La rue continue à se mobiliser dans Montpellier

Face à l’inflexibilité du gouvernement, les manifestants ont continué à scander leurs revendications contre la loi sur les retraites, ce mardi 19 octobre dans les rues de Montpellier malgré cette sixième semaine de mouvement.

A l’approche du vote de la loi sur les retraites par le Sénat prévu avant la fin de la semaine, de la réunion intersyndicale de jeudi et du début des vacances scolaires, les opposants au projet de loi ont battu le pavé tout l’après midi sous un soleil radieux. Devant cette solidarité de façade, les syndicats n’ont pas exprimé un essoufflement, mais des doutes quant à la durée possible du mouvement.

Des syndicats déterminés, d’autres incertains

Nicolas Sarkozy a répété le soir même que « le gouvernement ne cédera pas face à la rue» devant les caméras présentes lors de son déplacement à Deauville. Il est clair que la stratégie gouvernementale est d’attendre les vacances scolaires afin que le mouvement s’essouffle. Mais c’est sans compter sur la détermination des syndicats tels que la CGT, notamment un de ses adhérents, Paul, rappelle que si « les routiers s’y mettent, cela peut encore se durcir ». Cependant, pour lui l’avenir du mouvement est incertain. Dans une autre mesure, le responsable départemental de la CFDT, Jacques Hartiers, a prôné « une ouverture des négociations pour qu’on puisse mettre en place une vraie réforme sur les retraites. » Enfin pour Patrick qui est représentant du Syndicat National de l’environnement, « le mouvement ne va pas s’essouffler, tout le monde n’est pas au rythme des vacances scolaires ». Les points de vue sont différents mais ils expriment dans l’ensemble, une détermination dans la volonté de continuer le mouvement. A noter quand même, que la Confédération Générale des Cadres (CGC) , qui est un syndicat réformiste exprime des doutes sur une efficacité réelle à prolonger les manifestations.

A côté de cette diversité dans les positions syndicales qui pourraient déséquilibrer le rapport de force entre les acteurs sociaux et les membres du gouvernement, les lycéens montpelliérains ont une nouvelle fois exprimé leurs revendications avec détermination. Les étudiants, de leur côté étaient peu présents. Cependant, l’université Paul Valéry a décidé sa fermeture administrative jusqu’à lundi. Suite aux nombreuses surprises survenues lors de ces dernières semaines de mouvement tel que la mobilisation des lycéens, rien n’est encore gagné pour le gouvernement si d’autres forces de contestations prennent le relai dans les réflexions et actions contre ce projet de loi qui fait tant polémique.

Montpellier : blocus des lycées, poubelles retirées

Depuis 6 jours, les lycéens barrent l’entrée des établissements pour protester contre la réforme des retraites. Aujourd’hui, suite à des interventions de la police, Mermoz et Clémenceau ont ouvert à nouveau.

Ce matin, par un froid glacial, les lycéens de Joffre maintiennent toujours leur barrage du haut de leurs poubelles. En place depuis jeudi 14 octobre, son fonctionnement est simple, en accord avec le proviseur : seuls les élèves de prépa et les collégiens peuvent pénétrer dans l’établissement. Malgré cette organisation, la police a, ce matin, tenté d’intervenir. « Quand on est arrivé à 6h30, toutes les poubelles qui nous servaient à bloquer l’entrée avaient été déplacées », raconte Anaïs, 17 ans, élève en terminale. Elle et quelques uns de ses camarades sont postés devant l’entrée du collège alors que le reste se trouve devant les portes du lycée. Ils sont accompagnés par le chef d’établissement du collège, François Chamorin qui explique qu’il est « là pour rassurer les parents et veiller à ce que tout se déroule sans incident. »
Côté prof, les réactions sont diverses. Certains soutiennent le mouvement et comptent participer à la manifestation de cette après-midi alors que d’autres viennent chercher les lycéens sur le parvis du collège pour les ramener en cours.

Des blocages en péril

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Mais les lycéens ont d’autres problèmes à gérer. « Vendredi, les casseurs ont fait le tour des lycées, se souvient Ornella, 16 ans. On pensait les arrêter mais ils sont arrivés vite donc on est parti en courant. Nous sommes revenus pour éteindre les feux de poubelles avec nos bouteilles d’eau. »
Certains d’entre eux ont leur propre interprétation du retrait des poubelles. Selon Damien, 17 ans, « sans les poubelles, le mouvement est affaibli. Parce qu’on a beau faire une chaîne humaine, quand la manif va commencer, on va tous partir là-bas, et plus personne ne sera sur place pour bloquer. »
Pendant qu’ils font le récit de leur mouvement, ils reçoivent par texto des nouvelles de leurs camarades des autres lycées. Mermoz et Clémenceau sont tombés, les blocus sont menacés.

La jeunesse sort de sa retraite médiatique

En ce début d’automne, c’est la rentrée pour les aspirants journalistes d’Hautcourant. La promotion 2010/2011 a pris depuis le début de la semaine les rênes du site. Une entrée en matière marquée par l’actualité brulante de la réforme des retraites. En effet, sans parler de jour noir, la manifestation du 12 octobre a démontré une mobilisation importante dans le département. Les compteurs de manifestants se sont emballés pour les syndicats, beaucoup moins dans les rangs de la police.
Dans ce contexte, différents aspects de la mobilisation furent abordés dans nos colonnes, du mouvement général jusqu’à la minorité syndicale, peu visible mais ancrée, représentée par la confédération nationale du travail (CNT). Des sujets éclipsés récemment par l’évolution de la mobilisation vers les lycéens, déjà parties-prenantes le 12 octobre – comme nous le confiait Antoine Stab et Hugo Jolion dans nos pages politiques1. Leurs actions se sont multipliées jeudi 14 et vendredi 15. Sur ces deux jours, une partie importante des établissements montpelliérains a connu des perturbations, entre manifestations spontanées, blocage du tram et parfois affrontements – comme à Nîmes. Leur présence dans l’actualité locale et nationale n’a fait que s’accroitre. A l’inverse, les étudiants montpelliérains se sont montrés plutôt discrets, ce qui leur a valu ce jeudi les railleries de Direct Montpellier. Une absence relative mais peut être pas définitive, le passé ayant parfois montré la montée lente et progressive des mouvements étudiants.

Mais l’actualité ne saurait être que politique, nos équipes seront mobilisées ce week-end pour couvrir les différents événements sportifs. La Heineken Cup avec plusieurs clubs français engagés, la ligue 1 et le match entre le MHSC et Sochaux, le football local et enfin le marathon de Montpellier qui se déroule dimanche.

Un maître mot cette année pour la nouvelle rédaction d’Haucourant, être présente sur tous les terrains et continuer un travail entrepris il y a plusieurs années: rester au cœur de l’information d’aujourd’hui pour devenir les journalistes de demain.

La rue ne prend pas sa retraite

Trottinettes, vélos, rollers, poussettes, caddies, talons aiguilles… Hier après-midi, tous les moyens étaient bons pour battre le pavé. Les manifestants se sont donné rendez-vous à 15h et ont défilé de la place de l’Europe au Corum, pour protester contre la réforme des retraites.

Deux Jean-Claude ont partagé leur avis sur la question. Le premier, retraité de la fonction publique, se sent solidaire « car les retraites ont diminué en quinze ans. On est vieux et tous dans la même galère ». Quant au second, réalisateur indépendant, il en a « marre de cet Etat bling-bling ! On tire toujours sur le lampiste et on ne prend pas l’argent où il est ».

Et même si le Sénat a adopté, ce lundi, l’article concernant le report à 67 ans de l’âge de départ à la retraite sans décote, la mobilisation n’a pas faibli. Bien au contraire. La jeunesse a rejoint ses aînés pour gonfler les rangs du cortège. «Avec les jeunes, on est plus nombreux, estime Mario Feral, coresponsable de la CGT Construction. Ça les concerne et si eux ne manifestent pas, c’est la fin du monde ». Faustine, élève du lycée Clémenceau, est descendue dans la rue pour la première fois depuis le début du conflit. « Je me sens concernée par la réforme des retraites car c’est maintenant que notre avenir se joue ». La présence des lycéens et étudiants héraultais n’a pas été la seule à être remarquée. Les salariés du public mais aussi du privé ont répondu à l’appel des principaux syndicats. Radio France, la TAM, le corps enseignant, les cheminots, ou encore Peugeot, le Crédit Agricole, IKEA et la Fnac brandissaient leur banderole en signe de mécontentement.

IMG_3635.jpgUn mécontentement qui dépasse les frontières montpelliéraines. Certains sont, par exemple, venus de Bédarieux (« non pas avec un, ni deux,… mais cinq bus ! »), de Pézenas, Sète et Lunel. A 17h30, la CGT annonçait pas moins de 70 000 participants tandis que la police n’en dénombrait que 12 000. La guerre des chiffres fait rage… mais n’a en aucun cas altéré l’ambiance festive du défilé. Pas question de laisser les enfants et les chiens à la maison. Chacun portait une pancarte qui amusait les badauds : « Je veux profiter de mes grands-parents » pour les uns, et « de la retraite de mes maîtres » pour les autres. Côté insolite, les syndicalistes n’étaient pas en reste. La CFTC avait ramené son super-héros, tout de bleu vêtu, afin d’amuser la galerie. Mais il a dû partager la vedette avec les pirates du NPA qui, face au sérieux du PS et du Front de Gauche, prêtait à sourire. En matière de musique, les animateurs ont décidé de mêler tradition et modernité. Renaud, Cali, Mickey 3D et « L’Internationale », entre autres, ont accompagné une marche d’environ deux heures.

Et si les manifestants se sont quittés vers 17h30 sur l’esplanade Charles-de-Gaulle, ce n’est que pour mieux se retrouver samedi 16 octobre, date de la prochaine journée de mobilisation. L’exécutif ne comptant pas céder à la pression de la rue, ce ne sera sans doute pas la dernière.

« Sarkozy t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ! »

Mardi 12 octobre, la jeunesse a répondu massivement présent à l’appel lancé par les syndicats contre le projet de réforme des retraites.

Aux côtés de l’UNEF, de SUD étudiant et lycéen et de l’UNL, les lycéens de la ville et du département (Lunel, Clermont l’Héraut et Béziers…) ont défilé dans les rues ensoleillées montpelliéraines.

Entre 12 000 (selon la préfecture) et 70 000 (selon les syndicats) personnes, la mobilisation a pris de l’ampleur depuis la journée d’action du 2 octobre dernier. Une fois la rentrée passée et les démarches administratives réglées, les étudiants peuvent désormais s’impliquer davantage dans la contestation. « Notre mouvement s’intensifie. Il y a de plus en plus de monde aux AG et dans les manifs » assure Gabriel Holard, président de l’UNEF Montpellier. De même, Anne Pernet, secrétaire générale national de l’UNL se dit satisfaite de la montée en puissance des jeunes : « c’est un élément décisif pour faire reculer le gouvernement ». L’opposition contre le CPE au printemps 2006 est ainsi encore bien présente dans tous les esprits.

Face à l’augmentation du nombre de manifestants, le gouvernement, par l’intermédiaire d’Éric Woerth, tente d’affaiblir le mouvement : « Ceux qui appellent à la mobilisation des jeunes sont totalement irresponsables ». Une phrase qui fait bondir autant les étudiants, les profs qui les soutiennent que les syndicats.
« ça me fait rire. On prend les jeunes pour des moutons alors qu’ils sont tout à fait capables de se décider seul » réplique Cyril, professeur syndiqué à la FSU (Fédération Syndicale Unitaire). « Le Ministre devrait prendre la sienne de responsabilité en nous écoutant » assène Mejdouline, 17 ans, à la tête du mouvement de blocage du lycée Jean Moulin à Béziers. Cette lycéenne se défend toutefois de toute récupération politique et syndicale : « on n’empêche pas les lycéens de rentrer, on veut juste leur faire prendre conscience des enjeux de la réforme. On les laisse se faire leurs propres opinions, tout comme les profs qui ne sont pas si influents que cela ».

Même si certains manifestants s’interrogent sur l’efficacité d’une telle mobilisation,
les syndicats étudiants et lycéens appellent à une nouvelle journée d’action, le samedi 16 octobre prochain. « Il faut renforcer plus fortement encore notre mouvement, souhaite Lucas Djelloul, lycéen et représentant au Conseil de la Vie Lycéenne (CVL), c’est à la jeunesse de se prendre en main ! ».