Ligue des Champions

Lyon et les matchs couperets

dimanche 08/11/2009 - mis à jour le 08/11/2009 à 19h35

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En décrochant le 4 novembre dernier contre Liverpool son billet pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions, l’Olympique Lyonnais a déjà fait aussi bien que les trois précédentes années. Reste à voir si le club de l’homme d’affaires Jean-Michel Aulas pourra cette fois faire mieux, lui qui n’a connu à ce niveau de compétition que des désillusions par le passé. La petite histoire doit servir de leçon aux clubs français.

Une seule équipe avait jusqu’ici réussi à atteindre sept fois d’affilée le carré des 16 meilleures équipes européennes de l’année : Chelsea. Depuis le 4 novembre 2009, il faut désormais dire qu’il y en a deux : Chelsea… et Lyon. Le club de la capitale des Gaules s’est qualifié pour la suite de la Ligue des Champions. C’est la huitième fois de son histoire, sur dix participations au total en autant d’années. L’exploit n’est pas mince : dans leurs groupes successifs, les Gones ont relégué tour à tour le Bayern de Munich, Manchester United et le Real de Madrid a la seconde place. Et cette année, leurs chances sont grandes de finir encore une fois premiers du groupe E. Cette longévité exceptionnelle, malgré les départs de joueurs, est un modèle de gestion que toute l’Europe peut regarder avec curiosité.

Mais il ne faut pas oublier que l’OL est désormais au pied d’un mur. Depuis la saison 2005-2006 et la double-confrontation contre le PSV Eindhoven, Lyon n’a plus franchi les huitièmes de finale. Pis encore : si Chelsea n’a jamais pu obtenir le Graal suprême, Lyon n’a même pas passé les quarts. Jamais malgré trois tentatives. L’histoire continentale du club rhodanien est jonchée de frustrations accumulées lors de cruels matchs couperets, qui doivent servir d’avertissement cette année à Bordeaux, et pourquoi pas aussi Marseille.

Erreur de jeunesse

Des « leçons » en match à élimination directe, l’OL en a pris au moins trois dans son histoire, sans compter Barcelone l’an passé, et Manchester l’année d’avant. Sa première baffe, l’OL la doit en fait à Porto, en quart de finale 2004. A l’époque, Lyon vient tout juste de battre la Real Sociedad en huitième. C’est un groupe de joueurs très prometteurs mais peu connus en Europe : Abidal, Malouda, Diarra, Juninho, Essien, Cris. Une équipe solide et en progression, un peu comme Porto.

Porto au sommet {JPEG}Dans le club portugais aussi, les joueurs sont méconnus mais redoutables. Très redoutables. L’un d’eux en particulier va vite grimper : Deco. Contre Porto, le pêché de l’OL sera sa méconnaissance du haut niveau. Après avoir perdu 2-0 au Portugal, les Lyonnais pensent quand même être capables de combler l’écart au match retour à Gerland, le 7 avril 2004. Ils se lancent dans la bataille dès le premier coup de sifflet, comme des morts de faim. Grave erreur. Ils se font cueillir à la 6è minute seulement, sur un but de Maniche. Le match débute à peine que la tache est déjà impossible. Malgré le retour au score à la 14è minute par Luyindula, l’OL sera éliminé (2-0 ; 2-2). Fougueux, le club rhodanien a commis une erreur de jeunesse.

Après s’être joués de l’OL, Deco et ses co-équipiers vont jusqu’en finale, battent un Monaco à bout de souffle par 3 buts à 0, et sont sacrés champions d’Europe. En 2004, Mourinho et Porto rejoignent la légende. Deco part pour le FC Barcelone. Et Lyon reste hors cadre.

Excès de gourmandise

Deuxième leçon, toujours en quart de finale, deux ans plus tard. Cette fois le bourreau est milanais. 2006, c’est pourtant la grande année où tout semble permis pour le quadruple champion de France. L’année de la coupe du monde qui plus est. Depuis août, les cadres le sentent et le disent du bout des lèvres : « cet OL-là » est capable de prétendre au titre de champion d’Europe. En huitième, il élimine d’ailleurs très largement son bourreau de l’année précédente, le PSV. Place maintenant au Milan AC, avec l’envie de faire un gros coup.

Le match aller débouche sur un nul à Gerland (0-0). Avant leur déplacement à Milan, Gérard Houllier et les siens pensent avoir préservé l’essentiel : le score est vierge, tout reste jouable. Le 4 avril à San Siro, Grégory Coupet est dans les cages, au sommet à cette période. Comme Cris à l’arrière, à côté de Claudio Caçapa, le capitaine. A leur gauche, l’indiscutable Éric Abidal qui deviendra quelques mois plus tard titulaire en équipe de France pour le Mondial. A droite, le jeune François Clerc qui vient de faire ses débuts chez les Bleus un mois plus tôt. Devant eux sur le terrain, Mahamadou Diarra et Juninho. Occasionnellement, Florent Malouda s’est positionné avec eux au milieu pour palier à l’absence de Tiago. Tandis que sur les ailes, Sylvain Wiltord et Sydney Govou tournent et se relaient pour soutenir en attaque le grand espoir brésilien de l’époque : Fred. Un 4-5-1 - 4-4-3, qui peut aussi vite devenir selon les phases de jeu un 4-4-2 avec Wiltord devant et Malouda à gauche. Sur la touche, John Carew attend de rentrer pour peser physiquement en attaque. L’OL est prêt pour l’exploit.

Tout de suite dans le match, les Lyonnais se montrent joueurs et capables. A 1-1 dès la première mi-temps, ils ont déjà fait le plus dur : marquer un but. Ils sont donc virtuellement qualifiés pour les demis. D’autant qu’en deuxième mi-temps, Milan panique. Rien de ce que les co-équipiers de Clarence Seedorf essaient ne passe, et Fred a même plusieurs fois l’occasion de tuer le match. A quelques minutes de la fin, les Lyonnais sont sur un nuage...

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Diarra est à genou

Jusqu’à cette balle dans la surface pour Andreï Chevtchenko, le Ballon d’Or France Football 2004. Après un bon contrôle, l’Ukrainien l’expédie à raz-de-terre dans le coin opposé. Coupet dévie. Le ballon rebondit sur le poteau, longe la ligne et percute l’autre poteau. Il est à prendre pour qui veut. Dans la panique, Filippo Inzaghi est le plus prompt et marque le but libérateur qui fait exploser de joie San Siro. A Lyon, tout le monde retombe sur terre. Ils y croyaient... Dans la foulée, Chevtchenko aggrave même le score sur une mauvaise passe en retrait. Cette fois, Diarra est à genou. Cris déclare : « Chenvtchenko est un monstre
 ».

Pêché d’orgueil

Un an a passé, et c’est l’heure de la revanche. La défaite à San Siro a été digérée. Entre-temps, Malouda et Abidal ont confirmé leur talent en coupe du monde, comme beaucoup d’autres joueurs dans l’effectif lyonnais. La formation est encore plus impressionnante que l’année d’avant, notamment en phase de poule. Elle termine avec 14 points devant le Real Madrid. Le jeune Karim Benzema commence tout juste à pointer le bout de son nez, en “joker” de luxe.

Au tirage au sort, Lyon hérite de l’AS Roma en huitième. Du haut de ses trois quarts de finale successifs et de son assurance en phase de poules, Lyon est le grand favori. Tous les joueurs le disent désormais : ils veulent la “coupe aux grandes oreilles”. Tout doit commencer avec cette revanche franco-italienne contre la Roma. Une confrontation sensée lancer l’OL vers les sommets mais qui sera finalement la plus grosse désillusion de l’histoire du club.

Après un match aller fermé à Rome (0-0), les Lyonnais expliquent tous avoir fait le plus dur en ne perdant pas là-bas. Ils voient les choses à travers le prisme de leur défaite contre Milan, qui n’avait pas perdu non plus à Gerland l’année d’avant. Mais les Lyonnais commettent une lourde erreur, car la Roma va faire à Lyon le 6 mars 2007 ce que l’OL n’a pas su faire faire à San Siro un an plus tôt.

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Mancini tue Lyon

Première douche froide à la 22è minute : Totti ouvre le score. Il faut désormais marquer deux buts. L’OL tente de réagir par Fred puis Squillaci. Mais à la 44è minute, la Roma fait le break. C’est le Brésilien Mancini qui tue le match. Son but est mémorable autant par sa beauté que par ce qu’il représente. Sur une passe transversale, le Brésilien prend le ballon côté gauche, temporise trois secondes, puis opère une série de passements de jambes exceptionnels, déborde un Réveillère totalement déséquilibré. Face à Coupet, il cogne lourdement à bout portant, du gauche. Lucarne : 2-0. Emballez, c’est plié. Gerland se tait.

En cette saison 2009-2010, deux clubs français sont dores et déjà qualifiés : Bordeaux et Lyon. En plus du but de Basile Boli en 1993 qui sacra l’OM, ils devraient regarder aussi quelques-unes de ces phases lyonnaises. Pour s’armer mentalement. Après le match de la Roma, Coupet avouera que les Italiens ont renvoyé ce jour-là l’OL sur les bancs d’école. Quant à Juninho, il dira sur un ton nostalgique qu’il s’agissait probablement de sa dernière chance de gagner la Ligue des Champions. Un peu trop vite sans doute, puisqu’il va finalement rejouer deux huitièmes de finale les deux années suivantes. Il va même marquer deux buts contre Barcelone.

Barcelone sort l'OL en huitième (2009) {JPEG}Lyon est à l’image de son ancien capitaine, auteur de 100 buts dont 44 coups francs avec l’OL. Malgré les défaites, la ville fait son chemin, bat des records et continue d’y croire dur comme fer.

Les bourreaux de l’OL ces 6 dernières années

2004 : FC Porto (futur champion) en quart de finale ; 2005 : PSV Eindhoven en quart de finale aux tirs au but ; 2006 : AC Milan en quart de finale ; 2007 : AS Roma en huitième de finale ; 2008 : Manchester United (futur champion) en huitième de finale ; 2009 : FC Barcelone (futur champion) en huitième de finale

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    En effet, le peuple lyonnais y croit dur comme fer. Tout vient a point a qui sait attendre. Une chose est sur, quoiqu’en disent les mauvaises langues, Lyon fait parti des plus grands d’Europe, n’en déplaise aux jaloux !

    La capitale des gaules connaitra son heure de gloire, un jour ou l’autre.

    Cependant essayons pour une fois de faire preuve de solidarité (oui en effet, les apparences sont trompeuses, mais c’est un mot toujours présent dans le dictionnaire) et supportons toutes les équipes françaises. Lyon et Bordeaux sont en 8ème, Marseille garde encore un espoir, 3 équipes françaises en 8eme de finale serait très prometteur pour l’image du football français.

    Pour ce qui est de la L1 et de ce soir en particulier, finissons sur une touche de légèreté et d’enthousiasme, en adéquation avec l’ambiance de ce soir qui sera très certainement basée sur l’amitié, le fair-play et l’amour : ALLEZ L’OL ! et que le meilleur gagne ! Enfin entre nous, soyons honnête, on sait déjà comment tout cela va se finir non ? haha sans rancune.

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