a vu s’affronter, le 26 novembre, le président sortant Juan Orlando Hernandez du Parti National (Conservateur) face à un ancien journaliste très populaire dans le pays : Salvador Nasralla. Ce dernier se présentait sous la bannière des progressistes de l’Alliance de l’opposition contre la dictature, soutenue notamment par l’ancien président déchu Manuel Zelaya. « Il faut savoir qu’Orlando Hernandez est un rejeton de l’oligarchie hondurienne, souligne Christophe Ventura. Il contrôle les principales institutions du pays comme le Tribunal Suprême Électoral (TSE) et la Cour Suprême ce qui lui a permis de se représenter ». La Constitution hondurienne interdisait pourtant à un président d’effectuer plus d’un mandat. Si l’élection a bien eu lieu le 26 novembre, il a fallu attendre plusieurs jours avant que le Tribunal Suprême Électoral se décide à annoncer les résultats signifiant que le président sortant Juan Orlando Hernandez recueillait 52 000 voix d’avance sur son principal concurrent. Des résultats immédiatement attaqués par Salvador Nasralla dénonçant une « manipulation électorale ». Nombreuses, en effet, sont les zones d’ombre planant sur ces résultats puisque « Salvador Nasralla disposait, lors du dépouillement, de 57% des bulletins. Une avance de plus de cinq points ce qui est techniquement irréversible », affirme Christophe Ventura. Or, une panne informatique et la saisie de certaines urnes non dépouillées par les militaires ont inversé le résultat quelques jours plus tard. Depuis, le pays est plongé dans une dangereuse crise démocratique.

Salvador Nasralla, principal opposant de Juan Orlando Herndez.

Le coup d’État «légal» de 2009

« Le point de départ de cette crise, c’est la destitution en 2009 de l’ancien président Manuel Zelaya (Parti Libéral-centre droit)  », explique le spécialiste du Honduras. Une destitution qui est en réalité un coup d’ État « légal ». Un véritable oxymore. « C’est l’innovation hondurienne de 2009, sourit Christophe Ventura. C’est en fait une alliance entre le TSE et le Congrès hondurien qui a ouvert la possibilité de destituer le président à la manière de « l’impeachment » américain ». Une destitution légale aux motifs extrêmement contestables. Cette révocation liée aux politiques redistributives menées par le président Manuel Zelaya heurtait les secteurs les plus conservateurs de la société hondurienne. Mais c’est surtout « la décision de Zelaya d’intégrer le Honduras au sein de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA), qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase  », reprend le chercheur de l’IRIS. Un choix qui a déplu y compris au sein de son propre parti, mais surtout aux États-Unis qui ont fortement décrié cette position. Cet avis américain pèse lourd puisque le pays a été, pendant la deuxième moitié du XXe siècle, une base arrière des États-Unis dans leur lutte contre les guérillas communistes. Le pays, jadis l’archétype de la république bananière, reçoit encore aujourd’hui d’importantes sommes d’argent de la part de l’oncle Sam.

Une démocratie malade

Si le début de cette crise démocratique date de 2009, les élections présidentielles de 2013 n’ont rien arrangé. Lors de la première élection de Juan Orlando Hernandez, les nombreux observateurs de l’OEA avaient déjà émis de sérieux doutes concernant la validité du scrutin. « Aujourd’hui néanmoins, un autre stade semble avoir été franchi, clarifie Christophe Ventura. Orlando Hernandez a été trop loin et ceux qui le soutenaient au niveau international sont en train de le lâcher, notamment les États-Unis ».

Un mouvement amplifié par la pression de l’Union Européenne et l’OEA sur Orlando Hernandez pour un recomptage des voix, voire un nouveau scrutin. Recomptage que le président sortant a fini par accepter mardi 5 décembre, qui n’a pas convaincu l’opposition. Celle-ci réclame l’annulation du scrutin. Une situation périlleuse pour le « vainqueur » de l’élection qui cherche, selon Christophe Ventura, « à négocier avec son opposant afin d’éventuellement mettre sur pied un gouvernement d’union nationale temporaire ».

En attendant, le Honduras est paralysé depuis plusieurs jours par un couvre-feu défié par des manifestations quasi-quotidiennes. On dénombre déjà 14 morts parmi les manifestants et les policiers selon un rapport d’Amnesty International. Des spectres de la guerre civile auxquelles Christophe Ventura ne croit pas, jugeant ce risque « très peu probable ».

« A Port Marianne, on a acheté de l’illusion »

Port Marianne est le quartier « à la mode » de Montpellier. Cependant derrière une façade attirante mais toujours en construction, de nombreux commerçants en dressent un portrait totalement différent. Vincent en fait partie, rencontre.

Vincent, 60 ans, est coiffeur pour hommes à Port Marianne depuis 12 ans. Ce qui en fait le plus vieux commerçant du quartier. Chemise blanche rayée et noire, jean foncé et chaussures marron. Son métier, il l’exerce depuis ses 15 ans, âge auquel il a commencé son apprentissage. Aujourd’hui il fêtera sa 45ème année dans la profession. Avant d’arriver à Port Marianne il a travaillé dans le Centre, sa région d’origine, puis dans la région lyonnaise ainsi qu’a Genève en Suisse. Il est arrivé à Montpellier il y a plus de 20 ans. Avant de monter son propre salon à Pérols, il a travaillé dans trois établissements du centre ville.

« On m’a présenté Port Marianne comme les Champs Élysées de Montpellier »

Cependant il y a 12 ans il choisit de déménager : « je voyais qu’a Pérols le chiffre d’affaires baissait beaucoup, et je me suis dit que cet endroit ne valait plus rien pour le commerce ». C’est à ce moment qu’il choisit de s’installer à Port Marianne, rue Famagouste, à deux pas de l’arrêt de Tramway du même nom que le quartier. Ce changement il l’explique par « le ouï-dire. Tout le monde disait il y a 12 ans que Port Marianne serait le futur de Montpellier. La pub de Georges Frêche présentait ce quartier comme les nouveaux Champs Elysées de Montpellier. Tout le monde en disait beaucoup de bien. Ce quartier avait une image de luxe ».

« Un quartier complètement bidon »

Or aujourd’hui, ce choix ne parait pas si judicieux. Cette image du quartier de Port Marianne est pour lui : « complètement erronée. Ce quartier est complètement bidon. Il ne vaut rien pour le commerce. A Pérols ça fonctionnait beaucoup mieux qu’ici ». Il pointe de nombreux dysfonctionnements. Notamment le manque de places de parking. Et le zèle de la police municipale : « quand les clients viennent, ils tournent pendant 30 minutes pour trouver une place. Quand ils repartent, ils ont souvent pris un PV. Si la seconde fois c’est pareil, la troisième ils ne reviennent pas ». Outre ces problèmes, le manque de vie du quartier l’impressionne : « c’est un quartier qui n’est pas vivant. Il n’est passé que trois piétons en 2h. Alors qu’à l’origine on m’avait dit que ce serait fabuleux, qu’avec la fac à côté il y aurait du monde. J’avais fait un bilan prévisionnel. Je pensait coiffer huit étudiants par jour alors qu’aujourd’hui j’en coiffe huit par mois. Aujourd’hui 80% de ma clientèle sont des clients que j’avais à Pérols et à la Grande Motte. Seuls 20% habitent Port Marianne ». Sur les 10000 nouveaux habitants arrivés depuis douze ans, il répond : « Moi je n’ ai eu que dix clients de plus à peine. Les restaurateurs font le même constat, ils ont peu de gens du quartier ». Il trouve aussi très étonnant le manque de diversité des commerces. Et estime très dommageable pour l’activité du quartier qu’il n’y ait que « des banques, des restaurants et des agents immobiliers ».

Une situation qui ne s’améliore pas

« Il y a de plus en plus d’habitants et le quartier est presque plus mort qu’avant ». S’il admet que la crise est certainement passée par là, il trouve ce constat « paradoxal ». Et pas isolé à son salon. Membre de l’association des commerçants de Port Marianne, il estime que 80% de ceux qui la composent font le même constat. Mais aucun d’entre eux ne tient à l’ébruiter. « On se dit que plus on va l’ébruiter, moins on aura de chances de vendre nos commerces, ou alors moins cher ». Propriétaire de ses murs, il ne se trouve pas tout à fait malheureux à côté de ceux qui sont locataires, « parce qu’ici, les loyers sont fous ». Ils rendent difficile la réalisation de bénéfices. Dans ce contexte, le grand turnover l’a amené à voir « des commerces changer sept ou huit fois en 12 ans. Les commerces ne tiennent pas plus de trois ou quatre ans ». Si lui tient, il le doit pour beaucoup à sa femme, qui a un « bon salaire ». Sans elle, il admet qu’il aurait « déjà fermé le salon, parce que certains mois, je ne me fais même pas 500€ de salaire. Alors que j’ai encore deux ans de crédit ».

« La priorité c’est de construire des parkings »

Avec son association de commerçants, ils essaient de faire pression sur la ville. Mais défaitiste, il balance : « ils n’en ont rien à foutre de nous ». Le sentiment d’abandon est assez fort. Durant la période de Noël, il s’est étonné qu’il n’y ait « aucune guirlande » dans sa rue, alors que son « lotissement de Lattes était tout illuminé ». Autre exemple concernant les Parkings. Alors que la place à la journée coûte 1,60 € à un riverain, les commerçants doivent payer 13 €. Et quand ils demandent l’application du tarif riverain pour les commerçants, la mairie répond « allez vous garer à Odysseum ». La priorité pour lui, c’est de construire des parkings. Il concède que cela « coûte cher ». Cependant, il estime que la proximité d’un parking gratuit à côté de son salon augmenterait son chiffre d’affaires de « 20 à 30% ».

Aujourd’hui, Vincent est désabusé et se sent trompé : « quand on a acheté ici, on pensait qu’il y aurait un port qui ramènerait du monde. Depuis, ce projet est tombé à l’eau. On a acheté de l’illusion. Ici il y a trois canards qui se battent en duel dans le bassin, les gens ne viennent pas pour trois canards ». Mais à deux-trois ans de la retraite, avec le soutien de sa femme, il préfère continuer pour atteindre ses annuités légales. Si la vie est plus difficile depuis 12 ans, Vincent garde le sens de l’humour : « A l’époque je partais en vacance aux Bahamas, maintenant que je suis à Port Marianne, j’ai du mal à partir à Palavas ».

A la Paillade le bureau de poste reste dans le noir

Deux à trois fois par jour depuis trois semaines, le système met à chaque fois une demi-heure pour se remettre en route. Les employés de la poste de la Paillade vivent avec un « gros souci technique », des pannes générales d’électricité . Plus rien ne marche, et les électriciens ne savent pas comment résoudre le problème. Le disque dur d’un ordinateur a fini par griller. Des fuites d’eau déjà existantes se sont aggravées pendant l’épisode cévenol de cet automne. Un agent précise que « la direction est au courant.» Tous les matins, les employés doivent enclencher eux-mêmes le levier du disjoncteur. Les conditions de travail sont très difficiles pour les agents, qui essayent tant bien que mal d’assurer leur « mission de service public ».

Les désagréments pour les usagers sont nombreux, puisque ni les guichets ni les automates (intérieurs comme extérieurs) ne fonctionnent pendant les coupures de courant. Les conseillers financiers reçoivent leurs clients dans la pénombre. D’après un membre du syndicat Sud, « comme le bureau n’est pas très rentable il y a du laisser-aller, mais ce sera réparé avant les fêtes car il y a du chiffre qui arrive. » Il ajoute que « si c’était arrivé à Rondelet ou à la Com’, la direction aurait réagi tout de suite. » Il est en effet surprenant de voir un bureau de poste « dans le top cinq de Montpellier en termes de trafic » livré à lui-même face à un dysfonctionnement de cette ampleur.

« Tous les bâtiments de la Poste sont vétustes à l’arrière. »


Le problème est plus structurel que ce que l’on pourrait croire. « Tous les bâtiments de la Poste sont vétustes à l’arrière. » Depuis trois ans, « il n’y a plus d’entretien ». L’humidité attaque les faux-plafonds qui s’effritent au-dessus des personnels au travail. Certains bureaux n’ont même pas de salle de repos. Le contraste entre la façade et le reste des bâtiments est saisissant. La partie publique de la plupart des établissements a été modernisée dans le but de mettre en valeur les divers produits que la Poste s’est mise à vendre. Autrement dit, la direction nationale a considérablement investi dans le visuel marketing. Mais l’ « arrière-boutique » a été complètement délaissée, obligeant les employés à travailler dans des salles décrépites.

De plus, la qualité de service se détériore. Après la victoire des grévistes à l’été 2010 pour maintenir les horaires d’ouvertures qui conviennent à un bureau fréquenté, la direction emploie une technique particulière pour payer moins de salaires. «A la Paillade, un seul guichet est ouvert dans le but de rallonger l’attente des usagers. Ainsi, le trafic finit par baisser et c’est le prétexte parfait pour licencier.» A cela s’ajoute la multiplication des automates, afin de remplacer au maximum le capital humain. Encore faut-il qu’il y ait de l’électricité.

Précarité : Une diversité associative en péril

Déjà confrontées à l’absence de moyens et au sous-équipement, les associations Montpelliéraines chargées de venir en aide aux sans-abri craignent dorénavant de voir leur nombre diminuer sous la contrainte.

« Issue », « Gestare », « Cada », « Regain », « Halde Solidarité », « Avitarelle »… A Montpellier, une vingtaine d’associations gèrent l’accueil, l’hébergement et l’accompagnement des personnes en situation de précarité. Chacune est porteuse d’une philosophie, d’une orientation et de projets différents. Toutes se complètent et confrontent leurs actions. Pourtant, malgré son importance, cette pluralité est aujourd’hui menacée par la situation économique et les restrictions budgétaires.

« La crise a le mérite de faire marcher notre ingéniosité. Face à la morosité ambiante, Mathieu Chibaudel, coordinateur au sein de l’association GESTARE (Gestion Animation Recherche) préfère voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide. On fait au mieux avec ce que l’on a. On essaie d’être dans une politique de rationalité des coûts et de trouver des filons. On a de gros partenariats avec la banque alimentaire mais aussi avec la ville ce qui nous permet de profiter de certains équipements sportifs. Le point positif, c’est que la situation économique compliquée amène les associations à la mutualisation et au développement de nouveaux projets. »

Des associations contraintes de se regrouper ?

En 2009, le collectif « La Boussole », réunissant sept associations[[Les associations concernées étaient « Issue », « Gestare », « Cada », « Regain », « Halde Solidarité », « Avitarelle » et « AERS »]], a été créé pour faciliter la réalisation de projets dans le domaine du sport, du loisir et de la culture. Cette rencontre a, entre autre, aboutit à la constitution d’une équipe de football. Par la suite, elle a donné la possibilité à deux montpelliérains de participer à la coupe du monde des sans-abri à Paris l’été dernier. Une franche réussite venue, qui plus est, de l’initiative des salariés et non des institutions.

A moyen terme, cette dynamique pourrait néanmoins s’inverser. « Derrière cette belle idée de mutualisation on sent se profiler celle du groupement contraint, craint Christian Lepers, directeur de l’organisation GESTARE. Dans le contexte actuel, l’Etat cherche à dégraisser. Il y a aujourd’hui moins de moyens pour contrôler les associations. Par conséquent, des structures pourraient subir un rassemblement imposé, pour limiter le nombre d’interlocuteurs.»

Préserver une pluralité des regards

S’il pourrait paraître avantageux du point de vue des finances publiques, ce système de concentration le serait beaucoup moins au niveau humain. « Ce qu’il faut comprendre c’est qu’il n’y a pas qu’une seule bonne formule en matière de prise en charge des sans domiciles fixes. Une association n’a pas plus raison qu’une autre, ajoute C. Lepers. L’enjeu est donc, de préserver une diversité de structures d’hébergements pour élargir le champ des possibilités. Il faut qu’on puisse à la fois, s’appuyer sur les expériences des uns et des autres, et orienter les résidents en fonction de leur situation. Il ne faut pas qu’il y ait un parcours obligatoire. »

Absence de solutions au sortir des centres d’hébergements pour les personnes les plus en difficulté, manque de place dans les logements sociaux et les maisons-relais, carences au niveau des équipements… Aujourd’hui les dispositifs de prise en charge des sans-abri à Montpellier sont insuffisants. Un peu moins de 400 places en CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale) sont disponibles dans la ville Héraultaise contre environ 1000 à Nancy ou à Rennes par exemple. Autant dire qu’une réduction du nombre d’associations ne contribuera pas à arranger la situation.

Du « cash » ou le business de l’achat – revente

En cette période de crise, les Français ont rivalisé d’idées pour faire des cadeaux de Noël à petits prix. Si à la première impression les ventes de présents d’occasion explosent, à Montpellier, les magasins de « cash » sont plus réservés. Rencontre avec l’univers de l’achat-revente.

Au 25 Avenue Clemenceau à Montpellier, l’ambiance est sombre. Le magasin Cash Express au logo orange, incarné par le symbole de l’euro (€) propose une devanture assez discrète. Un tour d’horizon s’impose pour comprendre l’univers de l’occasion mais surtout le business de l’achat – revente. Ici, on vend de tout. Enfin presque. Les produits consacrés aux loisirs et à la culture sont prédominants dans les rayons. On remarque notamment que les étals de DVD et autres jeux vidéo tirent leur épingle du jeu. L’électroménager n’est cependant pas en reste. Dans l’échoppe, peu de monde. On regarde, on farfouille, on étudie l’objet intéressant sous toutes ses coutures. Un air de brocante en mieux, la négociation en moins et la garantie en plus. L’essentiel de la marchandise proposée est de l’occasion.

Le principe est simple : Cash Express rachète aux particuliers leurs denrées puis les revend. L’achalandage est épuré. Pas de fioritures, parfois un peu de désordre. Alignées en rang d’oignons, les cafetières et grille-pains défraîchis tentent tant bien que mal d’attirer l’œil du client. «Ce qui fonctionne, ce sont les produits les plus récents» admet Jean-Luc, le vendeur. A l’évocation de l’impact de la crise sur les ventes durant les fêtes, Jean-Luc répond tambour battant : « Je sais ce que vous allez me dire. Ça fait douze ans que je fais ce métier, on entend beaucoup de chose dans les médias. Mais pour moi, la crise n’a rien changé. Nous sommes dans une progression normale ». Pourtant, le mois de décembre, il l’attendait particulièrement « parce que c’est quand même le plus gros mois de l’année ». En ce qui concerne la fréquentation de sa boutique pendant les fêtes, « elle est constante ». Il explique alors « que les gens n’achètent pas plus pour Noël et ne revendent pas non plus ».

Contrairement à l’idée reçue, l’occasion serait-elle un mauvais filon pour la hotte du Père Noël ? « Sauf pour les jeux vidéo et les consoles ». D’ailleurs, lorsqu’un client l’interpelle pour savoir où se trouvent les manettes de Xbox, il répond allègrement que « cette année, elles sont parties très vite ». Sans oublier la petite touche commerciale « mais repassez, il y a souvent de nouveaux arrivages ! ». Les conséquences de la crise, « elles ne l’atteignent pas». Mais il ne manque pas de souligner une évolution, « c’est le positionnement de la grande distribution sur la marché de l’occasion ». Et l’achat – revente sur Internet ? « Ce ne sont pas les mêmes personnes qui utilisent ce service en ligne que nos clients. Ici, on assure un service de qualité avec une garantie ».

« Les gens vendent avant les fêtes pour se faire une trésorerie »

Chez Planet-Cash, à Saint-Jean-de-Védas même discours. La crise n’a pas eu beaucoup d’incidence. L’atout de l’enseigne, c’est son site Internet. « Nous sommes sur les deux terrains, ça nous évite de trop ressentir la concurrence du web » révèle le vendeur. Pourtant, un nouveau phénomène a été remarqué dans ce magasin : «Décembre est un bon mois en général, mais cette année, les gens sont venus vendre plus de produits avant les fêtes pour se faire une trésorerie». La crise y est pour le coup sans doute pour quelque chose.