Vélomagg’, ce qu’en pensent les Montpelliérains

La start-up montpelliéraine spécialisée dans le vélo en libre-service, Smoove, vient de remporter le marché du Vélib’ à Paris. Celle qui remplacera JCDecaux au 1er janvier 2018 équipe depuis 2007 l’ensemble du parc à vélo de Montpellier avec Vélomagg’. Mais qu’en pensent les usagers?

« Les Vélomagg’, je les utilise depuis le début et le système s’est quand même bien amélioré ! », s’exclame Laurent, utilisateur occasionnel de la bicyclette héraultaise. Il est vrai que le système de vélo en libre-service montpelliérain a connu de nombreux soubresauts depuis juin 2007, date de sa création. Laurent se rappelle : « Au début , il y avait peu de stations. Les vélos étaient souvent dégradés, mais le pire, c’était le système de location qui était très compliqué  », comme en témoigne un article de Haut Courant paru en 2008.

Depuis 2011, le système a été simplifié par la société héraultaise Smoove avec la possibilité de location via une carte bancaire ou un numéro de téléphone portable. Aujourd’hui, avec 56 vélo-stations et près de 2500 vélos à disposition dont plus de 500 en libre-service, les difficultés pour louer un vélo sont certes moins prégnantes mais toujours présentes. « Le plus difficile c’est de trouver de la place pour rendre son vélo, explique Louise qui vient de finir ses études. Il m’est arrivé de tourner pendant plus de 40 minutes pour trouver un emplacement en station ». Marine, perchée sur son Vélomagg’, confirme :« Dans certaines stations, c’est très compliqué, surtout à partir de 17h ». Un problème qui touche surtout les stations Père Soulas, Observatoire ou encore Saint-Denis. La société Smoove, qui vient de remporter le marché parisien du Vélib’ au nez et à la barbe de JCDecaux, a déjà une solution. Pour remédier aux problèmes de places en stations qui touchent la grande majorité des agglomérations européennes, elle a lancé cette année une expérimentation à Helsinki en utilisant un nouveau dispositif nommé « overflow ». Ce système permettra de parquer son vélo même en cas de station pleine, en l’attachant à ceux déjà présents. « Une super idée ! » pour Marine, étudiante à Montpellier.
Les Vélomagg' face à leurs concurrents.
Si le système de location de vélo en libre-service montpelliérain a ses adeptes, il peine encore à convaincre de nombreux habitants. Au sein de l’association Vieux biclou, spécialisée dans la réparation de vélo et membre de la Fédération française des usagers de la bicyclette, on n’est pas contre le Vélomagg’, « mais acheter son vélo d’occasion coûtera moins cher que de louer à chaque fois un Vélomagg », explique Jean-Luc, récent membre de l’association. Au milieu des adhérents en pleine réparation de leurs bolides, William, vétéran de l’association témoigne : « Lorsque tu as ton vélo, il est optimisé pour toi et tu vas être vélonome ». Un néologisme que le fringant moustachu d’une soixantaine d’années détaille comme « le fait d’être autonome à vélo et surtout de connaître son fonctionnement ».

Du côté des professionnels de la location de vélo on reconnaît que le la petite reine montpelliéraine est peu chère et pratique. Mais « les Vélomagg’, vous avez vu la tronche qu’ils ont ! », s’exclament David Ardisson, gérant d’Ebike Premium. « Mes clients veulent sortir du vélo ordinaire et avoir un look différent », reprend-il.
Des questions de forme bien loin des préoccupations de la petite start-up montpelliéraine qui vise désormais les marchés du vélo en libre-service de Barcelone et du Luxembourg.

Finalement, partisan du Vélomagg’ ou pas, les Montpelliérains s’accordent sur les bienfaits de la bicyclette. Et comme l’affirme William : « Plus y a de vélos, moins y a de cons sur la route ! ».

Quand Vélomagg’ pédale dans la semoule

Près d’un an et 3 000 abonnés après sa mise en place, le Vélomagg’ jongle encore entre succès et maladresse. Témoignage de cycliste en mal de monture

Dimanche matin. Entre Fise et soleil, l’appel de l’exploit sportif résonne en plein air. Objectif : la plage. Moyen de transport : le vélo. Une seule formalité, la location d’une petite reine. Initiative qui tourne vite au parcours du combattant. Pas de vélo disponible en location sans abonnement. Le système est victime de son succès. « Les seuls vélos sont réservés aux abonnés ? Alors comment s’abonne-t-on ? »

Un aller – retour et trois justificatifs plus tard, une fois surmonté l’épisode de la photocopieuse en panne, l’obstination paie. Et la fière détentrice de la carte n° 285933 s’en va traquer la bécane. Rien à la vélostation centrale mais pas de panique ! Les bicyclettes ne manquent pas à l’Opéra-Comédie et, en attendant de pédaler, les pieds battent le pavé. Mais misère ! Coup d’oeil au panneau de l’Opéra, qui affiche « aucune clé dispo ». Un autre à la quinzaine de vélomagg’ attachés à la station. Sollicité, le jeune homme au guichet s’excuse : « Non, désolé, la borne ne fonctionne plus depuis hier soir. »
Mais la mission plage vaut bien un regain d’obstination. Au moins de quoi cavaler jusqu’aux Halles Castellane… où le totem, plongé dans un coma profond, ne répond pas aux passages frénétiques de la carte magnétique. L’essai sur l’Esplanade redonne une lueur d’espoir quand le volet s’ouvre. De courte durée. La seule clé proposée ne correspondant à aucun vélo. Cap sur la maison de l’Agglo pour un dernier essai avant abandon. Trotte, trotte. Là encore, dix vélos et zéro clé.

L’appel à la station centrale clarifie la malédiction. « Les vélos ne tournent pas car les abonnés gardent les clés et repassent de temps en temps pour réinitialiser leur abonnement. Du coup, les vélos sont visibles mais pas disponibles. » Autre joie de l’automatisation, les bornes ne sont pas reliées au centre. Aucun moyen de vérifier la présence des clés dans les totems ou de pénaliser les abonnés égoïstes.

Bilan : deux heures perdues, un abonnement inutile et le recours à la voiture. Et tant pis pour l’environnement.

Trois questions à…

crédit : Montpellier AggloRobert Subra, vice-président de l’Agglo, chargé des transports

« Mille vélos commandés »

Un millier de vélos pour plus de 400 000 habitants, est-ce suffisant ?
Nous en prévoyons 6 000 de plus pour les trois ans à venir. C’est peu à l’échelle de l’Agglo mais il faut garder en tête qu’il s’agit d’une petite part de l’intermodalité. Les Vélomagg’ entrent dans un dispositif qui doit devenir le plus complet possible. L’idée consiste à éviter l’utilisation de la voiture en ville. Pour ça, il faut développer le maximum de moyens alternatifs. Le vélo, mais aussi le tram, les parkings d’échanges, les bus et les zones piétonnes en font partie. Un puzzle bien cossu en fait !

Comment s’assurer que les vélos ne sont pas monopolisés par des abonnés au détriment des autres ?
On a délibéré le 30 avril pour modifier le système. La durée d’emprunt passe de 24 à 12 heures. En le rendant à la station de départ, on y gagne une heure. Sinon, des pénalités vont se mettre en place. Le problème, c’est que certains empoisonnent les autres en immobilisant les vélos ! Alors, on crée un encouragement d’un côté et une pénalité, de l’autre.

Quelles priorités pour l’avenir ?
Continuer à s’adapter à la ville et à sa population. Les usagers du Vélomagg’ ont pour la plupart moins de 35 ans et un grand nombre de touristes s’en servent aussi. Du coup, les abonnements longue et courte durées doivent être maintenus. Mille vélos sont commandés mais sans l’apport de recettes publicitaires, ça coûte cher. On est ravi mais l’ennui, c’est qu’il faut réussir !

Cas unique et effet de mode

D’autres villes pratiquent le vélopartage mais Montpellier possède le Vélomagg’. La particularité du dispositif ? Pas de publicité, pas de limite à une seule ville et un coût moins important.
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Depuis juin 2007, le système s’est installé puis a été automatisé. À l’initiative de l’Agglo et de Tam, qui ont oeuvré ensemble pour développer une offre alternative aux propositions de Clear Channel ou JC Decaux. Pour éviter le recours aux afficheurs publicitaires, Tam a misé sur les économies. Les arceaux et les cadenas viennent de marchés habituels. Au final, un vélo revient à 700 € par an contre 3 000 €, en moyenne, pour les différents modes de vélopartage. Il présente aussi un autre avantage par rapport à ses cousins lyonnais ou parisien. Contrairement à ces derniers, le Vélomagg’ fonctionne sans chaîne.

Le principal motif de location ? La promenade. Robert Subra avoue même avoir trouvé des surprises dans l’enquête de satisfaction effectuée l’année dernière. « Beaucoup de gens s’en sont servis pour aller à la plage ! C’est tout de même à dix kilomètres… » Cela s’explique puisque les touristes, français ou étrangers, représentent plus de 60 % des usagers. Viennent ensuite les déplacements domicile-travail et les courses. Pour s’adapter aux 60 000 étudiants que compte la ville, Tam propose aussi un abonnement longue durée… Indisponible ! Pour des raisons techniques, les 600 vélos prévus à cet effet sont tous attribués.

Du côté de l’Agglo, on reconnaît que la proportion de vélos par habitant est insuffisante mais Robert Subra l’affirme : « Le service doit être efficace et, vu les contraintes économiques, on est obligé de progresser lentement. » Autre spécificité du dispositif, des stations sont implantées dans les autres communes de l’Agglo. À Saint-Jean- de-Védas, Jacou, Lattes ou encore Castelnau-le-Lez, les abonnés peuvent choisir entre les transports en commun et le vélo pour se déplacer.