«  L’année pourrie  » du disque cherche un coupable

mardi 29/01/2008 - mis à jour le 01/02/2008 à 00h45

Les ventes de disques ont continué de chuter en 2007. 17% de moins que l’année précédente, une baisse suffisante pour que le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP) qualifie cette année de «  pourrie  ».

Les ventes de musique en ligne augmentent, de même que la fréquentation des salles de concert. Pourtant, le rapport rendu par l’IFPI [1], à l’occasion du Midem [2] à Cannes ce lundi 28 janvier 2008 insiste lourdement sur le piratage.

Malgré les procès, les lois de plus en plus contraignantes, et les nouvelles technologies mises au point pour enrayer le phénomène, le téléchargement illégal de musique sur Internet, s’il diminue, continue d’être une réalité.

Le rapport Olivennes, commandé par le gouvernement et rendu en novembre 2007, proposait des moyens visant à compliquer le pillage, une manière de l’endiguer plus rapidement. Ce rapport, qui faisait suite à l’ouvrage du dirigeant de la Fnac, Denis Olivennes et dont il reprenait en substance la thèse, évoquait néanmoins le problème que posent les DRM [3] aux utilisateurs. L’IFPI botte en touche, arguant que ce faux problème est lié « au déploiement de systèmes de DRM propriétaires non compatibles par certaines entreprises de technologie ». Un moyen efficace d’oublier les soucis rencontrés par celui qui a téléchargé légalement son morceau, en le payant.

Les FAI coupables, la qualité n’est pas remise en cause

GIFLe rapport de l’IFPI pointe du doigt les fournisseurs d’accès à Internet, qui détiendraient « la clé pour réduire significativement le piratage ». Il leur suffirait en effet d’interdire l’accès des internautes aux sites de téléchargement [4].

Cette proposition, qui contrevient aux politiques nationales lancées en faveur des technologies haut débit, confirme l’état d’esprit général des industries du disque.

Les téléchargements illégaux restent perçus comme autant de chiffre d’affaire perdu, sans tenir compte du fait évident que tous les morceaux téléchargés n’auraient pas nécessairement été achetés. Le prix d’un album à sa sortie, souvent jugé excessif, semble normal, de même que la qualité des étals présentés depuis quelques années. Enfin, le support virtuel ne possède pas le cachet du disque acheté. Cela justifie les faibles augmentations des ventes en ligne.

En attendant, les véritables questions, notamment celles qui permettraient d’établir le nombre de jeunes artistes produits chaque année en dehors des circuits de télé réalité, ne sont pas soulevées. Et de fait, elles ne font pas débat.

Notes

[1International Federation of Phonographic Industry

[2Le Midem est le Marché international du disque et de l’édition musicale. Il a lieu cette année du 27 au 31 janvier

[3Digital Right Management. Il s’agit de protection contre la copie appliquée aux chansons téléchargées à partir de serveurs payants. Le problème provient du fait que ces DRM empêchent certains lecteurs de lire les fichiers

[4le FAI Free a mis un pied à l’étriller en fermant certains de ses newsgroups, groupes de partages où s’échangeaient illégalement films et musiques

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    Quelque chose me chagrine dans cet article, c’est le terme illégal, dont l’utilisation ressemble plus à un plan marketing de communication des Majors qu’à une réalité visible des internautes.

    Il ne correspond pas à ce qui est désigné et permet de poser un flou artistique sur tout les échanges "électroniques" de musiques/films, que ces échanges soient autorisés par les ayants-droits, ou non.

    Je tiens à rappeler en vrac que :
    - le peer-to-peer n’est pas interdit car il s’agit d’une technique/un ensemble de technologies permettant le transfert de données
    - des licences du type CC (Creative Commons) définissent des contextes qui autorisent la libre possession et la libre reproduction des oeuvres
    - la SACEM n’a pas le monopole des droits des artistes et juste pour cette raison n’a pas à se poser comme l’interlocuteur unique pour "défendre" leurs intérêts
    - les maisons de disques s’occupent initialement des la production de "disques" et qu’au travers leurs contrats types ils ont d’abord bafoués les droits des auteurs lorqu’elles vendaient des titres sur Internet (ce n’est a priori plus le cas maintenant)
    - la pression du lobby "Musique et droit d’auteur" provoque une remise en cause profonde de la libre distribution des informations sur l’internet par la création de contraintes improbables et impossibles à mettre en oeuvre : cela sonnera l’avènement de la sanction arbitraire et la mise en exergue de l’exemple, car poursuivre tout-un-chacun n’a bien sûr aucun sens !

    Un parallèle avec les périodes les plus sombres de l’histoire, avant que l’imprimerie permette de distribuer massivement la connaissance au travers du livre imprimé, est bien entendu évident !

  • «  L’année pourrie  » du disque cherche un coupable

    29 janvier 2008 20:19, par Philippe Seguin

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    Inquiètant tout de même ce procédé qui consiste à confier la direction d’un rapport sur la situation du disque au patron de l’enseigne la plus puissante du secteur sur le marché hexagonal... On ne s’étonne plus de grand chose, mais à quand un rapport sur la vente des gratuits confiée à Arnaud Lagardère ? où sur l’utilisation de biocarburants à Christophe de Margerie ? Curieux style de gouvernance où l’on peut se retrouver juge et partie sur le dos du cit... euh pardon consommateur.

    Pour le reste, ce rapport il continue dans la grande tradition autiste de la culpabilisation de l’internaute (qui a sa part de responsabilité), avec la petite touche personnelle en direction des FAI. Pour la critique de la politique des prix ou des marges (c’est au choix) scandaleuses faites par les grandes enseignes, de la politique culturelle uniforme et désastreuse des grandes majors, on repassera. Mais qui a écrit le rapport déjà ?

    • «  L’année pourrie  » du disque cherche un coupable 29 janvier 2008 21:58, par Cyril Berneau

      repondre message

      Le rapport a été rendu par l’IFPI, un organisme représentant l’industrie du disque à travers le monde.

      Son patron, John Kennedy (biographie en lien, et en anglais), a longtemps été juriste auprès de cette même industrie et il a dirigé la branche britannique de Polygram de 1996 à 1998. Après le rachat par Universal, il a continué sa mission jusqu’en 2001, date à laquelle il a pris la tête de Universal Music International.

      Il est présent au conseil d’administration de l’IFPI depuis 2002, et dirige l’institut depuis 2005.

      Voir en ligne : Biographie de John Kennedy

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