Enquête

Maltraitance animale sur l’île de la Réunion : un fléau ignoré des pouvoirs publics

samedi 20/04/2013 - mis à jour le 21/04/2013 à 13h58

L’île de la Réunion, très prisée des touristes, est aussi le théâtre de maltraitances animales depuis de nombreuses années. Les chiens et chats errants se multiplient de manière incontrôlée dans les rues de l’île et les associations de protection animale ne savent plus où donner de la tête pour tenter d’enrayer le problème.

Des maltraitances animalières courantes

Comme sur de nombreuses autres îles, le rapport à l’animal sur l’île de la Réunion ne fonctionne pas comme en France métropolitaine. Les « chiens sonnettes » passent leur vie attachés à une corde et ne servent qu’à alerter leur propriétaire de l’arrivée de quelqu’un à proximité de la maison. « Les chiens grandissent, mais la corde non. Ça leur coupe le cou » témoigne Angeline Teston, sur l’île depuis 13 ans, bénévole dans les neuf associations de protection animale de l’île et famille d’accueil. Selon elle, la raison de ce traitement est claire : « Le rapport à l’animal est resté le même depuis l’esclavage avec ce statut de maître/animal ».

Dans certains cas, il est même question de cruauté envers les animaux. Ainsi, Marie-Charline, originaire de la Métropole et habitante de l’île depuis deux ans explique que l’une des pratiques courantes consiste à enfermer des chiots dans des sacs agricoles jetés sur les voies rapides. « Le sport national c’est d’écraser un maximum de chien », s’insurge la jeune fille de 23 ans.

De son côté, Marina, bénévole à l’association Agir Pour Protéger les Animaux Réunionnais (APPAR ) est amenée à rencontrer toutes sorte de situation : « Il y a un mois et demi de ça, j’ai retrouvé un chat à qui ont avait brûlé les pattes au briquet. Deux mois auparavant, j’ai recueilli une chatte qui avait des croix faites au cutter partout sur le corps. Elle n’a pas survécu ».

Autre pratique, l’utilisation des animaux pour la pêche au requin fait grand bruit dans les médias de l’île depuis 1995 dont quelques échos nous sont timidement parvenus en métropole en 2007 et 2011. « Plusieurs cas d’animaux "préparés" pour servir d’appâts ont eu lieu sur l’île. En février dernier, un chat a été retrouvé, un hameçon lui traversant du palais à l’œil. Il est évident que cette pratique persiste. Nous restons vigilants sur ce point et pratiquons des opérations régulières de surveillance discrète. Le dernier cas de chats hameçonnés s’est avéré être le résultat d’un jeu cruel commis par des gens inconscients, immatures et certainement sous l’effet de l’alcool et/ou de stupéfiants », rapporte Jean-Pierre Lafitte, président d’SOS animaux.

Animaux errants et immobilisme des autorités

Une des raisons expliquant la maltraitance animalière sur l’île de la Réunion est que les animaux errants s’y multiplient. Sont mis en cause les abandons, nombreux, et l’absence quasi totale de stérilisation. La population croissante de ces sans-colliers est alors soumise aux agissements d’Hommes plus ou moins bienveillants.

Dans ce contexte, la fourrière, le service d’équarrissage et les associations sont débordés. « Les pouvoirs locaux préfèrent traiter les conséquences plutôt que les causes. Des solutions comme la stérilisation gratuite pour tous ceux qui ne payent pas d’impôts existent, mais sont méconnues » se désole Marie-Charline.
Marie David, présidente de l’association Arbre de vie Universal renchérie : « Ces campagnes sont souvent programmées aux mauvaises périodes de l’année où les chattes sont déjà en gestation. Souvent, les dossiers déposés par les familles à faibles revenues traînent » Jean-Pierre Lafitte ajoute : « Ici, les préjugés ont la peau dure. Beaucoup de gens pensent que les chiennes et les chattes doivent vivre une portée avant la stérilisation ».

Pour tenter d’enrayer le problème, le recours à l’euthanasie est une pratique courante. «  Il y a entre 11 000 et 13 000 euthanasies par an, sans parler de l’empoisonnement » précise Angeline.

« Nous sommes intervenus dans les écoles pour faire de la sensibilisation, mais cela ne sert à rien, les mentalités régressent. » dénonce Angeline. Les pouvoirs publics, pourtant sollicités par les associations comme celle de Jean-Pierre Lafitte, font la sourde oreille. « Nous ne nous sentons absolument pas entendus par les pouvoirs publics. Nous tentons régulièrement d’obtenir des rendez-vous avec les élus locaux et les administrations de tutelle, en vain »

Selon le président d’SOS Animaux, la clé serait la stérilisation encadrée des chats et chiens. « Il faudrait des campagnes de stérilisation massives par mono-injection à l’image de celles qui ont été mises en œuvre au Mexique » Marie-David d’Arbre de vie Universal fait elle aussi son diagnostic. « Les autorités devraient lutter contre les annonces d’adoption illégale et ne les confier qu’à des professionnels, mais surtout, les tortionnaires qui maltraitent les animaux devraient écoper de réelles sanctions ».

Pour Marina, «  Le président du conseil régional qui dépense des sommes folles dans le tourisme devrait investir dans la cause animale, car les touristes ne sont pas aveugles et voient bien ce qui s’y passe ». Un avis partagé par le président d’SOS animaux. « Les collectivités locales devraient créer et entretenir des refuges suffisamment dimensionnés pour répondre aux besoins spécifiques de notre île. Nous projetons de créer des structures de type "Dispensaire vétérinaire gratuit", mais ces projets devraient être pilotés par les institutions publiques plutôt que par les associations »

Aujourd’hui c’est un chien pour trois habitants que dénombre l’île soit plus de 150 000 animaux errants.

A lire aussi : Zoom sur Arbre de Vie Universal au secours des chats errants de la Réunion

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    Je suis arrivée il y a une dizaine de jours à la Réunion pour faire du tourisme pendant 1 mois. Je suis accueillie dans une famille réunionnaise adorable qui fait le maximum pour que mon séjour me laisse de très bons souvenirs. Malheureusement, ce ne sera pas le cas car même si cette ile est belle, je suis choquée par la maltraitance animale. J’ai pourtant voyagé dans beaucoup de pays et je suis estomaquée que sur cette ile qui est un département français on puisse trouver autant de chiens et de chats dans de piteux états qui errent sur les routes et finissent as se faire écraser dans l’indifférence générale. Je suis choquée, révoltée et même ça me dégoute. J’avais entendu parler de la maltraitance animale dans le DOM et souvent la Spa en France présente des annonces dans les journaux pour inciter les métropolitains à adopter des chiens et des chats qui ont été rapatriés de la Réunion après avoir été maltraités. Mais les métropolitains ne peuvent pas adopter tous les animaux qui sont maltraités sur cette ile. Ca me brise le coeur et malgré tous les efforts des réunionnais pour que je rentre en France avec une bonne image de leur ile, pour moi cette ile est un enfer pour les animaux. Même dans les pays du tiers monde, l’Homme traite mieux les animaux qu’à la Réunion !!

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    Je propose un recours collectif des associations d’Outre-Mer à assigner l’Etat Français à la Cour de justice européenne en invoquant des conditions d’hygiènes et de salubrité publique.
    Si la Cour européenne reconnait la plainte et qu’il juge l’Etat incompétent ils seront amendés, ce qui fera un effet décisif au niveau des élus locaux dans les collectivité d’Outre-mer.
    Il y une carte à jouer !

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    Bonjour, Moi je vie sur Tahiti en Polynésie française. J’ai adopté d’un an et demi il y a 2 mois, le propriétaire lui a coupé une patte au coupe coupe et battu comme pas possible a t’elle point qu’il a peur des hommes sauf des femmes, idem il y a 2 ans j’ai adopté Aristote un chat que ma voisine avait trouvé dans une poubelle.
    Il est important de spécifier que par chez moi, il y a des personnes qui commercialise de la viande de chien et qu’ils sont tout aussi maltraité de ce côté dans le Pacifique Sud.
    Cela ne me réjouie guère d’apprendre que la Martinique, la Réunion (...) font de même.
    Je serai d’avis de lancer un appel au gouvernement français en regroupant toute les associations de la défense animal des DOM-TOM-COM. Pour lancer une alerte au non respect des lois et de la cause animal en Outre-Mer.
    Il faut responsabiliser la France de ses collectivités et de la non applications des textes qui leurs sont imposées. Sévir au niveau des agents d’administratifs qui acceptent ces conditions intolérables aux 21ème siècle.

    Mon association est la SPAP -> SPA de Polynésie.

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    je comprend pas pourquoi on trouve pas de solution alors qu il y en a plein mais comme d habitude on fait rien moi sa me désole tout sa et qui c est qui trinque les animaux on avance pas on recule quand j entend autour de moi qu il faut faire au moins une fois une portee mais pas du tout parler en a un veto et vous verrer il vous diras que se n est pas la peine de faire faire une portee .

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    que de mensonges, d’hypocrisies et d’exagération dans ce texte ! par an il y a plus de 500000 euthanasies en métropole ! alors il faudrait balayer devant sa porte avant de venir s’installer ici pour nous apporter la parole divine.
    voila un petit lien...
    http://www.la-ptite-gazette.com/2012/01/condition-des-animaux-a-la-reunion-les-cliches-ont-la-vie-dur/

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      Honte aux pouvoirs publics qui laisse ces animaux souffrir.
      On n’en peut plus de la situation.
      C’est l’ile de l’horreur pour les animaux ici. J’ai honte d’être réunionnaise !

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      Jessica combien d habitants sur la Reunion ??? Le ratio d euthanasies avec la Metropole n est pas comparable même si c est toujours trop ! Et îl n y a pas de concurrence dans la souffrance animale ! Force est de constater que sur nos iles Francaises les chiens et chats sont peu considérés ! J en ai fait l amer constat en Guadeloupe avec une dizaine de chiens errants qui m attendaient chaque matin pour avoir à manger ! Je suis désolée mais la situation n est pas aussi critique ici. Îl ne s agit pas ici de critiquer les Reunionnais mais de constater la situation et de trouver des solutions ! Trop facile de se cacher en regardant chez le voisin si c’est mieux ou pire !

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    Je viens tout juste de revenir de La Réunion,enchantée par cette île mais très triste et angoissée en ce qui concerne les chiens errants. Comment se fait-il que ce problème dramatique ne puisse se résoudre ?

    J’espère qu’on finira bien par trouver des solutions pour eux.

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    Après une absence de 9 ans, je suis revenue pour un court séjour à la Réunion, et mon constat est affligeant : il y a certes en apparence moins de chiens errants, moins de cadavres sur les routes, mais il y en a quand même, toujours trop à mon avis... L’odeur de chiens morts, des chiens affamés, amaigris, apeurés, errants autour des restaurants et tables de picnic...tout cela m’a fait mal... Comment n’a-t-on toujours pas trouvé de solutions à ce fléau ? Ces animaux sont malheureux à en mourir. Je suis choquée de voir tant d’irrespect envers ces animaux...

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