Montpellier teste le dépistage rapide du Sida

vendredi 21/11/2008 - mis à jour le 02/02/2009 à 16h36

« C’est une véritable innovation », le ton est donné : le test rapide de dépistage du VIH marque un tournant dans la lutte contre le virus. A l’initiative de Aides et de l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida (ANRS), le projet d’expérimentation Com’test était présenté par Bruno Spire, président national de l’association, mardi 18 novembre à la faculté de médecine de Montpellier. Plusieurs responsables locaux de la Lesbian and Gay Pride et de SOS Homophobie étaient présents pour inaugurer ce dispositif dont Montpellier est la ville pilote.

Plus simple et plus rapide qu’une analyse en laboratoire, la personne s’auto prélève une goutte de sang sur le doigt. A la manière d’un test de grossesse, la bande immunochromatographique révèle son statut sérologique. Trente minutes plus tard, si la bande bleue apparaît le résultat est positif. Un gain de temps énorme qui, à terme, vise à réduire au maximum le délai entre la prise de risque et le dépistage, même si les trois mois d’attente restent pour l’instant la norme. La réduction de ce délai devrait permettre d’agir au plus vite tant au niveau du traitement que de la prévention. « Les personnes qui connaissent leur statut virologique se protègent davantage que les personnes qui l’ignorent », rappelle Bruno Spire.
Comme toute expérience, celle-ci portera sur un échantillon de population : les HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes). A l’origine de ce projet, un chiffre : la population masculine homosexuelle est soixante-dix fois plus touchée par l’épidémie que les hétérosexuels [1]. Dans l’Hérault, 36% des nouveaux cas diagnostiqués entre 2003 et 2007 sont des HSH, contre une moyenne nationale de 29%. Ajouté à cela un constat : un sentiment d’incompréhension et de jugement moral de la part des soignants à l’égard de personnes qui vont régulièrement se faire dépister.

Dépistage alternatif en 30 minutes

« Le VIH n’est toujours pas une maladie banalisée dans notre société, le jugement moral peut être un frein car ces personnes [ayant des pratiques à risque] se sentent en échec d’une certaine prévention », explique Bruno Spire. La démarche communautaire a été choisie pour y pallier. L’accueil, l’écoute et le suivi tout au long de la procédure s’effectuent dans un cadre non médicalisé par des volontaires formés par Aides. Et c’est justement tout l’intérêt de la démarche, car il est déjà possible d’acheter ce type de test sur internet pour le faire à domicile. Le test des laboratoires Biomérieux a été choisi pour l’expérimentation. Parmi les autres tests rapides agréés par les Autorités de Santé françaises et européennes, celui-ci a été jugé « plus fiable [à 98-99%] et plus maniable » précise France Lert, responsable du groupe dépistage à l’ANRS. Il ne s’agit pas de le substituer au dépistage classique par prise de sang. D’autant que contrairement au dépistage en laboratoire celui-ci ne permet pas de détecter d’autres Infections Sexuellement Transmissibles (IST) comme les hépatites. Atout majeur mis en avant par Aides : l’accessibilité. « Une offre de dépistage diversifiée permet d’attirer ceux qui n’ont pas suffisamment recours au dépistage » souligne le président de Aides. Si aujourd’hui la loi ne permet pas à des acteurs non médicaux de réaliser ce test, Roselyne Bachelot, Ministre de la santé, s’est dite favorable aux expérimentations menées par les associations. Dans le cas où cette expérimentation s’avèrerait concluante en terme de réduction des risques et de fréquence de dépistage chez les HSH, elle pourrait être reconduite auprès d’autres populations. Après Montpellier, le dispositif sera étendu à Lille, Bordeaux et Paris. L’étude prendra fin au mois d’octobre 2009, les résultats attendus fin 2010.

3 questions à Fanny Cherpe, Présidente d’Aides Hérault

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A 27 ans, Fanny Cherpe est Présidente de l’association Aides dans l’Hérault depuis mars 2007.

Pourquoi le centre d’Aides à Montpellier a-t-il été choisi ?

Aides-Montpellier n’a pas été choisi. Nous sommes à l’initiative du projet et nous y travaillons depuis juin 2007, voilà pourquoi nous sommes les premiers à nous lancer. Lorsqu’au printemps 2007 nous avons senti les premiers frémissements [2] en France de la possibilité de se saisir de cet outil de dépistage utilisé en Europe [3], Aides-Montpellier a décidé de sauter sur cette occasion. J’ai immédiatement été partie prenante du projet avec la volonté ferme de le mener à terme. Aujourd’hui je suis très heureuse et fière du travail accompli par l’équipe. Nous sommes aujourd’hui 10 personnes, volontaires et salariés, formées au dépistage rapide.

Combien comptez-vous faire de dépistages ?

L’objectif de l’étude n’est pas quantitatif mais bien qualitatif. Nous pensons néanmoins dépister 3 à 4 personnes par permanence pendant un an, ce qui nous amène à près de 400 dépistages.

Comment allez-vous communiquer cette information auprès de votre public ?

La communication se fait aujourd’hui par le bouche à oreille. Nous avons choisi de ne pas lancer le projet tambours battants afin de nous permettre de gérer le flux de personnes souhaitant se faire dépister plus sereinement. Mais très bientôt des flyers présentant le projet seront mis à disposition dans les lieux identitaires gays.

Notes

[1étude INVS, 2006

[2Les scientifiques et associatifs impliqués dans la lutte contre le Sida commençaient à s’intéresser à cette nouvelle forme de dépistage pour le grand public. Le test rapide était jusque là utilisé par les soignants maniant des seringues et exposés au risque.

[3Les Pays-Bas et la Suisse ont recours au test rapide mais en présence de personnel médical. La France devient avec cette expérimentation le premier pays européen à proposer le dépistage rapide communautaire.

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