Les sorties ciné du mercredi 22 novembre

Comme chaque mercredi, les salles obscures se ravitaillent en nouveaux longs métrages dont voici une petite sélection. À l’affiche cette semaine, Le Brio, Marvin ou la belle éducation, La Lune de Jupiter, L’oeil du cyclone ou encore La bataille des sexes.

Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine – La difficulté d’être soi

Martin Clément (Finnegan Oldfield), né Marvin Bijou, est un garçon « différent ». Et pour cela, il a fui. Il a fui son petit village des Vosges. Il a fui sa famille, la tyrannie de son père, la résignation de sa mère. Il a fui l’intolérance et le rejet, les brimades auxquelles l’exposait cette « différence ». Envers et contre tout, il s’est quand même trouvé des alliés. Madeleine Clément (Catherine Mouchet), la principale du collège qui lui a fait découvrir le théâtre, et Abel Pinto (Vincent Macaigne), le modèle bienveillant qui l’encouragera à raconter sur scène toute son histoire. Marvin devenu Martin va prendre tous les risques pour créer ce spectacle qui, au-delà du succès, achèvera de le transformer.

« Le nouveau film d’Anne Fontaine est une balade fiévreuse sur un être humilié et offensé chez qui la lumière finit par l’emporter sur l’ombre », Télérama

Le Brio de Yvan Attal – Un plaidoyer pour une France tolérante

Neïla Salah (Camélia Jordana), jeune banlieusarde de Créteil issue d’une famille algérienne, rêve de devenir avocate. Dès son premier jour à l’université parisienne d’Assas, elle va se confronter à Pierre Mazard (Daniel Auteuil), professeur connu pour ses provocations et dérapages de langage. Pour s’éviter une sanction administrative, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence. Mais pour relever le défi, il faudra que chacun dépasse ses propres préjugés.

« C’est malin, bien écrit, bien rythmé, bien joué. Assouplir les mœurs en riant, voilà un bon propos de comédie », Lefigaro.fr

L’oeil du cyclone de Sékou Traoré – L’Afrique face à ses démons

Quelque part en Afrique. Un enfant soldat devenu chef de rebelles (Fargass Assandé) est accusé de crimes de guerre. C’est une jeune avocate (Maïmouna N’Diaye) qui assure sa défense, souhaitant faire triompher la justice dans son pays corrompu, quitte à mettre en danger sa carrière et sa vie. Mais peut-on réellement sauver un ex enfant-soldat ?

« En homme programmé à tuer, Fargass Assandé est totalement hallucinant », Télérama

La Lune de Jupiter de Kornél Mundruczó – Un ange passe

Six fois nominé au Festival de Cannes, le long-métrage raconte l’histoire d’Aryan (Zsombor Jéger), un jeune migrant qui se fait tirer dessus lors de son passage illégal de la frontière. Sous le coup de sa blessure, il découvre qu’il a désormais le pouvoir de lévitation. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du Docteur Gabor Stern (Merab Ninidze) qui ambitionne d’exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d’argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l’incroyable don d’Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s’achètent.

« Au festival de Cannes, on lui aurait bien volontiers attribué un double trophée : celui du scénario et celui de la mise en scène », La Voix du Nord

Battle of the sexes de Jonathan Dayton et Valerie Faris – Un film dans l’air du temps

1972. La championne de tennis Billie Jean King (Emma Stone) remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s’engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts. C’est alors que l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs (Steve Carell), profondément misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l’affronter en match simple…

Onze ans après Little Miss Sunshine, Dayton et Faris se saisissent d’un thème on ne peut plus actuel : la cause féministe au prisme du machisme dans le tennis des années 70.

« [Emma Stone et Steve Carrell] assurent joliment le show sous leurs postiches », Première

GRAND ENTRETIEN – Dominique Cabrera : l’humain dans l’objectif

Durant la semaine du Cinemed, la cinéaste Dominique Cabrera a été mise à l’honneur à travers la rétrospective de son œuvre. L’occasion de (re)découvrir une filmographie aussi vaste qu’hétéroclite. Dernier film en date : Corniche Kennedy, réalisé sur les bords de la Méditerranée qu’elle affectionne particulièrement. Et un nouveau projet qui se dessine…

  • Le Cinemed vous a mis à l’honneur à travers une rétrospective de votre oeuvre. D’où est née cette collaboration?

L’idée est venue du Cinemed. Les organisateurs du festival, qui voulaient projeter tous mes films, ont appelé Julie Savelli, qui enseigne le cinéma à l’université Paul Valéry. J’ai fait la connaissance de Julie il y a trois ans, au cours d’une rencontre organisée par le Centre National de Documentation Pédagogique (CNDP). Elle étudie mes films et projette d’écrire un livre sur mon travail. Pour le Cinemed, nous avons décidé de présenter mes films de manière thématique plutôt que chronologique. Elle a fait un magnifique travail de préparation pour la rétrospective. D’ailleurs, c’est elle qui a animé ma masterclass durant le festival.

  • Quel est le fil conducteur dans votre œuvre cinématographique ?

Lorsqu’on fait des films, on ne cherche pas à créer un fil rouge. C’est bien la même personne derrière la caméra. Mais cette personne a changé à travers les années. Comme tout le monde, j’ai vieilli, j’ai été affecté par mon époque, par les mouvements de ma propre vie. Ça s’est ressenti dans mes films. La vie à un effet sur moi et il y en a un écho dans mes films. Quand je réalise mes films, je ne suis pas animée par l’idée de faire une œuvre cohérente. En observant ma filmographie, les spectateurs peuvent y voir un sens. C’est à eux de déterminer s’il y a un fil conducteur ou non. Finalement, j’imagine qu’on a ce sentiment en regardant mes films.

  • Vous avez réalisé six films sur la banlieue. Pourquoi s’intéresser à ce sujet?

Ça ne s’est pas présenté à mon esprit de cette manière-là. D’abord, je ne me suis pas dit « je vais faire une série de films sur la banlieue ». C’est à l’occasion d’une promenade dans une tour murée au Val-Fourrée (Yvelines) que j’ai eu la vision de Chronique d’une banlieue ordinaire (1992). J’ai imaginé faire un portrait des anciens habitants qui témoigneraient de la vie dans ces tours. Comme j’avais passé moi-même mon enfance dans une cité HLM, c’était une occasion de réhabiliter la mémoire, la beauté de ces lieux pour les personnes qui y avaient vécu. Je me disais : « jamais on ne filme ces lieux comme des lieux chargés de poésie ». Pourtant, les enfants, les adolescents et les adultes qui y ont vécu ont pu les voir comme un endroit où on éprouve des sentiments de beauté (la lumière par la fenêtre, le ciel, un souvenir, un son…). Je voulais réhabiliter une culture populaire dans ces quartiers.

  • Comment avez-vous réussi à contacter toutes ces personnes ?

De fil en aiguille, par un travail qui a duré 3-4 ans. Certains habitaient autour du quartier, certains habitaient plus loin. Des liens avaient été gardés avec certains… ça a duré très longtemps. Et puis, retrouver les habitants, ce n’était pas tout. On a retrouvé beaucoup plus de personnes qu’il n’y en avait dans le film. Le but était surtout de trouver des habitants qui étaient intéressés par un tel travail avec moi. C’était de trouver des individus d’une sensibilité voisine de la mienne, qui pouvait s’intégrer facilement dans cette histoire. Il y a aussi une part de chance, de hasard, de rencontres, de temps passé.

  • Dans ce documentaire Chronique d’une banlieue ordinaire, la musique est traitée de façon originale. Est-ce le cas pour tous vos films ?

Chronique d'une banlieue ordinaireLa plupart du temps, la musique de mes films est composée. Je travaille avec une très bonne compositrice, Béatrice Thiriet, qui a fait la musique de la quasi-totalité de mes films.Pour Chronique d’une banlieue ordinaire, j’ai collaboré avec un très bon compositeur qui s’appelle Jean-Jacques Birgé. Les collaborateurs artistiques ont beaucoup d’importances dans le travail d’un film. Le type de relations qu’on peut avoir avec eux, le type d’ouverture, le fait qu’ils vont entendre votre musique intérieure. Ces deux-là ont bien entendu ma musique intérieure. Ils en ont restitué quelque chose d’une manière dont j’aurais été moi-même incapable.

  • Dans votre œuvre, vous passez en revue une grande palette de formats (documentaire, fiction, autobiographie…). Est-ce facile de passer d’un format à un autre?

Le système de chaque film est différent et demande un travail plastique différent. C’est-à-dire que la matière cinématographique est définie par le type de projet qu’on a. Il y a une différence entre un film autobiographique qu’on va filmer tout seul, avec deux acteurs en 30 jours de tournage, et un film à « grand budget » avec 25 acteurs et 80 jours de tournage. Ce n’est pas le même film. La matière n’est pas la même, les collaborateurs ne sont pas les mêmes. Au cinéma, il y a un lien très fort entre les moyens et le projet. La réflexion évolue aussi au fur et à mesure du projet.

  • Quand vous réalisez un film, arrivez-vous à anticiper la réaction du public ?

On n’en sait rien à l’avance. Moi je vais faire un film à partir d’une émotion, à partir d’une vision, à partir de la volonté de dire quelque chose. Savoir si les spectateurs vont aimer, c’est la grande question, on n’en sait rien. On lance le film dans l’inconnu. Je ne crois pas qu’on fait les films à partir de leur réception. On doit les faire à partir de leur création, à partir de votre inspiration intérieure, et pas à partir du regard de l’autre.

  • Dans Demain et encore demain (1995), vous vous filmez pendant un an. Se filmer agit-il comme une thérapie ?

Non, je ne crois pas qu’il s’agisse d’une thérapie. Mon but, c’était de faire un film. Le travail effectué était un travail sur le cinéma, pas sur le fait d’aller mieux. L’objectif était de faire une forme, de raconter quelque chose. Certes, faire cette autobiographie m’a fait progresser dans ma vie, tout simplement parce que j’étais heureuse de finir une forme cinématographique. C’était un pas, par rapport à une sorte de chaos. Ça m’a fait du bien et ça m’a procuré du bonheur.

  • Vous travaillez actuellement sur un nouveau film : Nejma, fille de harkis, où en est le projet ?

C’est un film que j’ai essayé de faire entre 2006 et 2010 sans y parvenir. J’ai écrit plusieurs versions du scénario, et j’en suis arrivée à une version finale qui me satisfait aujourd’hui. J’ai eu des difficultés à le monter en termes de production en raison du manque d’argent à ce moment-là. J’avais donc tourné la page, j’ai fait d’autres films entre temps. Dans le cadre de ma rétrospective, le Cinemed m’a proposé de faire lire le scénario par les superbes jeunes acteurs de l’Ecole Nationale Supérieure d’Art Dramatique (ENSAD). Cette lecture m’a donné un nouvel élan. Dans ce film, j’ai essayé de faire comme pour tous mes films, c’est-à-dire de faire un aller-retour entre des questions très intimes et personnelles, et un mouvement général de l’Histoire, entre la France et l’Algérie.

La mécanique de la révolution tunisienne en images

« Démocratie année zéro » était présenté en avant-première jeudi 23 octobre au cinéma Diagonal de Montpellier. Le film documentaire de Christophe Cotteret revient sur la révolution tunisienne en adoptant l’angle de sa mécanique politique et remonte aux sources de ce fait géopolitique majeur. Près de 15 mois d’investigations auront permis à ce documentaire de réunir des images inédites et des témoignages des principaux protagonistes de la révolution.

La salle était comble ! Et le public au rendez-vous à Montpellier pour la projection de Démocratie année zéro. Humbles, Christophe Cotteret et son distributeur, Jacques Choukroun (Film des deux rives), n’avaient pas vu les choses en grand : la salle de 150 places était trop petite pour accueillir les spectateurs. Bien que des chaises aient été rajoutées à la hâte dans les allées de la salle de cinéma, tous n’ont pas pu assister à la diffusion du documentaire. Surpris face à cette foule, Christophe Cotteret ne s’est pas gardé d’exprimer son étonnement ainsi que son plaisir de voir un public toujours intéressé par les événements de la révolution tunisienne.

Toutefois, rien a été laissé au hasard pour la sortie de Démocratie année zéro. La date de diffusion du film ne provient pas d’un choix anodin du réalisateur: elle correspond à un timing électoral de grand ampleur pour les citoyens tunisiens. Ces derniers sont en effet appelés aux urnes dimanche 26 octobre pour élire leurs députés. Ces élections législatives sont les premières depuis la proclamation de la Constitution en janvier 2014, et les secondes -libres- depuis la chute du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali. De plus, les élections présidentielles fixées au 18 novembre prochain coïncident avec la sortie officielle en France de Démocratie année zéro prévue le 5 novembre.
Cette échéance électorale vient rappeler que ces scrutins représentent un enjeu majeur pour la stabilité du pays et qu’ils sont aussi le fruit d’une lutte contre l’illégitimité d’un régime autoritaire.

La mécanique d’une révolution

Démocratie année zéro revient sur les trois années qui auront abouti à l’abolition du pouvoir dictatorial bénalien et replace ce combat social, politique et civique dans son contexte global. En effet, il a beaucoup été écrit que la révolution tunisienne aura mis 4 semaines à faire tomber Ben Ali. Certes. Mais trop d’analyses se sont contentées de trouver le point de départ de la révolution à ce terrible 17 décembre 2010, jour de l’immolation publique de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, quand en réalité le combat des Tunisiens pour leurs droits a commencé beaucoup plus tôt. La sagesse de Démocratie année zéro réside donc bien en ceci: dans un angle juste et lucide, le réalisateur a traité la révolution tunisienne dans sa globalité.

La trame du documentaire met en exergue la mécanique d’un mouvement de contestation sociale et politique, de ses tenants et de ses aboutissants. « J’ai décidé de m’intéresser à une histoire large, à ce qui avait précédé la révolution, et à ce qui allait la prolonger, pour tenter d’en comprendre sa nature même  » développe Christophe Cotteret[[Les citations sont extraites de l’interview de Christophe Cotteret réalisée par le blog tunisien El Kasbah, lors de l’avant-première mondiale du documentaire en décembre 2012; et sont disponibles sur le site web du film documentaire.]]. Le documentaire consiste à disséquer les entrailles de ce qui englobe le jour de la fuite de Ben Ali le 14 janvier 2011: ce jour-là est le résultat des luttes antérieures et le commencement d’un nouveau combat constitutionnel. Afin de rendre audible une histoire complexe, Christophe Cotteret a fait le choix de découper son documentaire en deux chapitres: « Résistance » et « démocratie..? ». Ces dénominations traduisent la volonté de montrer les coulisses et l’organe d’une révolte sociale mutée en révolution politique.

Les prémices ou la révolte sociale

« Résistance » illustre la lutte perpétuelle des Tunisiens contre un Etat autoritaire et arbitraire ainsi que pour des droits et des libertés. Lutte qui atteindra son apogée en au mois de janvier 2011. Mais elle vient d’abord rappeler que la révolution se situe dans un cadre plus large de soulèvements sociaux, dont l’origine peut être remontée (si tant est qu’il y ait un point de départ) à la grève des mineurs de Gafsa en 2008. La révolte de la région minière de Redeyef, le plus important des troubles sociaux depuis l’arrivée de Ben Ali au pouvoir en 1987[[La révolte du bassin minier de Gafsa -région du sud-ouest riche en phosphate- constitue le premier et le plus important des troubles sociaux connus en Tunisie depuis l’arrivée au pouvoir de Ben Ali en 1987. La manne financière produite par l’industrie d’exploitation du phosphate profite aux riches notables locaux proches du pouvoir, laissant pour compte les familles du mineurs et renforçant la paupérisation dans cette région déjà durement frappée par le chômage. Des manifestations pacifiques de grande ampleur secouent la région en 2008: initié par les mineurs, le mouvement mobilise tous les pans de la population locale, pour protester contre la corruption et le clientélisme. Dépassés par cette cohésion sociale inédite, l’Etat et les forces de l’ordre ont réagit avec violence pour réprimer la contestation générale, faisant blessés, torturés et morts.
Belgacem Ben Abdallah, natif de la région et acteur de la révolte, témoigne tout au long du documentaire.]]; la première manifestation contre la censure sur Internet orchestrée le 22 mai 2010 par la blogosphère[[Le mouvement « Nhar alla Ammar  » -qui signifie « journée de la censure »- est organisé le 22 mai 2010 par des cyber-activistes de la blogosphère tunisienne. Cette dernière proteste contre « Ammar 404 », allégorie du censeur de sites web en Tunisie, et réclame un plein accès au contenu en ligne et à la liberté d’expression. Avortée par la police, cette manifestation finit par l’arrestation de deux blogueurs renommés.
Plusieurs interviews des principales figures du cyber- activisme tunisien, à l’image de Azyz Amami, illustrent particulièrement la naissance et la force de ce mouvement médiatique devenu un outil de lutte dans la révolution.]]; la protestation du corps juridique qui accuse une justice corrompue et asservie au pouvoir politique… L’ensemble de ces mouvements de contestation sociale mis à l’écran par le documentaire a pour point commun d’être considéré comme les prémices de la révolution.

Ces manifestations ont marqué un tournant dans l’action militante citoyenne en cela qu’elles brisent les chaînes de l’autocensure politique pour accuser haut et fort les pratiques autoritaires d’un pouvoir illégitime. Une lutte incessante qui atteindra finalement son paroxysme lors des mouvements révolutionnaires qui ont eu lieu entre le 17 décembre 2010 et le 14 janvier 2011. Et c’est bien ce glissement, de la contestation au refus en passant par l’accusation, qui entraîne la mutation de la révolte sociale à la révolution, souligné par Démocratie année zéro. Enrichi de nombreux témoignages des principaux instigateurs de ces mouvements, le documentaire arrive ainsi parfaitement à saisir cette mutation qui, au-delà d’une rupture politique, représente principalement une continuité civique. Il ne s’agit pas d’un simple reportage mais bien d’une étude qui analyse les combats sociaux et politiques sur une période large, jusqu’aux premières élections libres à l’automne 2011.

Les dynamiques démocratiques post-révolutionnaires

La révolution tunisienne a ouvert la voie à la première démocratie du monde arabe. Mais désormais tout reste à construire. « La chute de Ben Ali était la fin d’un processus politique, et le début d’un autre » précise le réalisateur, avant d’ajouter « c’est un point de basculement, pas d’une transition ». La deuxième partie du documentaire, « Démocratie..? », s’attache ainsi à filmer les tâtonnements de la démocratie, d’un pays qui recherche ses équilibres politiques. La tâche semble d’autant plus difficile que la révolution n’a pas vu émerger de leaders, dans la société civile comme dans la classe politique d’opposition. Pourtant, des élections doivent se tenir dans quelques mois. Lors du tournage de janvier à octobre 2011, l’équipe de réalisation du film a suivi différents partis politiques de l’opposition de Ben Ali dans leur campagne électorale, jusqu’aux élections de l’Assemblée constituante fixées le 23 octobre 2011. « Nous avons décidé d’adopter le regard de la gauche radicale, d’interviewer, de suivre, de nous mettre dans les pas de ceux qui n’avaient pas été compromis avec l’ancien régime » précise Christophe Cotteret.

Ainsi, le Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie (POCT), le parti islamiste Ennahdha et le parti de l’actuel président Moncef Marzouki -figure de l’opposition en exil revenue en Tunisie après la fuite de Ben Ali- le Congrès Pour la République (CPR), sont les personnages principaux du second chapitre du documentaire. Sous le regard de ces opposants et révolutionnaires, le film plonge le spectateur dans les rouages d’un monde politique en ébullition. Démocratie année zéro aura réussi son pari de filmer les entrailles d’un Etat en (re)construction dans un contexte post-révolutionnaire. Ce film démontre finalement que ce ne sont pas forcément les figures de la révolution qui triompheront des élections: le parti islamiste Ennhdha arrive au pouvoir avec une majorité relative.
La réussite de ces premières élections libres revête l’ampleur des réformes à mener: l’Assemblée constituante élue doit désormais rédiger une nouvelle Constitution. Proclamée finalement en janvier 2014, le parti Ennahdha démissionne pourtant face à l’échec de sa gouvernance. Les nouvelles élections législatives sont fixées au dimanche 26 octobre 2014.