Culotte Gate: Débarquement de culottes à l’Assemblée Nationale

Pour protester contre la taxe tampon, ou plus exactement le refus de l’Assemblée Nationale de faire des produits hygiéniques un produit de première nécessité (pour baisser la taxe à 5%), des femmes ont créé le Collectif Culotte Gate. Le principe est simple, il consiste à envoyer ce lundi des culottes tâchées de faux sang (vernis, tomates, etc…) à l’Assemblée Nationale. Une action choc pour lever le tabou sur les règles et faire réagir aussi bien les femmes et les hommes que les politiques et les médias.

Non ceci n’est pas une mauvaise blague post-halloween, c’est très sérieux. Le Culotte Gate réagit contre le refus de l’Assemblée nationale de baisser la TVA sur les protections hygiéniques à 5,5% au lieu de 20% en les reconnaissant comme des produits de première nécessité. Comme le coca soit dit en passant] Catherine Coutelle, députée de la Vienne et présidente de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée en avait fait la demande, en soutien à la pétition du collectif [Georgette Sand qui avait réuni près de 17 000 signatures.

Avoir ses règles c’est comme se raser le matin, pas nécessaire

Dans la nuit du 14 au 15 octobre dernier, Christian Eckert, secrétaire d’Etat au Budget a refusé de baisser cette taxe, estimant qu’un tampon ou une serviette hygiénique n’était « pas exactement un produit de première nécessité », allant jusqu’à comparer le produit à de la mousse à raser. Pour justifier son refus il a comparé cette demande à d’autres comme « des taux réduit chez Mickey », « sur les zoos » ou encore « des parcs d’attraction et l’entrée des grottes. » Des propos qui ont suscité une vive polémique et ont fait réagir des femmes sur un forum de Madmoizelle, qui ont décidé de se mobiliser.

Le Collectif Culotte Gate passe à l’action

Lola Maestracci, l’une des initiatrices de l’action choc de ce matin, revient sur la naissance du Collectif Culotte Gate et de son objectif:

.gifComment est né Culotte Gate ?

« Après l’annonce de la décision de l’Assemblée Nationale, on était beaucoup à être choquées, en colère. Donc on a décidé d’agir pour protester. L’argument selon lequel les protections hygiéniques n’étaient pas des produits de première nécessité nous a vraiment énervé, on s’est donc dit qu’on allait montrer aux députés ce que SONT des produits de première nécessité en envoyant par voie postale des culottes tachées aux députés. »

Qui se cache derrière ce collectif?

« Le collectif culotte n’a pas de statut associatif officiel, c’est juste une vingtaine de personnes (des femmes pour la majorité) sur un forum internet qui ont décidé de se bouger pour faire entendre leur voix. »

Quel est le but de l’opération de ce lundi ?

« Le but est d’envoyer par la poste des culottes tachées (le vrai sang est interdit, ce sera de la peinture, de l’encre, etc.) directement à l’Assemblée, pour que les protections hygiéniques soient reconnues comme produits de première nécessité. Nous avons aussi prévu d’envoyer des culottes à différentes radios et journaux pour que notre action soit relayée et qu’elle ait plus de poids ».

Qu’espérez-vous d’une telle action ?

« Je pense que ce type d’action est nécessaire. Notre action est un moyen de s’adresser à eux directement, pour leur dire notre déception et notre colère face à leur décision, et leurs justifications sexistes: comparaison avec la mousse à raser, Christian Eckert qui dit qu’il « s’y connait » en menstruations parce qu’il achète des tampons pour ses filles (alors qu’aux dernières nouvelles, il ne possède toujours pas d’utérus). J’espère que le Culotte Gate permettra de changer les choses. Il y a déjà pas mal de femmes qui vont participer, même si elles ne sont pas féministes à la base. Je pense que ce genre d’action peut permettre à certaines personnes de s’engager, de découvrir le féminisme. Donc oui on veut faire changer les choses ! »


Pour celles et ceux qui veulent participer, le Culotte Gate vous invite à joindre le Manifeste à votre courrier, accompagné ou non d’une petite culotte tâchée au rouge à lèvres, vernis, confiture de fraise ou autre liquide couleur « sang menstruel » (laisser libre court à votre imagination) au « 33 Quai d’Orsay 75007 Paris ». Peut-être que cette action permettra à Christian Eckert de se rendre compte qu’un tampon, c’est pas du luxe !

Mariage pour tous : itinéraire du projet de loi au Parlement

Lancement mardi, de dix jours de discussion publique à l’Assemblée nationale, en vue du projet de loi «~ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe~». Après un passage en commission des lois, les 5 362 amendements sont débattus depuis par les députés. Acheminement du texte, navette parlementaire, agenda… l’heure est à une mise au point.

Jour et nuit, en semaine comme en week-end – jusqu’au 10 février – des débats tumultueux et sans répit exaltent l’Assemblée nationale. Chaque député a deux minutes pour justifier son opinion et sa proposition de modification. L’absence d’un élu annule son amendement. Aussi, un amendement peut-être directement supprimé si un similaire a été validé avant. Dès l’ouverture des débats, le ministre des relations avec le Parlement, a annoncé sur son compte Twitter, qu’un vote solennel est prévu le mardi 12 février.

LE TWEET (cliquez sur l’image)

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Suite à quoi, le texte – modifié dans un premier temps par les députés – sera soumis au Sénat. Cette deuxième escale de la navette parlementaire (voir infographie ci-dessous) aura lieu en mars. Débats et amendements passés, en cas de désaccord entre les députés et le Sénat, le texte réintégrera l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Le gouvernement pourra alors décider de convoquer une commission de conciliation : la commission mixte paritaire (CMP), composée de sept députés et sept sénateurs.

Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, souhaite une adoption définitive du texte pour la fin avril. Déjà en 1999, le PACS avait mis près d’un an à être voté. Certains estiment irréaliste le calendrier du gouvernement. Erwann Binet lui – rapporteur du projet de loi – est confiant quant à une adoption avant l’été.

INFOGRAPHIE (cliquez sur l’image)

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Visions croisées sur le métier de député

Hémicycle déserté, parlementaires surpayés, cumul des mandats… L’assemblée nationale n’est pas au beau fixe dans le cœur des citoyens. Et pourtant, « les députés travaillent énormément » selon Jean-Louis Roumégas, député d’Europe écologie les verts (EELV). À Montpellier, Hautcourant a rencontré Jean-Louis Roumégas, député entrant EELV, et Jean-Pierre Grand, député UMP sortant. Ils nous exposent des visions différentes sur le métier.

Jean-Louis Roumégas, ancien porte-parole d’EELV, avoue n’avoir pas beaucoup fantasmé sur cette fonction. Au contraire « on imagine que c’est surtout l’exécutif qui décide ! » Cinq mois après son entrée en fonction, il affirme que « le travail parlementaire est réel et effectif ». Jean-Pierre Grand , lui, avait déjà fait ses armes à l’Assemblée[[Il a été conseiller parlementaire de ministre, mais aussi du président de l’assemblée]]. Il a donc accédé à la fonction sans grande illusion. En effet, il souligne les limites de l’indépendance parlementaire. Pour lui, les députés sont de plus en plus dépendants de leur parti avec l’exigence d’unité du vote. « C’est un viol de l’esprit de nos institutions ! », s’exclame-t-il. Il affirme que le député doit être libre dans son appréciation du vote, mais aussi honnête envers ses convictions. « C’est le plus grand respect que l’on doit à nos électeurs. » Ainsi, il reproche à la gauche d’avoir donné une consigne de vote pour le Traité Européen. Néanmoins, Jean-Louis Roumégas confie que « l’unité au sein des petits partis est essentielle pour peser sur la scène nationale ».

« L’Assemblée est une caisse de résonnance »

Le débat, voilà, le mot d’ordre de l’hémicycle. Contrairement à Jean-Pierre Grand, Jean-Louis Roumégas estime que le temps de parole est très important. Malgré la longueur des débats, parfois « poussée à l’excès ». Jean-Louis Roumégas insiste sur le fait que « c’est un lieu de représentation nationale et chacun doit pouvoir s’exprimer. » De plus, les sollicitations sont nombreuses. Lobbys, associations, citoyens, chacun tente d’attirer l’attention des députés. C’est en cela que, pour le député EELV, « l’assemblée est une caisse de résonnance ». Tous veulent avoir un impact sur la loi. « C’est un travail d’écho de la société », résume Jean-Louis Roumégas. Appartenant à un petit parti, il a donc beaucoup plus de travail. Ils ne sont que 17 députés à suivre tous les débats. C’est la grande différence avec les grands partis. D’ailleurs, il confie que c’est une fonction « très prenante ». Malgré tout, l’institution fonctionne bien, elle est « efficace ». Il rejoint sur ce point Jean-Pierre Grand.

Les citoyens connaissent peu cette institution. Les législatives, un mois après les présidentielles floutent la fonction de député. Ce vote vient bien souvent confirmer celui des présidentielles. Peu se mobilisent pour cette échéance, cette année encore, il y a eu 43,71% d’abstention au second tour. L’image du député reste cryptée.

Taxer les transferts de sportifs : l’effet Pastore

Le transfert record de Javier Pastore vers le Paris Saint-Germain pour 42 millions d’euros a donné des idées. Trois députés UMP ont profité de l’examen du budget 2012 pour déposer un amendement afin de taxer à hauteur de 3% les transferts de sportifs. Analyse d’une fausse bonne idée.

Golden Diplomacy @cademy ou la première « net réalité politique »

On connaissait « Nouvelle star », « Star Academy » ou encore « Graine de star » pour les jeunes chanteurs. Une société de production vient de lancer un concours national: Golden Diplomacy @cademy pour promouvoir la diversité et permettre aux jeunes d’intégrer le bureau d’un nouveau mouvement politique, le Mouvement Citoyen Black Blanc Beur (MCB3).

Bouclier fiscal : « une parenthèse serait peut être salutaire. »

Il y a quinze jours, à l’Assemblée nationale, Charles de Courson, du Nouveau Centre, et Pierre Méhaignerie, de l’UMP, proposaient un amendement pour que les plus hauts revenus contribuent exceptionnellement à hauteur de 5% en ces temps de crise. Une façon implicite de remettre en cause le bouclier fiscal ou de le remanier. René Couanau, autre député UMP, souhaitait quant à lui suspendre le bouclier fiscal pour les revenus de 2009. Ces deux amendements ont été rejetés. Mais ils témoignent d’une division du groupe UMP à l’Assemblée vis-à-vis de cette mesure. Il n’y a pas que la Gauche qui s’échine à la discréditer. Jacques Domergue, député UMP de l’Hérault, et membre du Conseil Régional du Languedoc Roussillon, est encore hésitant sur la question. Il plaide néanmoins pour une « parenthèse », sans toutefois déroger à la ligne de conduite prônée par Nicolas Sarkozy.

Le coût du bouclier fiscal a doublé entre 2007 et 2008[[En 2007, lorsque le bouclier fiscal plafonnait encore à 60% le prélèvement maximum des plus hauts revenus, l’État a remboursé plus de 246 millions d’euros à l’ensemble des contribuables les plus riches. En 2008, ces remboursements ont quasiment doublé, pour un nombre de contribuables équivalent. Ils se sont élevés à 458 millions d’euros.]]. Pouvez vous nous rappeler quel est son intérêt ?

L’intérêt du bouclier fiscal c’est de faire en sorte qu’aucun français ne paie en impôt, plus de la moitié de ce qu’il gagne. Cela a été mis en oeuvre dès 2007, lors de l’élection de Nicolas Sarkozy, parmi différentes mesures incluses dans le Paquet Fiscal. Mais le bouclier fiscal n’est qu’une partie infime de cette manne budgétaire. Alors aujourd’hui c’est en discussion, c’est vrai, parce que la conjoncture a changé, et parce qu’on est en situation de crise. Donc certains le remettent en cause.

C’était pour remédier au problème des exilés fiscaux, alors sont-ils de retour ?

Il y a eu 15% de personnes en plus, qui sont revenues, ou qui ne sont pas parties… Maintenant je suis incapable de dire si en terme d’efficacité et de rentabilité, c’est une bonne mesure. Ce qui est sûr, c’est qu’en matière fiscale il faut qu’il y ait une certaine lisibilité et surtout un certain suivi. On ne peut pas dire « on va faire en sorte que ceux qui ont de l’argent reviennent en France pour y payer leurs impôts », et le lendemain, dire le contraire. Moi je comprends tous ceux qui se manifestent contre le bouclier fiscal en disant qu’aujourd’hui, nous n’avons plus les moyens, et qu’il faut que les riches paient… C’est un discours audible. Mais je le répète, c’est dangereux parce que la rentabilité sera faible et le message, très négatif. Certains diront qu’en France, on change d’avis toutes les cinq minutes.

Justement, à l’Assemblée nationale, le groupe UMP est très partagé sur cette question…

Oui nous sommes partagés. Comme je viens de le dire, on n’aime pas donner des signaux contraires. Mais la situation économique actuelle n’est pas la même qu’en 2007. Cela peut justifier un réajustement. Est ce que ce réajustement doit aller jusqu’à la suppression du bouclier fiscal, ou pas ?

Deux amendements, proposés par des députés UMP, et visant à suspendre ou remanier de façon temporaire le bouclier fiscal, ont été rejetés à l’Assemblée Nationale. Dans quel camp vous placez-vous ?

Moi je ne suis pas déterminé là-dessus. J’entends les deux types d’arguments. Il y a du bon d’un côté, il y a du bon de l’autre… Mais je pense qu’aujourd’hui, une parenthèse serait peut être salutaire. Sans retoucher au bouclier fiscal sur un mode législatif, mais au moins une parenthèse, comme on le fait avec les parachutes dorés. On ne veut plus permettre aux PDG des entreprises aidées par l’État de toucher des stocks options… C’est l’État qui leur permet de ne pas être en cessation de paiement. Il faut qu’il y ait une logique.

Si l’on mettait le bouclier fiscal entre parenthèse, honnêtement, cela ne rapporterait pas grand chose à l’État. Mais en terme de symbole, pour ceux qui ont des difficultés ou qui perdent leur emploi, ce serait positif.

Nicolas Sarkozy ne souhaite ni commenter la manifestation du jeudi 19 mars, ni remanier son bouclier fiscal. Que faut-il comprendre ?

Non, je ne lie pas le bouclier fiscal à la manifestation. Elle témoigne d’un ras-le-bol et des difficultés que rencontrent les français. Mais le ras-le-bol…

Moi j’ai vu la situation des États-unis, j’y étais pendant trois jours. Et elle est bien pire qu’en France ! Des maisons sont en vente partout… des immeubles de 2000 appartements sont entièrement vides parce qu’ils n’ont pas trouvé d’acheteurs… Mais les américains ne sont pas comme les français. Ils ne descendent pas dans la rue pour manifester leur mécontentement…

Manifester, ici, c’est un droit…

…Ils se retroussent les manches, ils font des petits jobs. Or nous, on a l’impression qu’on en est incapable. Je ne dis pas que c’est la solution idéale, mais il y a sûrement aussi des solutions.

Il est certain, aujourd’hui, que le niveau de l’emploi en France est très mauvais. Les entreprises ferment les unes après les autres. D’un autre côté, l’État et les collectivités locales doivent aussi se retrousser les manches. Il faut mettre de l’argent dans l’entreprise plutôt que dans la communication ou dans des dépenses fastueuses. Voilà ce qu’il faut faire. Combien de temps cela va durer ? Ni vous ni moi ne le savons. Mais à mon sens, on est loin de la reprise.

Bouclier fiscal : « une parenthèse serait peut être salutaire. »

Il y a quinze jours, à l’Assemblée nationale, Charles de Courson, du Nouveau Centre, et Pierre Méhaignerie, de l’UMP, proposaient un amendement pour que les plus hauts revenus contribuent exceptionnellement à hauteur de 5% en ces temps de crise. Une façon implicite de remettre en cause le bouclier fiscal ou de le remanier. René Couanau, autre député UMP, souhaitait quant à lui suspendre le bouclier fiscal pour les revenus de 2009. Ces deux amendements ont été rejetés. Mais ils témoignent d’une division du groupe UMP à l’Assemblée vis-à-vis de cette mesure. Il n’y a pas que la Gauche qui s’échine à la discréditer. Jacques Domergue, député UMP de l’Hérault, et membre du Conseil Régional du Languedoc Roussillon, est encore hésitant sur la question. Il plaide néanmoins pour une « parenthèse », sans toutefois déroger à la ligne de conduite prônée par Nicolas Sarkozy.

Le coût du bouclier fiscal a doublé entre 2007 et 2008[[En 2007, lorsque le bouclier fiscal plafonnait encore à 60% le prélèvement maximum des plus hauts revenus, l’État a remboursé plus de 246 millions d’euros à l’ensemble des contribuables les plus riches. En 2008, ces remboursements ont quasiment doublé, pour un nombre de contribuables équivalent. Ils se sont élevés à 458 millions d’euros.]]. Pouvez vous nous rappeler quel est son intérêt ?

L’intérêt du bouclier fiscal c’est de faire en sorte qu’aucun français ne paie en impôt, plus de la moitié de ce qu’il gagne. Cela a été mis en oeuvre dès 2007, lors de l’élection de Nicolas Sarkozy, parmi différentes mesures incluses dans le Paquet Fiscal. Mais le bouclier fiscal n’est qu’une partie infime de cette manne budgétaire. Alors aujourd’hui c’est en discussion, c’est vrai, parce que la conjoncture a changé, et parce qu’on est en situation de crise. Donc certains le remettent en cause.

C’était pour remédier au problème des exilés fiscaux, alors sont-ils de retour ?

Il y a eu 15% de personnes en plus, qui sont revenues, ou qui ne sont pas parties… Maintenant je suis incapable de dire si en terme d’efficacité et de rentabilité, c’est une bonne mesure. Ce qui est sûr, c’est qu’en matière fiscale il faut qu’il y ait une certaine lisibilité et surtout un certain suivi. On ne peut pas dire « on va faire en sorte que ceux qui ont de l’argent reviennent en France pour y payer leurs impôts », et le lendemain, dire le contraire. Moi je comprends tous ceux qui se manifestent contre le bouclier fiscal en disant qu’aujourd’hui, nous n’avons plus les moyens, et qu’il faut que les riches paient… C’est un discours audible. Mais je le répète, c’est dangereux parce que la rentabilité sera faible et le message, très négatif. Certains diront qu’en France, on change d’avis toutes les cinq minutes.

Justement, à l’Assemblée nationale, le groupe UMP est très partagé sur cette question…

Oui nous sommes partagés. Comme je viens de le dire, on n’aime pas donner des signaux contraires. Mais la situation économique actuelle n’est pas la même qu’en 2007. Cela peut justifier un réajustement. Est ce que ce réajustement doit aller jusqu’à la suppression du bouclier fiscal, ou pas ?

Deux amendements, proposés par des députés UMP, et visant à suspendre ou remanier de façon temporaire le bouclier fiscal, ont été rejetés à l’Assemblée Nationale. Dans quel camp vous placez-vous ?

Moi je ne suis pas déterminé là-dessus. J’entends les deux types d’arguments. Il y a du bon d’un côté, il y a du bon de l’autre… Mais je pense qu’aujourd’hui, une parenthèse serait peut être salutaire. Sans retoucher au bouclier fiscal sur un mode législatif, mais au moins une parenthèse, comme on le fait avec les parachutes dorés. On ne veut plus permettre aux PDG des entreprises aidées par l’État de toucher des stocks options… C’est l’État qui leur permet de ne pas être en cessation de paiement. Il faut qu’il y ait une logique.

Si l’on mettait le bouclier fiscal entre parenthèse, honnêtement, cela ne rapporterait pas grand chose à l’État. Mais en terme de symbole, pour ceux qui ont des difficultés ou qui perdent leur emploi, ce serait positif.

Nicolas Sarkozy ne souhaite ni commenter la manifestation du jeudi 19 mars, ni remanier son bouclier fiscal. Que faut-il comprendre ?

Non, je ne lie pas le bouclier fiscal à la manifestation. Elle témoigne d’un ras-le-bol et des difficultés que rencontrent les français. Mais le ras-le-bol…

Moi j’ai vu la situation des États-unis, j’y étais pendant trois jours. Et elle est bien pire qu’en France ! Des maisons sont en vente partout… des immeubles de 2000 appartements sont entièrement vides parce qu’ils n’ont pas trouvé d’acheteurs… Mais les américains ne sont pas comme les français. Ils ne descendent pas dans la rue pour manifester leur mécontentement…

Manifester, ici, c’est un droit…

…Ils se retroussent les manches, ils font des petits jobs. Or nous, on a l’impression qu’on en est incapable. Je ne dis pas que c’est la solution idéale, mais il y a sûrement aussi des solutions.

Il est certain, aujourd’hui, que le niveau de l’emploi en France est très mauvais. Les entreprises ferment les unes après les autres. D’un autre côté, l’État et les collectivités locales doivent aussi se retrousser les manches. Il faut mettre de l’argent dans l’entreprise plutôt que dans la communication ou dans des dépenses fastueuses. Voilà ce qu’il faut faire. Combien de temps cela va durer ? Ni vous ni moi ne le savons. Mais à mon sens, on est loin de la reprise.

La cigale chante, les fourmis légifèrent

Il était partout, il est partout, il sera partout. Nicolas Sarkozy se retrouve de nouveau sur tous les fronts. Il s’était calmé suite à la sévère défaite de son parti aux municipales, ayant compris que sa communication tous azimuts énervait. Le répit aura été de courte durée et il n’a pas pu s’empêcher de revenir omniprésent sur le devant de la scène, le gouvernement dans la caravane.

Les offensives sont multiples : assurance maladie, loi de modernisation de l’économie, spot publicitaire onéreux sur le pouvoir d’achat, réévaluation des quotas dicté par Brice Hortefeux en matière d’immigration, rapport de la Commission Copé sur la télévision publique. Une effervescence médiatique qui occulte et met volontairement au second plan le programme de la session extraordinaire de l’Assemblée Nationale prévue à partir du 1er juillet où seront votées, dans l’indifférence des vacances estivales, le projet de loi portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail ainsi que le projet de loi constitutionnelle, modifié par le Sénat, de modernisation des institutions de la Ve République. Deux réformes sensibles et importantes que le président préfère faire passer en session extraordinaire donc. Quand les Français favorisent le farniente aux luttes sociales. Pas bête le pensionnaire de l’Elysée.

Afin d’éviter les turbulences que ces réformes nationales de premier plan peuvent engendrer, Sarkozy va attirer le regard et les médias (à moins que ce ne soit le regard des médias) sur son hyperactivité internationale. L’occasion fait le larron et ce larron là souhaite sauver le monde entier. Présidant le Conseil de l’Union européenne au nom de la France, comment va-t-il surmonter le « non » irlandais ? Suite à son récent discours devant la Knesset, Sarkozy souhaite proposer une alternative aux Etats-Unis dans la résolution du conflit israélo-palestinien. Sans l’hypermédiatisation hexagonale, on dirait du Chirac dans le texte. Et pendant ce temps là, les députés UMP pourront légiférer en toute tranquillité, insidieusement dans l’ombre de la capitale. Voilà l’été!

On nous prend pour des truffes

Elle est bien belle notre démocratie parlementaire. Et bien au-delà de notre démocratie, notre parlement. On le croyait déjà ridicule avec ses chamailleries de cour d’école ou un Raymond Barre piquant du nez lors des séances de l’après-midi. Mais hier, le sommet du grotesque a été atteint.

Le projet sur les OGM a sombré, entraînant dans son naufrage la dignité de l’Assemblée. La deuxième lecture du texte devait être adoptée comme une lettre à la poste. Parfois les services postaux réservent des surprises. C’était sans compter la réussite d’une motion de procédure, une « question préalable » (rarement couronnée de succès), déposée par le député communiste André Chassaigne. Résultat des votes : 136 voix contre 135. Une voix d’écart. Très bien, la gauche jubile, applaudit, offre une standing ovation au communiste fervent défenseur du bio.
Mais combien de députés ont participé au scrutin ? 271. Faible score sur un total de 577 élus.

Désormais plus besoin de faire la sieste à l’Assemblée, on ne s’y rend visiblement plus !

Patrick Ollier, furtif président (UMP) de la chambre basse, l’a justifié par la tenue simultanée de « réunions importantes » empêchant les députés de la majorité d’être présents et de faire leur devoir. C’est donc ainsi que sont votées nos lois par ceux qui nous représentent ?

Camouflet pour la droite, qui se loupe une nouvelle fois sur le texte de loi sur les OGM, offrant le gant pour se faire gifler ; camouflet pour la crédibilité d’un parlement déjà bien érodée ; camouflet finalement pour les Français que l’on prend pour des truffes en leur faisant miroiter une nouvelle « manière de faire de la politique ».