Régionales : la gauche et le Front National au coude-à-coude au second tour

mercredi 09/12/2015 - mis à jour le 12/12/2015 à 11h08

Depuis mardi 8 décembre à 18h, les candidats ayant réuni plus de 10% des suffrages au premier tour ont déposé leur liste en préfecture. Dimanche 13 décembre, le second tour opposera la liste de gauche Delga/Onesta à celle du candidat des Républicains Dominique Reynié et celle du frontiste Louis Aliot. Chaque camp mise sur d’incertaines réserves de voix qui rendent le match serré entre la gauche et le Front National (FN).

Même si les calculs de reports de voix à gauche donnent un net avantage à Carole Delga, cela reste « très très juste », prévient Emmanuel Négrier, docteur en science politique de l’Université de Montpellier.


Avec un taux d’abstention de 47,76 % au premier tour, la mobilisation électorale est un enjeu très fort pour ce second tour, explique le politologue. Le « chassé-croisé entre les électeurs qui ne votent qu’au second tour et la forte démobilisation électorale du côté de la droite est un phénomène qui va jouer assez fortement ». À droite comme à gauche, on veut aller chercher ces abstentionnistes. Mais « est-ce que les représentants politiques ont réellement la capacité de mobiliser les électeurs ? », questionne Emmanuel Négrier.

« Notre Sud en commun » : Onesta et Delga fusionnent leurs listes à gauche

Deuxième derrière Louis Aliot avec 24,41 % des voix, Carole Delga, la représentante du Parti Socialiste, a besoin de toutes les forces de gauche pour espérer une victoire au second tour. « Le rassemblement est indispensable », somme l’ancienne secrétaire d’Etat sur Twitter. Un message avant tout adressé à Gérard Onesta, tête de liste du Nouveau Monde en Commun. Grâce à ses 10,26 % des suffrages, Onesta a atteint de justesse le score suffisant pour peser dans les négociations de fusion de liste.


Lundi 7 décembre, à la veille du dépôt des listes du second tour, Carole Delga et Gérard Onesta ont ainsi fusionné, baptisant leur formation « Notre Sud en Commun ». Elle est composée à 70% de la liste du PS-PRG-MRC et à 30% de celle du Nouveau Monde, regroupant EELV, FDG et PCF.



L’ancien vice-président écologiste du conseil régional retrouve celle avec qui il a dirigé la région Midi-Pyrénées, devenant numéro deux de la liste Haute-Garonne, derrière Carole Delga. Onesta a déclaré sur RMC, mardi 8 décembre, avoir fusionné pour faire « barrage au FN », mais qu’« ensuite il faudra passer au traitement de fond ». Les deux candidats ont annoncé qu’ils ne feraient aucun meeting, contrairement à leurs adversaires, pour favoriser le terrain.
La liste écologiste et dissidente de Cavard, n’a fait que 1,70% des voix et n’a aucun poids dans les négociations entre Delga et Onesta.

Saurel, le conquérant des 5%, laisse libres et seuls ses électeurs

Crédité d’un 5% tout rond dans les suffrages, Philippe Saurel peut faire la différence. Delga a tenté de mettre le maire de Montpellier dans ses rangs, en vain : « J’ai contacté Saurel pour dialoguer, je n’ai pas à commenter sa décision, il essaye de garder une façade de liberté  », déclare-t-elle sur Twitter. Ce dernier dément avoir été convié par Delga. Même s’il concède voter socialiste à titre personnel, il ne donne aucune consigne de vote. «  Les “Citoyens du Midi ” restent des hommes et des femmes libres. Nous ne sommes pas propriétaires de leurs voix  », déclare-t-il dans un communiqué.


Il n’est donc pas garanti que ce réservoir de voix essentiel de 5% revienne à Carole Delga. « Les reports de voix de Lutte Ouvrière et de Saurel sont loin d’être acquis à Delga  », marque Emmanuel Négrier. À l’image de Jean-Pierre Grand qui tweet « 1er tour, on choisit : j’ai choisi Saurel, 2nd tour, on élimine : je soutiendrai la liste de la droite républicaine et du centre », les « Citoyens du Midi » pourront se tourner vers Dominique Reynié, voire Louis Aliot.

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Selon les estimations, la gauche l’emporterait au second tour.

Crédit : Jonathan Rodriguez


Reynié, pas de front républicain pour le candidat Les Républicains

En réalisant le plus faible score de la droite dans la métropole avec 18,84 % des voix, le politologue, Dominique Reynié a décidé de se maintenir au second tour. Souvent en désaccord avec le président de son parti, Nicolas Sarkozy et Dominique Reynié s’entendent au moins sur une chose : le « ni-ni », ni fusion ni retrait. En meeting à Sète lundi 7 décembre, le candidat Les Républicains justifie le maintien de sa liste car selon lui « PS et FN, même combat », rapporte France Télévisions. Il refuse de se positionner au front républicain contre le Front National.


Mais finalement, en se maintenant, Dominique Reynié pourrait bien rendre service à Carole Delga. S’il se retirait, une partie de ses électeurs se serait réfugiée dans l’abstention ou bien aurait voté Louis Aliot, le seul capable de vaincre le Parti Socialiste. Le politologue Emmanuel Négrier évoque l’hypothèse d’une « déliquescence du vote Reynié  », due à une possible démobilisation de ses électeurs, qui savent qu’il ne gagnera pas. « Difficile d’aller voter pour un perdant », stipule le politologue.

Le Front National cherche des voix à droite et chez les abstentionnistes

Louis Aliot est largement en tête du premier tour avec 31,8%, mais sa réserve de voix à droite reste faible. Selon Emmanuel Négrier, il pourrait tout de même bénéficier des reports de voix de Damien Lempereur (Debout la France), même si ce dernier n’a donné aucune consigne de vote, d’Yvan Hirimiris (Union Populaire Républicaine) et de l’ancien cadre FN Jean-Claude Martinez (Extrême-droite). Ces trois candidats ramassent ensemble 5,31% des suffrages, soit plus que Philippe Saurel.


En meeting dans son fief perpignanais lundi 7 décembre, Louis Aliot exhortait à ses militants de convertir les électeurs de Dominique Reynié et d’encourager les abstentionnistes du premier tour. Selon Emmanuel Négrier, il y a un possible transfert des voix Reynié vers Aliot. « Aliot fait plus de voix que Le Pen en 2012. Il y a une dynamique électorale d’un vote Aliot comme un “vote utile” pour les électeurs de droite ». Le risque de voir le Front National s’octroyer la grande région n’est pas minime. Il y a « plus de report de voix côté Aliot que Delga », avertit le politologue.


La nouvelle région sera donc soit au FN d’Aliot soit à la gauche « unifiée » de Carole Delga. Les deux candidats seront départagés via les reports de voix des petits partis et par les abstentionnistes qui décideront, ou pas, de se mobiliser. L’avenir de cette grande région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées se jouera dimanche 13 décembre.

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