L’art thérapie, quand les mots ne suffisent plus

Agressions sexuelles. Mort. Attentats. Les traumatismes sont parfois tellement profonds et indicibles, qu’il apparaît impossible de trouver les mots pour en parler et avancer. Quand la thérapie classique ne suffit plus, l’art thérapie peut parfois prendre le relai.

Il y a 3 ans, la France connaissait les attentats les plus meurtriers sur son sol. 130 morts. 413 blessés, physiquement. Mais mentalement, ils sont des centaines à être touchés : survivants, proches, aidants. Aujourd’hui, ils se battent encore contre l’enfer du quotidien post-traumatique. Ce soir du 13 novembre 2015, nombre d’entre eux étaient venus admirer des artistes. Certains, pour essayer de se reconstruire, ont trouvé refuge dans l’art.

« Dans le traumatisme, la personne a perdu la parole »

En réponse au besoin de ces victimes, l’association Art-Thérapie Virtus a lancé 13 Or de vie, un projet d’accompagnement de personnes victimes des attentats du 13-Novembre 2015 par des ateliers d’art-thérapie. D’octobre 2016 à janvier 2017, ce projet proposait aux victimes 13 ateliers d’art-thérapie. Une aide qui a été utile comme nous l’explique Emmanuelle Cesari, porteuse du projet, « les personnes victimes des attentats reviennent vers nous en ce moment et jusqu’à ce qu’elles n’en aient plus besoin, car nous dispensons des suivis art-thérapeutiques gratuits ».

Si pour Sabrina Luque, art-thérapeute, cette pratique « s’adresse à chacun », pour Emmanuelle Cesari, également art-thérapeute : « l’art est un apport spécifique dans le soin des personnes traumatisées qui ont subi l’effroi, qui fait que la parole n’existe pas. Les thérapies classiques sont basées sur la parole, le propre de l’être humain. Dans le traumatisme, la personne a été déshumanisée, elle a perdu la parole donc elle s’exprime par l’art pour retrouver peu à peu la parole et son humanité ». Catherine, 37 ans, s’est mise à la peinture pour extérioriser. Elle fait partie des victimes psychiques : « la peinture a été salvatrice. C’était un exutoire, une façon d’extérioriser ce que j’avais enfoui au fond de moi. Chose que je ne réussissais pas à faire par la parole » explique-t-elle dans un entretien avec Grazia.

« La production artistique permet de s’exprimer autrement que par la parole »

« Le propre du traumatisme est de figer le passé qui ressurgit en reviviscence dans le présent » confie Emmanuelle Cesari. C’est ce blocage dans le passé qu’il convient de surmonter dans toute thérapie, pour reprendre vie. Mais « la production artistique permet de s’exprimer autrement que par la parole (dessin, la peinture, l’écriture, le théâtre, le modelage, la musique, etc.) » nous explique Sabrina Luque.

Selon Sabrina Luque, « il existe de nombreuses méthodes en art-thérapie [mais] de manière générale, c’est l’aspect cathartique de l’art qui est principalement utilisé ». Elle, pratique l’art-thérapie évolutive : « une séance comporte une phase de production, d’analyse et de transformation d’une œuvre ». Alors que le patient libère ses émotions par le biais de cette production, il fournit des informations conscientes et inconscientes qui permettent de comprendre la situation bloquante. « Le langage de l’inconscient étant le symbole, l’art-thérapeute accompagne le patient à transformer symboliquement sa production artistique », permettant ainsi de faire évoluer le patient sur le plan inconscient ».

Emmanuelle Cesari nous confie que tout traumatisme entraine un deuil, « le principal deuil à faire dans les attentats est celui de la culpabilité du survivant ». Un chemin qui peut se faire par l’art-thérapie quand les maux dépassent les mots.

Attentats du 13 novembre : la mémoire des Montpelliérains à l’étude

Comment les attentats du 13 novembre ont-ils marqué les français ? Mille personnes participeront à des entretiens filmés 12 ans durant à Paris, Caen, Metz et Montpellier. Objectif : étudier l’articulation entre mémoires collective et individuelle.
Catherine Gandubert, coordinatrice du programme pour l’INSERM de Montpellier, où vient de s’achever la seconde phase du programme, a répondu à nos questions.

A Montpellier, 85 personnes ont été interrogées dans le cadre du programme de recherche 13-novembre. Comment ont-elles été sélectionnées ?

L’échantillon n’ayant pas pour but d’être représentatif de la société française, les enquêtés ont été recrutés sur la base du volontariat. Le seul critère de sélection était d’être stable géographiquement afin de pouvoir participer aux prochains entretiens prévus en 2021 et en 2026.

Trois ans après les faits, ressentez-vous encore de l’émotion chez les personnes interrogées ?

La première phase s’est déroulée six mois après les attentats du 13 novembre. L’émotion était palpable. Elle l’était encore il y a quelques semaines lorsque j’ai participé aux entretiens de la deuxième phase à Caen. Beaucoup de gens étaient submergés par l’émotion, avaient des trémolos dans la voix. A Montpellier, c’est un peu moins le cas. Peut-être parce que c’est la ville la plus éloignée de Paris parmi les participantes au programme.

Globalement, comment les personnes interrogées à Montpellier ont-elles réagi suite aux attentats ?

Il y a eu des réactions assez différentes. Pour certains, continuer à vivre normalement et faire preuve de solidarité sont des signes de résistance face au terrorisme. D’autres ont eu peur de sortir de chez eux pendant quelques jours, puis ont repris leurs habitudes une fois la tempête médiatique autour de l’évènement achevée.
Chez une minorité des enquêtés, c’est le pessimisme qui l’emporte. Au point de regretter d’avoir donné naissance à un enfant dans le monde actuel par exemple.
On a même eu quelques réactions de personnes qui avouent se méfier désormais lorsqu’elles croisent une femme voilée.

Quelles observations sur la mémoire avez-vous pu faire au cours des deux premières phases ?

On a plusieurs réponses qui ont évolué entre les deux phases. Notamment quand on demandait aux gens quels événements leur rappelaient le 13 novembre 2015.
Six mois après, on avait droit à un listing précis des attentats précédents. Ils citaient Charlie Hebdo ou le 11 septembre 2001. Aujourd’hui, les enquêtés évoquent une “vague d’attentats”. Ils ont du mal à reconstituer la chronologie des événements et se plaignent de leur mémoire.
Je vois ça comme mise à distance et une volonté de se protéger face à l’horreur.

Le programme doit durer encore 10 ans. Qu’espère t-on apprendre à son issue ?

L’étude est très large mais parmi ses points saillants figure notamment la question de la mémoire flash. Il s’agit de voir si les enquêtés se souviennent des circonstances précises dans lesquelles ils ont vécu un événement.
On cherche aussi à comprendre pourquoi on retient un événement plutôt qu’un autre et comment s’articulent mémoires individuelle et collective.

Quand disposerons-nous des premières conclusions scientifiques ?

C’est un projet pluridisciplinaire titanesque qui va occuper la recherche pendant des décennies. Pour l’heure, nous en sommes à l’analyse statistique de nos échantillons et aux retranscriptions des entretiens filmés lors de la première phase.

Plus d’informations sur : www.memoire13novembre.fr

Paris – Témoignages et images

Il aurait pu s’agir d’un samedi matin comme un autre. Paris se réveille, les passants pressent le pas à un mois de Noël, en quête du parfait cadeau avant la cohue. Au coin de la rue Alibert et de la rue Bichat, dans le 10ème arrondissement, il n’en est rien. Le temps est arrêté, et semble repartir de nouveau. Au rythme des larmes, des bougies allumées et des fleurs déposées, les promeneurs mènent une drôle de danse. Même dessin place de la République, à quelques centaines de mètres de là. Deux semaines après les attentats du 13 novembre, le Tout-Paris se recueille, capture le moment et témoigne.

Témoignages en mots et en images, entre recueillement et pensées des passants.

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Attentats: Montpellier est Paris

Samedi 14 novembre en fin d’après-midi, environ 3 000 personnes étaient présentes au rassemblement sur la place de la Comédie. C’est avec émotion que les Montpelliérains ont rendu hommage aux Parisiens, meurtris après l’horreur de l’attentat survenu ce vendredi 13. L’événement créé sur les réseaux sociaux, a réuni aussi bien les citoyens connectés que les passants qui se sont joints au mouvement.

-25.jpgJeanne, avec ses deux enfants, distribue des bougies autour de la fontaine des Trois Grâces. Originaire de la banlieue parisienne elle se sent particulièrement touchée : « Il faut rester solidaires, unis et faire attention aux amalgames. Je n’ai qu’un seul mot à la bouche : solidarité ». Un peu plus loin, un jeune homme arrive en skateboard et dépose un sac de bougies au pied de l’Opéra. Christopher, l’un des meneurs du rassemblement, lui, est allé acheter des bougies dans un commerce juste à côté. Il les distribue dans la foule, qui se les transmet de mains en mains. La place de la Comédie baigne alors dans une lumière sombre et douloureuse. L’heure est au recueillement.

« J’ai pleuré pour les familles, la liberté, la France. »

Les jeunes sont venus en masse ce soir. Parmi la foule, Eve, 23 ans, brandit une pancarte « Je suis Paris » et exprime son émotion: « Quand j’ai appris ce qui s’était passé hier soir, j’ai littéralement fondu en larmes. J’ai pleuré pour les familles, la liberté, la France. » Calypso, 19 ans, bougie à la main, elle, est en colère : « J’ai une grosse boule au ventre. Je suis à la fois bouleversée et dégoûtée. Tout de suite j’ai été révoltée, je me suis dit il faut qu’on réagisse. »

Pour la jeune fille, réagir, ce n’est pas seulement se rassembler, c’est bien plus que ça, elle fait appel au gouvernement, aux chefs d’Etat qui doivent agir, même si elle ne sait pas très bien comment. Gengis dit n’avoir plus confiance dans le dispositif de sécurité mis en place par l’Etat : « C’est encore arrivé, alors qu’on a un plan Vigipirate, on voit bien que ça change rien. » Mais même si la peur se fait ressentir, comme l’exprime Eve qui dit avoir « vraiment très peur », la jeunesse sait de qui elle doit véritablement avoir peur. Pour Gengis , « ça crée une peur de l’autre, mais il ne faut pas tout confondre. »

« Il n’y avait rien de calculé, c’est le cœur qui parlait. »

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Même si le rassemblement a été annoncé sur Facebook et Twitter par la ville de Montpellier Méditerranée Métropole, ce sont des inconnus qui se sont improvisés meneurs du rassemblement. Personne n’a voulu prendre de micro ce soir, aucune personnalité politique n’est intervenue afin d’éviter toute récupération.

Eric, Stéphane, Christopher et Ismaël, qui ne se connaissaient pas avant ce soir, ont scandé les slogans improvisés tels que « Ils ne gagneront pas, ce soir la France est là ! » ou encore « On a pas peur on a un cœur ». « Il n’y avait rien de calculé, tout était spontané. On s’est rassemblé autour des bougies. », témoigne Stéphane. Ismaël, le plus jeune des meneurs décide de placer les bougies en forme de tour Eiffel, de cœurs et en écrivant PARIS. Il fait appel à un homme parmi la foule : « Toi qui a de la voix, tu veux pas trouver un truc à dire ? » Stéphane commence avec « Non aux amalgames ! » Le slogan est efficace, la foule scande ces trois mots, qui résonnent sur la place de la Comédie.

À plusieurs reprises la foule chante la Marseillaise qui se termine par des applaudissements. Un citoyen lance Imagine de John Lennon, alors qu’au même moment au Bataclan un autre joue la mélodie au piano. Montpellier et Paris réunis en musique: «Imagine there’s no countries, It isn’t hard to do, Nothing to kill or die for, No religion too, Imagine all the people, Living life in peace…»[[ Imagine qu’il n’y a aucun pays, Ce n’est pas dur à faire, Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir, Aucune religion non plus, Imagine tous les gens,Vivant leurs vies en paix..]].

À la fin du rassemblement, les gens forment une ronde, puis déposent leurs bougies au sol autour des drapeaux français et dessins d’enfants. Une femme s’exclame : « Bravo à la jeunesse, bravo et courage à vous ! » en brandissant son drapeau bleu blanc rouge. Et Gengis ajoute: « Nous si on est là c’est pour tout ce qui se passe partout dans le Monde. »

Charlie Hebdo : les kiosques de Montpellier dévalisés en moins de 5 minutes

Une semaine jour pour jour après l’attentat contre Charlie Hebdo, l’hebdomadaire satirique reprend du service. Un tirage exceptionnel de 3 millions d’exemplaires… et déjà des ruptures de stock dans toute la France, y compris dans la capitale languedocienne.

33 exemplaires vendus en moins de 3 minutes

Il fallait se lever tôt pour obtenir le précieux sésame. Très tôt. La majorité des kiosques vendant le numéro de Charlie Hebdo daté du 14 janvier 2014 a été en rupture de stock en moins de 5 minutes. « J’ai eu 33 exemplaires ce matin et je les ai vendus en même pas 3 minutes » s’étonne Mme Moreno, buraliste et vendeuse de journaux au Powow, situé 4 bis boulevard Pasteur à Montpellier.

Un approvisionnement constant pendant 15 jours

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Partout, des files interminables de quidams venus acheter le numéro du journal satirique arborant une nouvelle caricature de Mahomet en Une. Mais peu de chanceux pour beaucoup de décus. « Passez demain matin à 7h30, heure d’ouverture de mon bureau de tabac et vous verrez. Ce sera comme aujourd’hui, des dizaines de personnes voulant acheter un numéro de Charlie Hebdo« . Il n’y a pourtant pas de quoi s’inquiéter. L’approvisionnement du canard continuera à flux régulier pendant 15 jours. Il est même possible de le réserver à l’avance. « Les gens qui n’ont pu avoir de numéro m’ont passé commande. J’ai trois feuillets d’environ 30 commandes chacun » affirme la buraliste qui, exceptionnellement, ne tire aucun profit de la vente du canard.

Des violences verbales déplorées

Mme Moreno s’indigne que certains de ses amis buralistes aient été agréssés verbalement : « Je n’avais jamais vu ça. Les gens sont fous avec cette histoire. Il faut que ça s’arrête » s’indigne-t-elle, ravie que les gens soient restés relativement calmes dans sa boutique.

Charlie Hebdo décimé !

Le siège parisien du journal Charlie Hebdo situé au 10, rue Nicolas-Appert dans le 11è arrondissement de la capitale a subi une attaque armée mercredi 7 janvier aux alentours de 11h30. Deux hommes cagoulés ont fait feu à de nombreuses reprises dans les locaux du journal satirique alors que journalistes et dessinateurs étaient réunis en conférence de rédaction. Une voiture de police a également essuyé des rafales d’armes automatiques de type Kalashnikov après avoir pris en chasse le véhicule des deux hommes.

« Un acte d’une exceptionnelle barbarie »

Le premier bilan provisoire est extrêmement lourd : 12 morts dont deux policiers et 4 blessés dans « un état d’urgence absolue » (François Hollande). Les célèbres dessinateurs Jean Cabut, alias Cabu, Bernard Verlhac, alias Tignous, Stéphane Charbonnier, alias Charb, et Georges Wolinski font partie des victimes décédées (source judiciaire/AFP).

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Le chef de l’Etat, accompagné du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et de la maire de Paris Anne Hidalgo, s’est rendu sur place une heure et demie seulement après les événements et a évoqué « un acte d’une exceptionnelle barbarie » dans lequel journalistes et policiers ont été « lâchement assassinés« . Et de rajouter que « La France est aujourd’hui devant un choc, devant un attentat terroriste« . Le Premier ministre Manuel Valls a quant à lui relevé à son plus haut niveau (« alerte attentats ») le plan vigipirate en Île-de-France. Le chef du gouvernement a également « activé la cellule interministérielle de crise et a confié la conduite opérationnelle au ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve« . Le soir, dans une allocution télévisée exceptionnelle, François Hollande a décrété une journée de deuil national jeudi 8 janvier : »Il y aura à 12 heures un moment de recueillement dans tous les services publics et j’invite toute la population à s’y associer » a annoncé le Président de la République en ajoutant que les drapeaux français seront en berne pendant 3 jours. Il a également précisé que, dans une volonté d’unité nationale, »les chefs des deux assemblées ainsi que les forces représentées au Parlement » seront convoqués jeudi. Il a conclu son intervention en affirmant que « la liberté sera toujours plus forte que la barbarie« .

« On a vengé le prophète Mohammed, on a tué Charlie Hebdo »

Si l’identité des deux hommes qui sont toujours très activement recherchés par la police reste inconnue, une vidéo amateur disponible sur Internet laisse penser qu’il s’agirait de deux islamistes radicaux. Dans cette brève séquence, on entend clairement et distinctement l’un des deux hommes crier « on a vengé le prophète Mohammed, on a tué Charlie Hebdo« . Si les véritables motivations des deux terroristes ne sont pas encore connues, ces dernières ne vont pas sans faire écho aux menaces qu’avaient essuyé la rédaction de Charlie Hebdo suite à la parution des fameuses caricatures du prophète Mahomet en 2006. Dans une interview accordée au Monde en 2012, Charb déclarait « qu’il fallait continuer à se moquer de l’islam jusqu’à ce qu’il soit aussi banalisé que le catholicisme » tout en revendiquant : « je préfère mourir debout que vivre à genoux« . Ces mots ont aujourd’hui une résonance tragique.

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Frédéric Sautereau, une autre vision du 11 septembre

Dans le cadre de l’année des Etats-Unis à Montpellier, le Pavillon Populaire accueille, du 15 juillet au 3 octobre 2010, l’exposition photographique « Un rêve américain ». A travers les travaux de photographes européens et américains, le collectif Transit propose au public d’aller à la rencontre de l’Amérique d’aujourd’hui et de s’interroger sur la manière dont on la montre et dont on la regarde. L’exposition convie notamment à découvrir le hors champ de certains des évènements les plus médiatisés de la planète. C’est le cas du travail de Frédéric Sautereau : il a photographié le visage d’un New York post-attentat qui découvre ses propres ruines… Hautcourant est allé à sa rencontre.

Photographe indépendant, Frédéric Sautereau mène des projets en marge de l’actualité, ou la prend à contre-pied. De New York à la Nouvelle-Orléans en passant par Haïti, il a toujours pris du recul avec l’histoire en marche et essayé de la montrer… autrement.

Pouvez-vous décrire votre démarche à New York ?

Je me suis rendu à New York une dizaine de jours après les attentats, vers le 19/20, dès que les aéroports ont été rouverts. Je n’avais pas réfléchi à mon angle avant de partir, mon idée était de faire un travail sur la zone de sécurité autour des tours, une zone interdite, de non-droits.

A mon arrivée, à Grand Zero, de nombreux New-Yorkais venaient contempler l’amas de ruines pour la première fois. J’ai donc fait le portrait de ces personnes, très silencieuses, en position de se recueillir devant un espace vide. Personne ne parlait, les échanges étaient rares, il n’y avait pas de circulation, tout était très silencieux, contrairement à d’habitude. C’est ce qui m’a touché. Je fonctionne comme cela, à l’instinct. Je m’imprègne de ce qui se passe. J’effectue mon travail en réaction à ce que je vois.

Comment ce travail a été reçu ?

Cette série a été plutôt bien accueillie et bien publiée à mon retour car elle répondait au besoin d’un regard décalé sur l’évènement. Une vingtaine de jours après le drame, les journaux voulaient autre chose que les photos d’avions impactant dans les tours… A ce moment-là, apparaissaient des questionnements, des papiers plus approfondis.

Avez-vous souvent cette démarche ?

J’ai eu la même démarche en allant à la Nouvelle-Orléans un mois après Katrina. Je voulais également travailler sur l’aspect zone interdite, mais sans idée réellement déterminée. Une zone interdite avait été en effet créée au centre de la Nouvelle Orléans, les maisons étaient interdites d’accès par les policiers pour raisons de sécurité et pour éviter les pillages.

A mon arrivée, ce qui m’a marqué était les inscriptions. Chaque maison portait une inscription laissée par les secouristes avec la date de passage, le type de secours apporté et le nombre éventuel des morts trouvés. Je trouvais cela très intéressant, cela répondait à la polémique sur l’arrivée plus ou moins rapide des secours. J’y ai donc fait le portrait des maisons qui avaient été noyées sous l’eau, très dégradées ou complètement détruites.

C’est une manière de réfléchir en essayant de trouver quelque chose d’un peu différent pour montrer l’évènement.

Avec la concurrence des agences filaires, un photographe indépendant est-il là pour amener plus de réflexion ?

Quand on ne fait pas d’actu, on est obligé de se positionner autrement. C’est aussi ce qui m’intéresse : travailler différemment. Personnellement, j’ai toujours privilégié les travaux sur le long terme, même si c’est souvent lié d’une façon ou d’une autre à l’actualité. Et, je ne m’interdis pas non plus de travailler sur l’actualité. Je l’ai fait en Haïti par exemple pour Libération. Ma démarche est plus de construire une histoire, sur quelques jours, sur le thème de l’actualité en question. Je réfléchis à montrer ce qui est important dans cette actualité.

Un photographe indépendant n’a pas de contraintes. Je suis libre de mon propos, de prendre du recul. Cela me permet de dire ce que j’ai envie de dire. Par exemple, si j’avais été en commande pour Katrina, je n’aurai pas pu faire uniquement le portrait des maisons. La presse aurait voulu des visages.

Sur le terrain comment comment transmettez-vous vos photographies ?

En Haïti, par exemple, c’était très compliqué. C’est une question d’organisation. Certes cela peut paraître déplacé par rapport à l’évènement, mais le premier problème qui se pose est un problème de logistique : où va-t-on se loger, où va-t-on mettre ses affaires en sécurité et où va-t-on transmettre ? Petit à petit, j’ai pu être logé dans des hôtels qui n’ont pas été touchés, et où il y avait une connexion Internet. A l’attention des journalistes, un réseau Internet a été rapidement mis à disposition gratuitement.

Comment travaillez-vous avec la presse ?

Je suis photojournaliste depuis une quinzaine d’années. Et, depuis le début, la presse n’a jamais été partenaire de mon travail personnel. J’ai toujours eu peu de commandes, et aucune sur mon travail personnel et sur les projets que je souhaitais monter. Donc, j’ai toujours eu la démarche de produire moi-même mon travail.

Et avec les ONG ?

Par nécessité, je me suis tourné vers des partenaires hors presse. Et, naturellement, sur les terrains sur lesquels je travaillais, je croisais souvent des ONG. Soit, j’essayais qu’elles me commandent des travaux, soit, qu’elles m’apportent une aide logistique, sur la base d’un échange. Par exemple, l’ONG met à ma disposition un véhicule, avec un chauffeur qui me sert d’interprète pendant quinze jours. Et, en échange, je lui laisse les photographies que j’ai réalisé pour ses besoins de communication. Sachant qu’un véhicule avec un chauffeur, pendant quinze jours, vaut facilement 3 à 4 000 euros. Ce n’est donc pas négligeable. S’allier avec les ONG, c’est aussi la possibilité d’un hébergement sur des territoires où il n’y en a pas forcément. Ce n’est pas quelque chose que je systématise mais c’est l’une des choses que je privilégie.

Des projets en cours ?

Je travaille depuis plus d’un an sur le Hamas, suite à l’intervention terrestre d’Israël en janvier 2009 dans la Bande de Gaza. Il n’est pas terminé mais il sera normalement projeté à Visa en septembre.

Recueilli par Julie DERACHE

 En préambule à l’exposition, vous pouvez voir quelques clichés de ce reportage ici et venir ensuite les découvrir au Pavillon Populaire dès le 15 juillet.

 Hautcourant vous invite également à découvrir le travail de Frédéric Sautereau sur Katrina : «New Orleans : Forbidden zone»

Le nationalisme hindou, une menace pour les chrétiens indiens ?

En Inde, la communauté chrétienne est la cible d’attaques perpétuées par des extrémistes nationalistes hindous partisans d’un pays hindouiste. Les violences sont telles que le Vatican appelle au calme et la communauté internationale demande au gouvernement central de résoudre le conflit entre les communautés.

Le 23 août 2008, Swami Laxmanananda Saraswati, dignitaire du Conseil Mondial Hindous et membre du parti politique, le Vishwa Hindu Parishad (VHP) est assassiné dans son ashram de Tumudibandha, avec quatre de ses proches. Âgé de 85 ans, Swami Laxmanananda Saraswati était connu pour son engagement contre les conversions d’Indiens au christianisme.

L’enquête policière conclut à un acte terroriste de la part des rebelles maoïstes, très actifs dans la région. Mais les extrémistes hindous accusent ouvertement les chrétiens d‘avoir tué un de leur représentants religieux. Débute alors une série d’incendies orchestrés par les nationalistes hindous à Orissa. Ils causent la mort de 35 personnes et détruisent 41 églises et des centaines de maisons appartenant à des chrétiens. Des attaques de plus en plus brutales et déterminées qui entraînent l’exil de milliers de villageois qui ont trouvé refuge dans les commissariats ou les forêts avoisinantes.

Un Pape à la rescousse

Le soutien du Pape Benoit XVI a donné une bouffée d’oxygène à la communauté chrétienne du pays, «Les propos du pape attirent l’attention du monde sur les problèmes d’une minorité qui ne peut pas se défendre seule» a déclaré le père Dominic Emmanuel, porte-parole du diocèse de Delhi. Les chrétiens ne se sentent plus totalement isolés et savent que la communauté internationale a appelé le gouvernement fédéral indien a sécurisé la région d’Orissa et les autres régions du pays pouvant être atteintes par des émeutes d’extrémistes.

Toutefois, le clergé catholique d’Inde n’en est pas à sa première attaque contre sa communauté. En 1999, le missionnaire Graham Staines est brûlé vif avec ces deux fils à Orissa. Plus récemment, à Karnataka, une cinquantaine d’hindous ont tenté de brûler la maison d’une famille catholique. Ces derniers ont été reçus par une escouade paramilitaire. Deux pasteurs et six paroissiens chrétiens ont tout de même été blessés lors de ces émeutes. Selon le quotidien Times of India, « sept églises et lieux de culte, ainsi qu’une maison de convertis, ont été mis à sac ».

L’année 2007 a été la plus meurtrière. L’Association de défense des chrétiens de New Delhi dénombre des centaines d’attaques contre leur communauté. Fin 2006, la ville d’Orissa a vu mourir cinq personnes assassinés par les extrémistes et deux-cent églises catholiques ou protestantes détruites.

Le 3 octobre 2008, jour de la commémoration du 139ème anniversaire Mahatma Gandhi, des centaines de chrétiens ont manifesté dans les rues de la capitale, New Delhi pour demander que cesse les violences à leur encontre à Orissa et Karnataka. La plupart, munis de pancartes aux slogans évocateurs : « Arrêtez de tuer des chrétiens innocents en Inde » ou « Nous devons vaincre la violence ».

Les principaux responsables

Malgré la loi admettant la liberté de religion dans la Constitution Indienne, deux partis politiques tirent leur épingle du jeu. Le Vishwa Hindu Parishad (VHP Association hindoue universelle) et le parti politique Bharatiya Janata Party’s (BJP Parti du peuple indien) prônent la suprématie des hindous et n’hésitent pas à soutenir des campagnes antichrétiennes pour emporter les élections.

Cette politique fonctionne. En 2007, le BJP a remporté quatre états indiens battant de loin le parti du Congrès (parti laïque et centriste indien). L’idéologie nationaliste hindoue appelée hindutva s’oppose au conversion au christianisme des dalits (les intouchables), des basses castes et les membres de tribus.

Suite à l’appel des chrétiens lors de la manifestation d’octobre dernier à New Delhi, la communauté internationale a appelé le Premier Ministre Manmohan Singh à mettre en place des mesures pour lutter contre les violences antichrétiennes. Malgré les centaines d’arrestations opérées par la police, tous se tournent vers la présidente Pratibha Devisingh Patil, qui doit intervenir au plus vite avant que la situation ne devienne incontrôlable.