Avec les contrôleurs, « Ticket, s’il vous plaît ! »

Article paru dans Midi Libre, édition Montpellier, le 3 mai 2008

jeudi 08/05/2008

Le front en sueur, le regard rivé sur le quai à chaque arrêt. Le stress pour bon nombre d’usagers du tram sans ticket. Parfois, pour les contrôleurs aussi, « c’est dur ». Embarquement avec une équipe de Montpellier.

Les deux Patrick, Serge, Alain, Thierry, Jean-Michel, Pascal et Frédéric naviguent de rame en rame sur la ligne 1. Moyenne d’âge, 35 à 40 ans, Tous ont la carrure imposante. Tous cravatés, tenue impeccable. Le chef d’équipe, Patrick, décide de la marche à suivre. « C’est un peu plus difficile maintenant. Il y a plus d’agressivité qu’avant. » Par période, le contrôleur a des coups de blues. « On ne respecte plus aucune institution », déplore-t-il. Thierry a quitté la conduite pour le contrôle il y a cinq ans. Il relativise. « On est toujours dehors. Les horaires sont meilleurs. C’est un choix, on ne nous y a pas forcés. Il y a des problèmes comme partout ». Serge, lui, est dans le métier depuis dix-huit ans et ne s’en lasse pas. Même s’il a été agressé à trois reprises. Côtes cassées la première fois. C’est devenu « naturel » de contrôler. Et « il n’y a pas que le côté répressif, il y a aussi les renseignements. » Pascal poursuit : « Il y a de l’indulgence. Des fois, on regrette... » Les non titulaires ont besoin d’alterner avec la conduite, sinon « ça pèse ».

« En temps normal, je ne l’aurais pas verbalisé. S’adapter à chaque situation, c’est ça le plus dur »

14 h 30, période creuse, les contrôleurs peuvent « décompresser ». Le bon côté de la mission, « une bonne entente dans l’équipe, un soutien ». Une cohésion « très importante » dans ce métier. On l’observe quant à leur manière de travailler. A peine perceptible, un petit sifflement leur sert de code pour communiquer. Savoir quand monter, descendre et changer de rame. Récupérer la machine à carte... Qu’ils dégainent à chaque arrivée de tram. Ils s’avancent à deux par porte. Toujours. Et ne se « désolidarisent pas ». Un jeune garçon lance naturellement : « J’ai pas ma carte ». Patrick laisse passer, « pour cette fois ». Un autre valide son ticket sous le nez des contrôleurs : amende. « C’est un sport national la validation à vue. C’est sa parole contre la nôtre. »

Au Corum, sur le quai, un jeune homme lance des gestes brusques envers Serge, une armoire à glace pourtant. Pour un arrêt, il se vexe de devoir payer 27 €. Encore... « Vous n’êtes pas compréhensifs ! Les étudiants galèrent en ce moment ! » Un dialogue s’engage finalement. « C’est ça le plus important, désamorcer », souligne Frédéric. On explique au jeune homme que s’il avait prévenu qu’il ne faisait qu’un arrêt en montant dans le tram, ce serait passé. Mais pas alors qu’il était déjà dedans. Pascal souligne qu’il faut être conditionné pour faire ce métier. « Moi, ça va, je donne des cours de self-défense. »

« 15 à 20 % des personnes contrôlées rouspètent », prévient Patrick, le chef d’équipe. D’autres tentent de s’expliquer, paraissent tellement sincères, désemparées, que cela en ferait presque mal au cœur. Comme Jean-Luc : « C’est idiot, j’ai toujours mon ticket dix voyages sur moi, là, je ne sais pas où il est. C’est normal de payer. Je travaille, pour moi, l’amende c’est rien. Et puis, je ne suis pas bête, j’ai vu les contrôleurs et je suis monté quand même. » Thierry, le contrôleur, ne peut pas gracier Jean-Luc à ce moment-là. Il vient de faire payer une jeune femme qui regarde cet autre usager se défendre, pour échapper à l’amende. Le contrôleur l’assure : « En tant normal, on ne l’aurait pas verbalisé. S’adapter à chaque situation, c’est ça le plus dur. » D’un côté comme de l’autre. Bilan des deux heures : 25 procès verbaux sur les 13 rames contrôlées.

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Sur six millions de voyageurs par mois, 130 000 sont contrôlés.

La gratuité : « Promesse non tenable »

Le transport gratuit ? « Une promesse que personne ne pourrait tenir », selon Frédéric Téclès, chef du service contrôle. Ce dernier avoue néanmoins que « socialement, ce serait bien. Cela nous éviterait des problèmes. Et le prix n’est pas donné. » Mais « c’est inenvisageable ». Selon lui, « le tag appelle le tag ». Or, « si vous payez, vous vous sentez concernés ». Ne pas faire payer sa place à quelqu’un, « c’est lui donner tous les droits. On a bien vu, la navette gratuite pour le foot, c’était n’importe quoi. » Frédéric Téclès regrette : « Avec la police, c’est nous qui trinquons, qui payons le prix des altercations. » Pourtant, contrairement à certaines villes, « à Montpellier, ce n’est pas le chiffre, le nombre de PV (3 500 par mois) qui compte ». Leur discours ? « Être neutre. Nous ne faisons que de la constatation. » Avec les rares "contrôleuses", le contact passe parfois mieux.

Les voyageurs peuvent faire une réclamation auprès de Tam s’ils contestent leur amende. Et, question qui brûle beaucoup de lèvres, pourquoi devoir valider sa carte mensuelle ou annuelle à chaque montée ? Pour des raisons de statistiques et d’assurance. 2 € d’amende "normalement" pour cet oubli éventuel.

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1 réaction

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  • Avec les contrôleurs, « Ticket, s’il vous plaît ! »

    9 mai 2008 14:59, par Michael Mancini

    repondre message

    Tous cravatés, certes, mais surtout avec la banane... J’avoue qu’ils sont trop avant-gardiste pour moi, le revival de la banane, je ne l’ai pas vu venir... Et puis le Pento, et puis les pantalons au nombril, et puis les chevalières ( 2 voire 3 en moyenne), et puis le diams qui va bien, et puis le charisme, et puis l’éloquence, et puis surtout le charisme, non c’est vrai : j’aurais voulu être controleur.

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