L’inclusion du handicap, mais pas à n’importe quel prix

Une école ne peut plus refuser la scolarisation d’un enfant en raison de son handicap depuis février 2005. Saluée de manière unanime par les professionnels de la santé et de l’enseignement, cette initiative n’est cependant pas sans difficultés. Comment peut-on inclure davantage le handicap sans repenser le système scolaire ?

Jacques Chirac l’a voulu. L’ancien Président de la République a entamé une meilleure adaptation de la société aux personnes en situation de handicap. En 2005, il fait voter la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Cette loi du 11 février 2005 dispose que chacun puisse avoir accès « à une scolarisation en milieu ordinaire au plus près de son domicile, à un parcours scolaire continu et adapté ».

En 2015, 278 978 élèves handicapés ont été scolarisés en milieu ordinaire selon les chiffres du gouvernement. Ce nombre a ainsi augmenté de 24% entre 2011 et 2015.

On peut se réjouir de la volonté politique d’ouvrir l’école au handicap. Cependant, les moyens et la formation ne sont pas adaptés aux impératifs d’inclusion pour de nombreux enseignants. « D’un côté, on norme l’école ordinaire, constate Emmanuelle coordinatrice ULIS en collège dans l’Isère, et de l’autre on fait des belles phrases sur l’école inclusive, mais dans des cadres toujours plus rigides. En primaire par exemple, on ne peut utiliser qu’une seule méthode de lecture. Allez apprendre à un autiste à découper les mots pour lire». Serge Thomazet, chercheur et spécialiste des questions d’école inclusive à l’ Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand partage cet avis. Pour lui, on impose à l’école républicaine, au nom de l’égalité, de s’adapter au handicap, mais sans repenser le modèle d’enseignement. « Il y a une injonction à construire l’école inclusive, mais il n’y a pas de mode d’emploi, les enseignants sont livrés à eux-même. Si on veut pouvoir accueillir tous les élèves, il va falloir renforcer l’accessibilité physique, mais aussi celle des savoirs, des liens sociaux et l’accès aux soins ».

Depuis juillet 2011, les dispositifs ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire) remplacent les UPI (Unités Pédagogiques d’Intégration), classes accueillant les enfants handicapés dans les écoles ordinaires. Cette transformation révèle un changement de paradigme dans la prise en compte du handicap à l’école. Ainsi, depuis 2015, les enfants en situation de handicap sont inscrits dans une classe ordinaire de référence, plutôt que dans une classe spécialisée. Les dispositifs ULIS servent désormais de liaison et d’approfondissement des cours suivis en classe ordinaire, plutôt que d’espace d’enseignement. Ceci pour renforcer les liens entre les enfants handicapés et les autres élèves. Mais dans les faits, cette mesure d’inclusion renforcée s’avère compliquée. Sandrine coordinatrice ULIS en collège à Nice explique que ses élèves sont souvent dépassés dans leur classe de référence : « imaginez un élève CP-CE1 en sixième. Dire qu’ils pourront ainsi lier des amitiés de leur âge, s’adresse en réalité à une minorité ». Comme Sandrine, Emmanuelle craint une disparition des classes ULIS à long terme. « Évidemment, d’aller en classe ordinaire ça les stimule. Mais le groupe ULIS est aussi indispensable. Le seul moment où ils ne sont pas handicapés, c’est quand ils se retrouvent entre eux, c’est ce qui leur donne l’élan pour aller vers l’extérieur ».

Les enseignants craignent que cette décision  soit motivée par des contraintes budgétaires, plus que pour des raisons éthiques

La non-augmentation des Instituts médico-sociaux (IME) témoigne du choix politique d’encourager une scolarisation en milieu ordinaire plutôt qu’en institut. De premières expériences d’externalisation des unités d’enseignement ont d’ailleurs été mises en place par des partenariats entre milieu ordinaire et spécialisé. Certains enseignants craignent que cette décision ne soit motivée par des contraintes budgétaires, davantage que pour des raisons éthiques, une place à l’école coûtant moins cher qu’une place en IME. Le chercheur Serge Thomazet considère que ce choix se justifie, si le gouvernement investit dans l’école : « Il y aura toujours des gens qui auront en tête que l’école inclusive peut aider à faire des économies, et pourquoi pas ? Cela va permettre à l’enfant d’apprendre un métier et de contribuer à la société plutôt que coûter des sommes
faramineuses en hôpital psychiatrique. Mais il faut être vigilant de mettre les moyens permettant de répondre aux besoins de l’enfant ». L’inclusion pour quelques enseignants peut s’avérer un leurre. Certes, en étant scolarisés en milieu ordinaire, ils seront mieux préparés à vivre en société. Cependant, cela peut maintenir les parents dans une forme de déni.« J’ai un élève, comme il joue tout le temps aux jeux vidéo, le papa le voit informaticien » constate Sandrine. Le risque est de faire miroiter aux parents que leurs enfants auront les mêmes accès aux professions que les autres.

Sabine, Accompagnante d’Élèves en Situation de Handicap (AESH), témoigne du quotidien de cette profession peu connue, payée 600 euros par mois et au statut mal défini. « Les AESH doivent souvent se débrouiller avec des symptômes dont ils ignorent tout ». Isolés, comme des pions parsemés entre les établissements scolaires, ils jonglent souvent entre plusieurs élèves. Les parents peuvent attendre des mois voire des années avant d’obtenir une AESH, indispensable à la scolarisation de leur enfant handicapé hors ULIS. Parfois, les enseignants, que l’enfant dérange, laissent carte blanche à l’AESH. « Dans ce cas, déplore Sabine, c’est une fausse inclusion. Les parents disent « il va à l’école, il est en grande section ». Non, il n’est pas en grande section. Il est dans les murs de l’école, mais c’est tout ». L’inclusion devient alors une souffrance davantage qu’un apport. « Certaines années, on était un hôpital de jour, trois AESH dans le couloir avec un gamin autiste, un gamin qui sautait partout, un autre qui pataugeait dans les lavabos ». De nombreux parents mettent leurs enfants handicapés en milieu ordinaire faute de place en Institut médicosocial. « Si l’enfant ne suit pas, il se décourage explique Sabine. Il voit qu’il n’y arrive pas, qu’il y a un décalage avec les autres. Un enfant trisomique ou autiste, il va souffrir parce qu’il voit que les méthodes proposées ne sont pas adaptées pour lui ».

L’association Trisomie 21 France considère de son côté qu’un handicap mental ne détermine en rien l’impossibilité d’une inclusion en milieu ordinaire. Pour l’association, c’est parce que les écoles ne sont pas adaptées que les enfants se retrouvent en IME, non parce que leur place est en institut. Un avis partagé par Charlotte, orthophoniste à Montpellier, pour qui l’enfant, même handicapé, est mieux avec ses pairs, car par mimétisme, il va tendre vers le niveau des enfants qui l’entourent. Pour elle, il ne faut pas faire de l’inclusion à tout prix. Mais elle observe que : « quand de jeunes handicapés sont uniquement placés dans des dispositifs spécialisés, beaucoup arrêtent de progresser, voire prennent certains comportements négatifs des autres élèves handicapés qu’ils côtoient, et régressent ». Les difficultés d’inclusion viennent aussi de l’environnement de l’enfant, parfois plus que du handicap lui-même. Sophie coordinatrice ULIS dans l’Aisne en Réseau d’Education Piroritaire (REP) pointe du doigt un environnement social et familial qui fragilise l’enfant en difficulté : « Je suis dans une des villes les plus pauvres de France, les ¾ des élèves que j’ai en ULIS n’ont pas de handicap à la base. Ils ont pris beaucoup de retard, car ils sont dans des familles où ils ne se développent pas. Il y a un gros déficit social et un manque affectif qui se répercutent sur leur scolarité et leurs capacités cognitives. »

« Ce n’est pas mal poli de parler du handicap. C’est difficile parce que les adultes eux-mêmes n’osent pas. « 

La relation à l’autre est loin d’être évidente. Un traitement différencié peut stigmatiser, provoquer des jalousies et des moqueries entre les enfants. « Un jour, j’ai demandé à un de mes élèves si ça se passait bien en classe ordinaire, s’il avait des amis, il s’est effondré » raconte Emmanuelle l’enseignante en Isère. À l’inverse, avec des élèves plus jeunes, Juliette coordinatrice ULIS en région parisienne, ne rencontre pas ce problème : « Ils ont l’habitude de se côtoyer, ils jouent ensemble. Ils ne sont pas exclus. Mais ce sont des enfants qui depuis petits sont au contact du handicap. C’est aussi notre rôle de leur expliquer ». Communiquer sur le handicap permet ainsi de limiter les moqueries, aidant à comprendre pourquoi un camarade se comporte différemment. Cependant de nombreux enfants souffrent du manque d’information et de communication au sein de leur établissement. Le handicap fait peur. Parfois sujet tabou, des enseignants démunis ont du mal à en parler, provoquant davantage d’incompréhension et de rejet. « Ce n’est pas mal poli de parler du handicap insiste Claudine Tible Gérald éducatrice spécialisée en IME à Limoges. Pourquoi il n’y a pas un enseignant, un CPE, une infirmière pour faire le lien, expliquer tout simplement pour dédramatiser la chose ? C’est difficile parce que les adultes eux-mêmes n’osent pas. »

Pour Barbara enseignante à la Rochelle, ancienne coordinatrice ULIS, très engagée dans l’école inclusive, la réussite des dispositifs ULIS repose pour beaucoup sur la bonne volonté des enseignants et sur leur capacité à penser l’école autrement : « J’ai vu de nombreux enseignants qui ne s’autorisent pas à piocher dans leurs propres ressources. Ils cherchent des choses extraordinaires là où il suffit souvent de bon sens. Ils ne pensent pas la classe inclusive, mais classe ordinaire plus un enfant différent. L’adaptation, le support que je crée va profiter à l’enfant handicapé mais aussi à d’autres». Pour elle, pourquoi ne pas réévaluer le modèle de la classe frontale pour explorer d’autres manières d’enseigner, plus adaptées sous la forme d’ateliers autour de projets communs. Ainsi, l’école inclusive, aujourd’hui à ses balbutiements, aurait tout intérêt à s’inspirer des initiatives qui fonctionnent, et s’ouvrir à d’autres professionnels du social et de la santé. Mais pour la porter, il faut aussi que les moyens soient à la hauteur des objectif.

Culture et handicap : La Bulle Bleue s’engage

Ouverte en Février 2012, la Bulle Bleue est une structure exceptionnelle où 46 professionnels handicapés travaillent. Parmi eux, 20 comédiens exercent leur art en toute liberté, en dehors de tout jugement. Membre de l’Association départementale des pupilles de l’enseignement public de l’Hérault (ADPEP 34), ces militants de l’éducation populaire défendent des valeurs d’accessibilité et d’émancipation. Rencontre avec sa directrice, Delphine Maurel.

La Bulle Bleue (LBB) est un des sept Établissement et service d’aide par le travail (Esat) en France. Animé par une équipe composée de comédiens, techniciens, jardiniers, cuisiniers, tous en situation de handicap. Cette structure accueille plus de 46 professionnels, dont 20 comédiens. Structure pilote en Occitanie de la convention Culture, santé handicap & dépendance portée par les ministères de la santé et de la culture, LBB obtient une véritable reconnaissance de son expertise.

Delphine Maurel a été recrutée, dès novembre 2011, avec une double mission de « direction d’un établissement médico-social et d’une fabrique artistique ». L’Esat des Ateliers Kennedy, depuis 1964 au Mas de Prunet, dans le quartier de La Martelle, leur a cédé des locaux et leur apporte un soutien logistique.

À l’origine du projet, six personnes passionnées, dont la présidente de L’Autre théâtre, Françoise Serres, avec «la conviction qu’il fallait prolonger les initiatives locales sur le lien entre art et handicap, en les professionnalisant ». Ouvert au terme de l’échéance de trois ans, « l’Esat a failli ne pas voir le jour », se rappelle Delphine Maurel. « C’est un projet magnifique de vivre-ensemble. La rencontre avec le spectateur dans le théâtre est toujours très forte ». LBB était initialement « un projet de cirque avec un chapiteau bleu mais ce nom a été gardé car la bulle renvoie à la protection, à l’expression et le bleu fait écho à l’handicap ».

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Septembre 2017 : ouverture du Chai du Mas de Prunet

En septembre dernier, le Chai du Mas de Prunet a donné place à un lieu de fabrique artistique et culturelle. Quatre temps de rencontres publiques sont organisés dans l’année « dans un objectif de mixité des publics », affirme Delphine Maurel. Ce nouveau lieu permet « une plus grande visibilité de la compagnie et une capacité d’accueil de 100 personnes ». Avec la prochaine création programmée à Jean Vilar et les petits chaos à la Scène nationale de Foix « l’ambition artistique de la compagnie est de s’exporter sans limite ».

« Une troupe permanente c’est une aventure humaine » – Delphine Maurel

Elle a pu constater l’évolution des comédiens : « ils ont gagné en émancipation, en affirmation de soi et en stabilité ». Son engagement est véritablement social car « une troupe permanente c’est une aventure humaine » soutient-t-elle. Les comédiens travaillent 34 heures par semaine. L’équipe pluridisciplinaire sélectionne sur des critères de « motivation, d’audace et de présence scénique ». Certains viennent de la Compagnie maritime, certains de L’Autre théâtre et d’autres n’avaient jamais fait de théâtre. « La moitié ont un handicap psychique et l’autre moitié ont une déficience », explique-t-elle. L’évaluation cognitive de la Maison départementale leur attribue une compensation pour travailler. Ils ont un statut hybride entre salarié et personne accompagnée. Pour Delphine Maurel, leur intégration dans la société s’améliore « au même titre que le débat sur les minorités avance, mais le milieu du spectacle reste très difficile ».

Chaque projet artistique a son artiste associé sur trois ans pour que « l’artiste s’immerge dans le projet global ». Cela permet une ouverture et une dynamique professionnelle mais nécessite une recherche de financement. « L’Esat a un financement d’état pour la partie éducative, et un budget d’entreprise propre pour financer les intervenants extérieurs ». Un quart du financement est réalisé par des mécénats donc « si on perd les subventions, on ferme », déplore Delphine Maurel.

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« Ces êtres ont une profondeur de présence » – Jacques Allaire

De 2015 à 2018, la compagnie La Grande Mêlée s’associe à la compagnie permanente de la Bulle Bleue et les metteurs en scène, Jacques Allaire et Évelyne Didi pour se consacrer à l’univers de Rainer Werner Fassbinder à travers le projet « Prenez garde à Fassbinder ! ». À l’issue des trois ans, trois créations sont proposées : Je veux seulement que vous m’aimiez, de Jacques Allaire du 15 novembre au 1er décembre 2017, Les Petits Chaos d’Evelyne Didi du 8 au 16 juin 2018 et Le Bouc (titre provisoire) de Bruno Geslin en octobre-novembre 2018.

Pour leur dernière création Je veux seulement que vous m’aimiez, dont les photographies en sont issues, la compagnie de la Bulle Bleue livre une performance remarquable, un vrai moment d’humanité. Ils dansent, chantent, s’engueulent, s’aiment et se déchirent mais débordent toujours de personnalité et de passion.

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Le metteur en scène Jacques Allaire livre un témoignage saisissant : « En enlevant la question de la souffrance liée au handicap, la question de l’empêchement d’un être, contraint dans un espace limité ou une pensée fixe, est ce que cherche tout acteur. Par le hasard de la vie, le handicap les amène à la résistance même de son être, un être profond à l’intérieur duquel on ne peut pénétrer. D’office, ces acteurs, du fait de leur handicap, possèdent des qualités essentielles. Les deux problématiques restent de se débarrasser des questions narcissiques, liées à leur pathologie, et ce souci de vouloir appartenir à ce monde dit normal, c’est-à-dire ignorer ou marcher sur leur handicap, pour faire croire qu’ils n’en ont pas. On se retrouve alors avec des êtres qui ont une profondeur de présence absolument extraordinaire et le travail artistique est mené pleinement. On est affecté d’une manière profonde par cette qualité de présence ».

Cette pièce traite des thèmes quotidiens et essentiels avec philosophie, comme l’amour, l’homosexualité, la mort, l’anarchie, le sens de la vie mais cette fête explosive est aussi une métaphore de l’existence avec la complexité des relations humaines et des sentiments. Les comédiens y incarnent des personnages très aboutis avec beaucoup de poésie et une immense générosité.

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Lab ASH : à la croisée entre recherche artistique et recherche sur le travail social

Le lab Art social et handicap (Lab ASH) est « une plateforme d’appui en partenariat avec l’Institut Régional du Travail Social ». Sur trois années, une chercheuse du laboratoire Praxiling de l’Université de Paul Valéry réalise une étude sur «la légitimation par le langage des professionnels ». Ensuite, le Lab ASH se positionne sur un projet européen, auprès d’espagnols, portugais et suédois, sur « la professionnalisation des handicapés et la formation des accompagnateurs ».
La Bulle Bleue est donc « une fabrique des possibles » infinie, comme l’exprime Delphine Maurel. Un lieu d’expression décidément humain qui n’a pas fini de surprendre le public.

« La bourse ou la vue » : la recette d’un coup de com pour sensibiliser

La Fédération des Aveugles et handicapés visuels de France (FAF) réédite, par le biais de l’agence de communication Wonderful, en ce début d’année sa fameuse campagne de sensibilisation. Douze personnalités publiques, quelques trucages et les voilà affublées d’une canne et de lunettes pour les mal ou non-voyants. Le tout, relevé avec quelques phrases un brin provoc’, est réuni dans un calendrier sur le thème « la bourse ou la vue ». La recette du coup de com’ a bien été saisi par la FAF.

Vincent Michel, président de la FAF, a un seul objectif : « attirer l’attention des pouvoirs publics et de l’opinion ». Une fois l’attention captée, il ne reste plus qu’à énoncer les revendications. Des problèmes à résoudre il y en a, et la FAF ne manquent pas de les souligner un à un, mois par mois.

Pour Vincent Michel, en tête de liste, c’est l’accessibilité. Ainsi Marie-Arlette Carlotti, ministre en charge des Personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, est rappelée à l’ordre car seulement « 20% des établissements recevant du public sont accessibles à deux ans de l’échéance prévue »[[Loi de 2005 sur l’accessibilité des établissements aux personnes handicapées. Cette loi fixe 2015 pour la mise aux normes.]]. Et la liste s’allonge. Les revendications sont récurrentes et pour le moins essentielles. Parmi elles, les livres adaptés ou encore l’éducation.

« Pour nous, avant de tweeter il faut raquer »

Des membres du gouvernement et des peoples voient malgré eux leur image arriver sur le devant de la scène. Comme l’explique Vincent Michel, « Le choix des personnalités est fait en fonction de l’actualité ». La provocation est une arme efficace pour sensibiliser. Les dons en retour sont faibles mais pour Vincent Michel, « ce n’est pas notre première préoccupation. Notre objectif, c’est la notoriété car malheureusement aujourd’hui si on ne fait pas quelque chose de heurtant, il est difficile d’être entendu ». Une campagne choc est donc un outil efficace pour relayer un message. « Depuis le lancement de cette campagne, on en parle dans les médias ». L’information est reprise et l’image parle d’elle-même. « J’organise une conférence de presse sur le livre pour les déficients visuels et je sais qu’il n’y aura personne », c’est la loi médiatique et Vincent Michel l’a bien compris.

Et jouer de l’actualité 2012 n’a pas été difficile. Chaque personnalité est prise à parti. Ainsi, Valérie Trierweler se voit interpeller par un : « Pour nous, avant de tweeter il faut raquer », quand Nikola Karabatic, lui, se fait étiqueter d’un : « Pour nous il faut parier sur la recherche ». On retrouve aussi dans ce calendrier Laurence Parisot, Manuel Valls, Jean-Marc Ayrault, Arnaud Montebourg, Bernard Tapie, Bernard Arnault, François Fillon, Jean Dujardin ou encore Zlatan Ibrahimovic. Le coût d’une campagne ? « 25 000 € ». Soit un « investissement largement correct pour marquer les esprits et se faire entendre » pour le président de la FAF.

Vincent Michel espère ainsi faire remarquer la FAF et mettre à la Une des médias, les problématiques qu’il reste à résoudre pour les handicapés visuels de France[[Plus d’un million de français sont aveugles ou malvoyants.]].

Camille, future professionnelle en activité physique adaptée à l’heure de la crise

Camille, 22 ans et étudiante en Master 2 activités physiques adaptées à l’Université Paul Sabatier à Toulouse en a bientôt terminé avec les études. Elle réalise un parcours universitaire sans faute. Un bac S en poche, Camille se renseigne sur les formations STAPS. « J’ai voulu passer les concours vétérinaires pendant ma première année, c’était un vieux rêve d’enfant. Quand j’ai compris que ce serait trop ambitieux, je me suis réorientée vers la licence APA pour devenir professionnelle en activité physique adaptée aux personnes handicapées. » souligne Camille sans l’ombre d’un regret. « J’ai travaillé en maison de retraite et en CLIS où je donnais des cours de sport à des enfants défavorisés.» Mais ce sont deux stages en hôpital psychiatrique qui enthousiasmeront la jeune étudiante originaire de Lautrec (81). « Les patients comprennent tout ce qu’on leur dit, les entraînements sont donc plus variés. Il arrive que certains aient des hallucinations, mais je ne me sens jamais en danger. » insiste Camille.

Malgré son bac +5, la jeune femme laisse transparaître ses doutes : « Je ne me sens pas prête à entrer dans la vie active. J’ai l’impression que mon master ne me donne pas toutes les compétences requises à un niveau de cadre. »
Grâce à seize années de pratique du basket, Camille est actuellement en excellence départementale, le plus haut niveau en Haute-Garonne. « J’aimerais animer des entraînements de basket fauteuil sur mon temps libre. »
La jeune femme espère obtenir un poste grâce à son prochain stage. « Au centre de postcure psychiatrique de Toulouse, je mettrai en place un programme de réhabilitation sociale par le sport adapté ».
Camille s’interroge sur son avenir professionnel : « La difficulté de mon secteur, c’est qu’il faut se créer son poste. Ce métier existe depuis trente ans, mais reste méconnu. D’autres professionnels se positionnent sur nos postes. Et puis, je vais obtenir un diplôme universitaire et non un diplôme d’État, nous ne sommes pas considérés comme des professionnels de la santé. »
Camille, songeuse, attrape un ballon de basket posé sur la table de son salon et raconte : « Je voudrais travailler l’année prochaine sur Toulouse, puis partir en Allemagne. Les Allemands sont plus avancés en matière d’activités physiques adaptées et j’y perfectionnerais mon allemand que j’ai étudié neuf ans. »
Quand Camile Couchet parle de son futur métier, elle doute, mais elle reste surtout confiante. On la croit volontiers quand elle affirme que le sport est pour elle « une vraie passion ».
Pour l’instant, elle profite de ses derniers moments de vie étudiante dans la ville rose.

« Que ceux qui ont des enfants normaux restent à leur place »

Jean Louis Fournier était mardi soir à la médiathèque Emile Zola de Montpellier. Il y présentait son dernier ouvrage, « Où on va, Papa? », le récit autobiographique d’un père d’enfants handicapés.

« Je me demande, docteur, si mes enfants sont totalement normaux ». Dans ses pieds, deux « oiseaux ébouriffés » qui gazouillent, piaillent, et se griffent, la dizaine d’années à peine passée. Mathieu et Thomas. Ses deux fils handicapés, « des enfants pas comme les autres ». C’est un peu sa spécialité à Jean Louis Fournier, cet auteur aux livres pas comme les autres : « Ca laisse le bénéfice du doute ». Le ton sarcastique, parfois dur quand il n’est pas amer, de son dernier roman « Où on va, papa ? » lui a valu le prix Femina 2008 et le globe Crystal 2009. En bonus, un moment en compagnie des montpelliérains de la médiathèque Emile Zola un soir de mardi 2 Février.

Deux naissances, deux miracles à l’envers

20090203-20090203-DSC_0043.jpgA l’initiative de la librairie Sauramps, ce père de trois enfants, dont deux garçons handicapés, est étrangement venu parler plus de lui que de son dernier livre paru au éditions Stock en fin d’année. La salle est comble, la lumière chaleureuse, les têtes sont grises. Une main sous le menton, les lectrices de Jean Louis Fournier ont la posture de femmes concernées.
Jean Louis se raconte. La veille, il était au Lido. Pour y recevoir son « truc », le Globe Crystal Roman&Essai, décerné par un jury de plus de 4000 journalistes. Parler d’handicaps dans un lieu symbole de beauté et de réussite, « c’est assez insolite » ironise l’intéressé, les yeux encore pétillants. Parce que, «voyez vous, les danseuses du Lido c’est pas vraiment des handicapés, plutôt des chefs d’œuvre de la nature.»

« Deux miracles à l’envers » en deux ans, Jean Louis Fournier a connu l’enfer. Dans « Où on va, papa ?», le père et narrateur alterne confessions et moments partagés. Il a la voix sans timbre de ceux qui ont tout vécu. Des moments de folie où Thomas, 7 ans, tente d’enfiler sans succès son pull par le chas de l’aiguille, aux visites à l’institut, où parmi des adultes qui ne seront jamais que de vieux enfants, son fils tarde à le reconnaître. « Où on va, papa ? », ce refrain qui tournait en boucle à l’arrière de la Camaro lors des échappées du dimanche, Jean Louis Fournier ne l’entend plus. « Mon fils n’a plus envie d’aller nulle part » confie ce vieil écorché qui fait semblant d’être méchant.

La vierge Marie aux WC

Le rire agit sur lui comme un antidépresseur, un antalgique qu’il injecte dans sa vie et dont il repeint ses pages. « J’ai tendance à voir l’insolite des situations, du drôle dans le drame, un peu comme les enfants. » Le cartable au dos, Jean Louis Fournier mettait déjà son hygiène artistique au service de la paroisse locale. Ainsi l’effigie de Marie la Sainte a-t-elle participé à une expérience esthétique qui l’a vue passer du bénitier aux sacrosaints doubles WC.
« La reproduction n’était pas digne d’elle » rétorquera le bon samaritain au chanoine venu lui remonter les bretelles et médire auprès de la mère Fournier «ce gamin on en fera jamais rien ». Fort d’une vingtaine d’ouvrages à son actif, dont une collaboration prolifique avec l’humoriste Pierre Desproges, le petit garnement a défié les pronostics. Une dent tout de même contre celui qui n’aura pas su reconnaître son talent : « ce chanoine, j’espère qu’il est mort depuis longtemps et qu’il est bien en enfer !»

20090203-20090203-DSC_0041-2.jpg Le regard des autres, Jean Louis Fournier sait s’en passer. Pour ce qui est de leur pitié, il préfère faire sans. Les gens compatissants lui font horreur, la faute à des problèmes de transpiration : « Ils ont toujours la main moite lorsqu’ils la posent sur vous. Que ceux qui ont des enfants normaux restent à leur place et nous laissent tranquilles. » Son amour, Jean Louis Fournier le réserve à ses lecteurs. Bien qu’il espère mettre à l’aise la société avec ses moins chanceux, il croit encore en l’humanité tant « qu’elle achète son livre ». Pour ça, pas de pénuries à l’horizon. L’une après l’autre, les auditrices présentent pieusement leur exemplaire du dernier Fournier à la dédicace. Bon seigneur, Jean Louis rend l’hommage : « Mesdames je vous adore, ce n’est pas grâce à vos maris que je vends, c’est grâce à vous, continuez ! »

« Que ceux qui ont des enfants normaux restent à leur place »

Jean Louis Fournier était mardi soir à la médiathèque Emile Zola de Montpellier. Il y présentait son dernier ouvrage, « Où on va, Papa? », le récit autobiographique d’un père d’enfants handicapés.

« Je me demande, docteur, si mes enfants sont totalement normaux ». Dans ses pieds, deux « oiseaux ébouriffés » qui gazouillent, piaillent, et se griffent, la dizaine d’années à peine passée. Mathieu et Thomas. Ses deux fils handicapés, « des enfants pas comme les autres ». C’est un peu sa spécialité à Jean Louis Fournier, cet auteur aux livres pas comme les autres : « Ca laisse le bénéfice du doute ». Le ton sarcastique, parfois dur quand il n’est pas amer, de son dernier roman « Où on va, papa ? » lui a valu le prix Femina 2008 et le globe Crystal 2009. En bonus, un moment en compagnie des montpelliérains de la médiathèque Emile Zola un soir de mardi 2 Février.

Deux naissances, deux miracles à l’envers

20090203-20090203-DSC_0043.jpgA l’initiative de la librairie Sauramps, ce père de trois enfants, dont deux garçons handicapés, est étrangement venu parler plus de lui que de son dernier livre paru au éditions Stock en fin d’année. La salle est comble, la lumière chaleureuse, les têtes sont grises. Une main sous le menton, les lectrices de Jean Louis Fournier ont la posture de femmes concernées.
Jean Louis se raconte. La veille, il était au Lido. Pour y recevoir son « truc », le Globe Crystal Roman&Essai, décerné par un jury de plus de 4000 journalistes. Parler d’handicaps dans un lieu symbole de beauté et de réussite, « c’est assez insolite » ironise l’intéressé, les yeux encore pétillants. Parce que, «voyez vous, les danseuses du Lido c’est pas vraiment des handicapés, plutôt des chefs d’œuvre de la nature.»

« Deux miracles à l’envers » en deux ans, Jean Louis Fournier a connu l’enfer. Dans « Où on va, papa ?», le père et narrateur alterne confessions et moments partagés. Il a la voix sans timbre de ceux qui ont tout vécu. Des moments de folie où Thomas, 7 ans, tente d’enfiler sans succès son pull par le chas de l’aiguille, aux visites à l’institut, où parmi des adultes qui ne seront jamais que de vieux enfants, son fils tarde à le reconnaître. « Où on va, papa ? », ce refrain qui tournait en boucle à l’arrière de la Camaro lors des échappées du dimanche, Jean Louis Fournier ne l’entend plus. « Mon fils n’a plus envie d’aller nulle part » confie ce vieil écorché qui fait semblant d’être méchant.

La vierge Marie aux WC

Le rire agit sur lui comme un antidépresseur, un antalgique qu’il injecte dans sa vie et dont il repeint ses pages. « J’ai tendance à voir l’insolite des situations, du drôle dans le drame, un peu comme les enfants. » Le cartable au dos, Jean Louis Fournier mettait déjà son hygiène artistique au service de la paroisse locale. Ainsi l’effigie de Marie la Sainte a-t-elle participé à une expérience esthétique qui l’a vue passer du bénitier aux sacrosaints doubles WC.
« La reproduction n’était pas digne d’elle » rétorquera le bon samaritain au chanoine venu lui remonter les bretelles et médire auprès de la mère Fournier «ce gamin on en fera jamais rien ». Fort d’une vingtaine d’ouvrages à son actif, dont une collaboration prolifique avec l’humoriste Pierre Desproges, le petit garnement a défié les pronostics. Une dent tout de même contre celui qui n’aura pas su reconnaître son talent : « ce chanoine, j’espère qu’il est mort depuis longtemps et qu’il est bien en enfer !»

20090203-20090203-DSC_0041-2.jpg Le regard des autres, Jean Louis Fournier sait s’en passer. Pour ce qui est de leur pitié, il préfère faire sans. Les gens compatissants lui font horreur, la faute à des problèmes de transpiration : « Ils ont toujours la main moite lorsqu’ils la posent sur vous. Que ceux qui ont des enfants normaux restent à leur place et nous laissent tranquilles. » Son amour, Jean Louis Fournier le réserve à ses lecteurs. Bien qu’il espère mettre à l’aise la société avec ses moins chanceux, il croit encore en l’humanité tant « qu’elle achète son livre ». Pour ça, pas de pénuries à l’horizon. L’une après l’autre, les auditrices présentent pieusement leur exemplaire du dernier Fournier à la dédicace. Bon seigneur, Jean Louis rend l’hommage : « Mesdames je vous adore, ce n’est pas grâce à vos maris que je vends, c’est grâce à vous, continuez ! »