Redoine Faïd : nos prisons sont-elles suffisamment sûres ?

L’évasion de Redoine Faïd a remis en cause la sécurité au sein des établissements carcéraux.

À quand la prochaine ? Après son évasion de prison le 1er juillet dernier, le criminel de 46 ans a été interpellé le 3 octobre dernier dans son fief de Creil (Oise) avec sept autres personnes, dont une majorité issue de sa famille. Redoine Faïd, condamné en appel à vingt-cinq ans de prison de réclusion criminelle pour son rôle « d’organisateur » dans un braquage qui avait coûté la vie à une policière en 2010, s’était évadé du centre pénitentiaire de Réau (Seine-et-Marne) par hélicoptère. Déjà en 2013, il s’était échappé de la prison de Lille-Sequedin après avoir pris en otage plusieurs surveillants.

Le multirécidiviste a été incarcéré à la maison centrale de Vendin-le-vieil (Salah Abdeslam y est emprisonné), dite une des plus sécurisées de France. Mais qu’entend-on par plus sécurisée ?

La forteresse Vendin-le-Vieil

La maison centrale de Vendin-le-Vieil dans le Pas-de-Calais est considérée comme l’une des plus sures du pays. Selon Jocelyn Defawe, responsable des relations presse à la Direction de l’administration pénitentiaire, « le niveau de sécurité est plus important dans les maisons centrales de Vendin-le-Vieil et Condé sur Sarthe que pour des établissements plus classiques ».

D’abord, il explique qu’il y « a trois fois plus d’agents que de détenus. Un ratio très élevé comparé aux Maisons d’arrêt ou mêmes d’autres établissements pour peines. » Des agents habitués à revêtir casques et combinaisons pare-coups, pour servir le repas à certains détenus en quartier disciplinaire.

L’accès à la prison est ultra-sécurisé. Un premier barrage «  vérifie l’identité de tous les visiteurs ; ceux-ci franchissent ensuite le premier grillage, puis traversent le fossé et le glacis qui précèdent  le double mur d’enceinte, explique Jocelyn. Ensuite, il y a la zone neutre, troisième mur virtuel, avec sa barrière  infrarouge et hyperfréquence, puis les grillages surmontés de concertinas, près de 400 caméras et un filin anti- hélicoptère qui couvre toute la surface du centre. » Un filin absent à la prison de Réau, d’où l’évasion par héliportage de Rédoine Faïd.

Maisons d’arrêt et établissements pour peines

En France, il existe plusieurs types de prison. D’un côté les maisons d’arrêt, à l’instar de celle de Villeneuve-lès-Maguelone dans l’Hérault. Celles-ci regroupent les prévenus en attente de leur procès, ainsi que les derniers condamnés à de longues peines d’au moins deux années. Par ailleurs, les maisons d’arrêts sont les plus touchées par la surpopulation (taux d’occupation moyen de 130%). De l’autre côté, on distingue les établissements pour peines (voir ci-dessous), dans lesquels se trouvent par exemple les maisons centrales. Ces dernières abritent les détenus les plus dangereux avec un accès renforcé à la sécurité.

Les prisons floutées sur Google Maps

La Garde des Sceaux Nicole Belloubet n’est pas restée insensible à cette affaire. Si elle préfère tempérer en soulignant que ce « genre de phénomènes sont peu nombreux », la ministre constate la « surpopulation », les « problèmes de dispositifs d’urgence » et le manque de réactivité au sein des établissements pénitentiaires.
Ce mercredi, Google a accepté la demande de la ministre de flouter les prisons sur Google Maps. Pour éviter que d’autres se la jouent Prison Break

 

À SAVOIR : 

En France, il existe 99 maisons d’arrêt (pour les peines courtes et les détentions provisoires) et 85 établissements pour peines. On distingue parmi ces derniers : 
- 25 centres de détention. Ils accueillent des détenus présentant les meilleures perspectives de réinsertion sociale. À ce titre, les centres de détention ont un régime de détention principalement orienté vers la resocialisation des détenus.
- 6 maisons centrales. Elles reçoivent les détenus les plus dangereux. Le régime de détention de ces prisons est essentiellement axé sur la sécurité.
- 11 centres de semi-liberté. Ces derniers sont destinés à accueillir des détenus bénéficiant d’un aménagement de peine dans le cadre duquel ils jouissent d’horaires de sorties fixés par le juge. 
- 43 centres pénitentiaires. Ceux-ci sont des établissements de grande taille abritant au moins deux quartiers caractérisés par des régimes de détention différents : un centre pénitentiaire peut ainsi regrouper une maison d’arrêt, un centre de détention et/ou une maison centrale. Réau est un centre pénitentiaire.

 

Nouveau report pour les cellules individuelles dans les prisons

La généralisation des cellules individuelles dans les prisons françaises ne rentrera pas en vigueur cette année. Initialement prévu pour le 25 novembre 2014, l’encellulement individuel ne sera effectif qu’en 2018. Un nouvel atermoiement pour cette mesure actée en 2009.

Le 1er octobre dernier, la Garde des Sceaux, Christiane Taubira présentait le nouveau budget de la Justice dans le cadre du projet de loi de finance 2015. Elle a notamment fait état du report que se verrait accorder l’Etat sur la généralisation de l’encellulement individuel dans les prisons françaises.
Prévue dans la loi pénitentiaire de 2009, la mesure devait entrer en vigueur avant le 25 novembre prochain. Dans l’impossibilité d’appliquer ce droit avant la fin novembre, l’Etat reporte une nouvelle fois l’application de l’encellulement individuel à 2018.

Cette mesure vise à permettre aux détenus de bénéficier de conditions de détention plus saines, en se protégeant des antagonismes que produit la prison. Si aujourd’hui, un détenu peut en faire la demande auprès de l’administration pénitentiaire, ce droit n’est pas garanti, malgré la loi.
Dans un avis rendu le 24 avril dernier, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), Jean-Marie Delarue, estimait que l’encellulement individuel constituait «une garantie de la réinsertion ultérieure». Il concourt à offrir «à chaque personne incarcérée, un espace où elle se trouve protégée d’autrui et où elle peut donc préserver son intimité et se soustraire aux violences et aux menaces des rapports sociaux en prison ».
L’une des principales raisons de ce report s’explique par le nombre insuffisant de places en prison en comparaison du nombre de détenus.

Des prisons surpeuplées

La surpopulation dans les établissements pénitentiaires ne permet pas la réelle effectivité d’une telle mesure. Au 1er octobre 2014, la France disposait de 58 054 places pour 66 494 détenus. Une situation compliquée tant pour les détenus, entassés dans les cellules, que pour le travail quotidien des surveillants de prisons.

A l’inverse des maisons centrales, les maisons d’arrêt sont les plus concernées par cette surpopulation. Mêlant les détenus condamnés à de courtes peines et les prévenus en attente de jugement, le problème actuel semble bien loin d’être résolu.
Sans comptabiliser les cellules partagées par plusieurs détenus, le ministère de la Justice dénombrait ainsi 1 046 matelas au sol au 1er octobre.
De fait, une telle promiscuité rend la situation des établissements pénitentiaires d’autant plus terrible que cette mesure est inscrite dans la loi depuis la fin du XIXeme siècle.

Une mesure datant de 1875

Le principe de l’encellulement individuel a été voté dans une loi remontant au 5 juin 1875. Le but recherché s’incarnait différemment de celui d’aujourd’hui. À l’origine, l’usage de la cellule unique visait à mettre le condamné face à lui-même, à ses actes et à Dieu selon un processus de contrition.
Aujourd’hui, si le respect de la dignité humaine prévaut, les nombreux reports de cette mesure démontrent le manque de considération des responsables politiques face au réel problème que constituent les conditions de détention.
Depuis quinze ans, l’application de l’encellulement individuel dans les prisons françaises est l’objet d’un quatrième report, après 2000, 2003, 2009 et 2014. «Il faut, enfin, appliquer cette loi. C’est une priorité absolue, un dossier d’actualité immédiate», prévenait le président de la Commission des lois, Jean-Jacques Urvoas dans Le Point du 29 août 2014. Interpellant régulièrement les ministres de la Justice sur ce point, Jean-Jacques Urvoas anticipait une nouvelle déconvenue : «Je ne veux pas de report ni de nouveau palliatif pour ce texte».

Ciné débat sur les prisons au Kalaj

Reportage sur le ciné débat organisé samedi dernier au Kalaj. A l’initiative du Genepi, la soirée s’est découpée en deux parties : la diffusion du film « enfermés Vivants » (http://cine2000.org/enfermesvivants.html) réalisé par Felix Gonzalez et un débat sur les prisons en France.

Soirée ciné-débat au Kalaj by Hautcourant on Mixcloud

Bernard Allemand, « Nous écoutons, mais ne jugeons pas »

Bernard Allemand est le président d’AVISO (Association montpelliéraine pour la Visite et le Soutien des détenus et de leurs familles). Cette association de visiteurs, réoriente son action vers les familles des détenus en 1992 lors du transfert de la maison d’arrêt à Villeneuve-lès-Maguelone.

Haut Courant : Comment accueillez-vous les proches d’un détenu ?

Bernard Allemand : Premièrement, avec AVISO, nous sommes à l’écoute. Nous les accueillons pendant nos permanences qui ont lieu tous les jours au parloir de la maison d’arrêt. Nous leur donnons un livret d’accueil qui précise toutes les conditions matérielles de détention et ce qu’ils peuvent amener aux détenus. Il répond à des questions récurrentes : quels sont les horaires d’ouverture du parloir, que puis-je amener comme linge,… Chacun est un cas particulier qu’il faut soutenir dans ces moments difficiles. Nous écoutons mais nous ne jugeons pas.

HC : Comment devient-on bénévole ?

BA : Quand nous recevons des personnes intéressées par nos actions, nous passons une sorte d’entretien afin de développer leurs motivations. Ensuite, nous proposons une formation initiale à l’écoute dispensée par un organisme spécialisé. Nos activités sont centrées à 20% sur l’aide aux détenus, avec les visiteurs de prison et les différentes activités que nous proposons, et à 80% sur l’accueil des familles. Nous organisons aussi tout au long de l’année des journées de formation et de réunion, toujours centrées sur l’écoute. Cela nous permet de réfléchir sur les problèmes rencontrés par les bénévoles et d’y répondre. C’est vraiment la pratique qui permet de mieux comprendre les situations rencontrées par les familles, mais aussi par les détenus. Etre bénévole est un engagement qui demande une certaine assiduité et du sérieux dans la démarche.

HC : Quelles sont vont relations avec l’administration pénitentiaire ?

BA : Tout d’abord elle nous loge. Nous avons un local d’accueil au sein même de la prison. Nous avons des contacts quotidiens principalement avec les surveillants. Ce sont eux qui vérifient les autorisations pour entrer dans la maison d’arrêt. Là-bas, les détenus sont nourris, logés, chauffés et soignés. Ils doivent sortir en aussi bonne santé que quand ils sont entrés. Avec notre association nous apportons tout autre chose : l’écoute. Mais tout cela va bientôt changer. L’administration pénitentiaire a modifié sa perception de l’accueil des familles et des détenus. Le gouvernement va donc engager des sociétés privées prestataires de services pour accompagner les détenus et les familles. Elles vont ainsi alléger le travail des fonctionnaires en organisant les horaires de parloir par exemple. C’est dans la logique de la diminution du nombre de fonctionnaires.

HC : Quelle place occuperez-vous à la suite de cette réorganisation ?

BA : Nous ne savons pas encore, mais nous serons toujours là. Nous allons avoir des réunions avec la direction de la maison d’arrêt et les sociétés concernées, pour s’organiser ensemble et s’entendre sur la marche à suivre. Mais dans tous les cas nous conserverons notre rôle d’écoute.

Fermetures des prisons agricoles au Canada : la fin d’une époque

En février 2009, le gouvernement canadien a annoncé son désir de fermer les « prison farms », ces établissements pénitentiaires dans lesquels les prisonniers produisent eux-mêmes leur nourriture. Le dernier établissement de ce type sera mis hors-service d’ici la fin 2010. Retour sur un système pénal longtemps très répandu en Amérique du nord mais peu connu en Europe.

Dossier spécial Noël 2009

À l’approche de Noël, Haut Courant vous a concocté un dossier spécial. De la solidarité, à la religion en passant par la consommation, nous avons sillonné Montpellier et ses environs pour vous faire vivre Noël à travers de ces divers thèmes.

Épisode 1

Noël : Une liturgie à multiples facettes pratiquées par de catholiques montpelliérians

Épisode 2

Près de Montpellier, un Noël séparé par des barreaux

Épisode 3

Les livres de la hotte de Noël 2009

Épisode 5

Vos enfants sont plutôt Petshop ou boîte à musique?

Épisode 6


Noël : la ruée vers les cadeaux

Épisode 7

« >

À Montpellier, les gens du voyage parlent de Noël

Épisode 9

« >

Les hivernales de Noël : une tradition montpelliéraine

Jean-Claude Mauroux, visiteur: « la prison est un lieu de vie, on s’y attache. »

Jean-Claude Mauroux est membre de l’association Aviso Montpellier qui apporte un soutien aux détenus et à leur famille. Il est également représentant de l’Association Nationale des Visiteurs de Prison (ANVP). Ce truculent personnage, ancien syndicaliste militant n’a pas sa langue dans sa poche, quant à l’état du système pénitentiaire français. Retraité, il met sa bonne humeur, son humour et son incroyable humanisme au service de ceux qui, derrière les barreaux, en manquent cruellement. Il accueille et guide également les familles des détenus, parfois perdues dans la rigueur du système carcéral. Entre deux parloirs, entretien devant le local d’accueil des familles, à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone.

Haut Courant : Comment devient-on visiteur de prison ?

Jean-Claude Mauroux : Pour moi ce fut un peu un hasard… J’étais employé municipal à Bordeaux. Très investi dans le syndicalisme, j’ai été secrétaire national de Force Ouvrière (FO) à Paris. J’ai toujours aimé le contact humain, les luttes pour des causes justes, je suis profondément contre tout ce qui bafoue les droits de l’Homme. Bref, après avoir déménagé à Montpellier, je suis tombé sur une annonce de l’association Aviso qui cherchait des bénévoles, et je me suis lancé. C’était en 2006, depuis je n’ai pas arrêté. C’est un peu la continuité du syndicalisme. Le jeudi je fais l’accueil des familles, et je donne des cours de code le mardi. En plus de mes visites une fois par semaine aux deux détenus dont je m’occupe : Nicolas et Mohamed. Tiens regardez, vous pourriez interviewer les rats, il y en a beaucoup ici à cause des conditions d’insalubrité et de la nourriture que jettent les détenus par les fenêtres (il montre en rigolant un rat juste à quelques mètres de nous !)

HC : Pourquoi jettent-ils la nourriture, ils n’ont pas de poubelle ?

JCM : Si, mais c’est leur façon de protester contre « la gamelle ». C’est un peu spécial en prison, il y a deux façons de se nourrir, la gamelle c’est la nourriture préparée par les détenus. Pour les plus chanceux, soutenus par leurs familles, ils peuvent « cantiner ». C’est-à-dire acheter leur propre nourriture à une société privée et c’est eux qui cuisinent. L’argent est ensuite directement prélevé sur leur compte car l’agent est interdit en prison. Mais les produits sont beaucoup plus chers qu’à l’extérieur. Une bouteille de coca c’est presque 3 euros. Voilà une chose que peu de personnes connaissent et qu’il faudrait changer dans le fonctionnement interne des prisons.

HC : Justement, vous qui pénétrez dans la prison, comment sont les conditions à l’intérieur ?

JCM : La prison est surchargée. Elle a une capacité d’accueil de 593 places, et il y a environ 700 hommes dedans. Je vous laisse imaginer le reste. Ils devraient être deux par cellule, la plupart du temps, ils sont trois. La proximité, le manque d’hygiène et les rats sont souvent évoqués par mes gars. Vous savez, même en rentrant dedans, on n’est pas au courant de grand-chose. L’univers carcéral est assez opaque. Et puis je n’entre pas vraiment au cœur de la prison, je n’ai pas accès aux couloirs de détention. Nous avons des salles d’activité à notre disposition, un peu éloignées de leurs cellules. C’est sûr qu’il y aurait beaucoup de choses à améliorer mais il n’y a pas assez de moyens en France, surtout pour les prisons, et c’est un réel problème.

HC : Et les relations avec l’administration pénitentiaire ?

JCM : C’est une relation de coopération, ils ont besoin de nous et on a besoin d’eux. Tout ce qu’on fait, c’est avec leur accord. C’est très réglementé, après cela dépend des surveillants, certains sont plus rigides que d’autres. Mais dans l’ensemble, ça se passe bien.

HC : Aujourd’hui vous êtes à l’accueil du parloir. Quelle est votre mission ?

JCM : Les premiers parloirs sont toujours difficiles. Les femmes des détenus sont perdues, souvent en pleurs. Notre rôle est de les rassurer, les guider sans jamais les juger, respecter leur dignité. Leur honte aussi. C’est pourquoi l’association Aviso a construit il y a trois ans un petit espace vert pour les enfants et a demandé la mise à disposition d’un local en attendant l’ouverture des parloirs. C’est plus convivial. Une des règles du visiteur de prison, c’est de ne jamais demander ni aux détenus, ni aux familles pourquoi ils sont en prison. On leur explique le règlement : pour les condamnés c’est un parloir par semaine, et pour les prévenus cela peut aller jusqu’à trois. Seuls les détenus peuvent demander un parloir, et ils peuvent les réserver jusqu’à trois semaines à l’avance. Les familles ont le droit d’amener un sac de linge et uniquement de linge lors de leurs visites. Pas de lettre, pas de nourriture. Après on assiste parfois à de petites ruses (il se marre en apostrophant une femme justement à l’œuvre !) Comme emballer de la nourriture dans du film transparent et se la coller sur les mollets, entre les seins. Mais on ne dit rien, ce n’est pas notre rôle. Avec certaines cela devient une relation de complicité, on les voit chaque semaine. Je suis d’ailleurs impressionné par la fidélité des femmes. Il y en a qui viennent plusieurs fois par semaine, même avec leurs enfants. Il y a une grande solidarité entre elles. Les mecs ne le feraient pas ! Pour revenir à Aviso, nous sommes présents du mardi au samedi toute la journée. Il y a trois roulements. Après le parloir, les familles sont gardées en attendant la fouille totale des détenus.

HC : Racontez-nous les jours où vous endossez le rôle de visiteur.

JCM : Je vais voir Nicolas tous les mardis depuis 15 mois. Il attend les Assises depuis plus d’un an. Mohamed, lui, est là depuis 6 mois. Il sort la semaine prochaine. Au début, je ne leur demande pas pourquoi ils sont là. Nicolas me l’a confié il y a peu. Je me demande comment il en est arrivé là, c’est une suite d’évènements, de circonstances, un engrenage. Pourtant il est cultivé. J’ai une certaine complicité avec lui. Il sait parler chinois, il passe le brevet en maths et en sciences. Il écrit dans la feuille d’Hector, le journal de la prison. Je l’écoute, on parle de tout et de rien. Avec Mohamed, j’essaie plutôt de faire de la prise de conscience. C’est aussi ça notre rôle.

HC : Jamais eu de difficultés particulières avec un détenu ?

JCM : La pédophilie je n’aurais pas pu. Ca ne m’est jamais arrivé d’en refuser, même si je me souviens du cas d’un cambrioleur qui n’arrêtait pas de se vanter de ses casses. Il en était fier ! C’était impossible d’avoir une autre conversation avec lui, heureusement il a été transféré. Il y a aussi des groupes de parole mais certains ne changeront jamais, ils sont menteurs… La prison ça ne sert à rien, ça ne fait que renforcer leur conviction. Il n’y en a pas beaucoup qui vont changer.

HC : Mais alors pourquoi êtes-vous visiteur si vous ne croyez pas à la possibilité de rédemption ?

JCM : On est obligé d’y croire un tout petit peu. Il faut beaucoup d’écoute pour entendre la souffrance des autres sans la juger. J’essaye de leur apporter un peu d’air frais. Vous voyez comme je suis, j’essaye de prendre les choses avec bonne humeur, à la rigolade. Je me dis qu’on a tous une boîte à outil à la naissance et qu’ils n’ont pas choisi le bon cette fois-ci. Mais qu’on contribuera un peu à ce qu’ils choisissent le bon outil la prochaine fois. La prison est un véritable lieu de vie, un monde à part. On s’y attache.

Lire aussi Près de Montpellier, un noël séparé par des barreaux

Près de Montpellier, un Noël séparé par des barreaux

La maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone n’est qu’à 10km de Montpellier. Pourtant, les 693 détenus qui vivent derrière ces murs n’ont pas vu la ville s’illuminer et se couvrir de ses parures de Noël ; ils n’ont pas vu l’immense sapin bleu et blanc de la place de la Comédie, ni les pères Noël faire leurs apparitions au coin des rues. Alors Noël en prison, c’est juste une période comme les autres, à quelques choses près…Jeudi 26 novembre, à l’accueil de la prison héraultaise, rencontre avec les familles des détenus et des membres d’associations investis dans l’univers carcéral, en attendant l’heure du parloir.

« Un film qui permet de se laisser envahir par la magie de Noël » écrit Philippe V dans la feuille d’Hector, l’hebdomadaire écrit par des détenus de la prison. Il évoque le dernier Walt Disney, le drôle de Noel de Scrooge. Pourtant il ne verra ni le film, ni la magie de Noël. « C’est juste une période encore plus dure et déprimante pour eux» confie Cathy la femme d’un détenu qui purge une peine de 25 ans. « Pour moi c’est une période angoissante, je suis tracassée pour mon mari, et triste pour mes enfants. En même temps ça fait dix ans que c’est comme ça, donc j’ai l’habitude de fêter Noël sans lui » ajoute-t- elle avec un sourire fataliste, tout en enlevant ceinture, collier et bottes pour passer le portique de sécurité avant le parloir.

Dans la cour d’entrée de la prison, un petit espace vert et un local permettent aux familles d’attendre l’heure du parloir. Jean-Claude Mauroux, membre de l’association locale de soutien aux détenus, Aviso, et représentant de l’ANVP (Association Nationale des Visiteurs de Prison) les accueille avec bonne humeur, toujours un mot gentil et un franc « bonjour » aux uns et aux autres. Enfin plutôt aux unes, car la majorité sont des femmes, souvent très jeunes, accompagnées de leurs enfants. C’est le cas de Kelly, 20 ans, dont le mari purge une peine de 3 mois de prison. Pour lui, Noël sera symbole de liberté et de retrouvailles en famille. Il va être libéré, bientôt, le 9 décembre, « si tout va bien et qu’il ne se refait pas attraper à faire le yoyo » explique la jeune maman, qui est venue accompagnée de leur bébé de deux mois. Le monde carcéral a en effet ses codes et son vocabulaire, le yoyo consistant à faire passer des produits licites ou illicites d’une cellule à l’autre avec une corde de fortune, faite de bout de tissus ou de sacs plastiques.

La majorité des femmes de détenus n’ont pas cette chance, elles attendent fébrilement de savoir si une permission sera accordée à leur conjoint. « Plutôt rare en général, ce sont les permissions pour la réinsertion qui sont favorisées, de type entretien, formation… » confie Jean-Claude Mauroux. Deux ou trois jours maximum, pour passer les fêtes en famille, mais elles ne sauront qu’aux alentours du 12 décembre si la requête est acceptée ou pas par l’Administration Pénitentiaire. En attendant, elles réfléchissent déjà au contenu du colis. Elles sont une trentaine ce jour-là et la solidarité est évidente, certaines viennent ensemble, prennent le même bus. Aux nouvelles, elles livrent les quelques astuces pour mieux vivre cette épreuve, ou juste échanger leurs expériences. Débat autour de ce fameux colis de 5kg, rempli de victuailles de Noël, le seul autorisé au parloir excepté le sac de linge. Elles peuvent le déposer entre le 15 et le 25 décembre mais ne peut contenir que de la nourriture, pas de lettres ni de cadeaux « c’est la seule chose qui change à Noel, sinon les règles ne sont pas plus souples pendant les fêtes » explique Martine. Elle a 51 ans, et c’est déjà le troisième Noël qu’elle passe sans lui. « Comme il n’a pas été jugé, il ne peut pas avoir de permissions. Je vais lui apporter du foie gras et les plats qu’il aime et que je vais les cuisiner moi-même. ».

Le directeur de l’établissement, Bernard Giraud soutient l’action des associations, mais l’afflux de visiteurs pendant les périodes des fêtes de fin d’année, ne permet pas d’assouplir les règles, ou de rallonger les plages horaires des parloirs. « Au sein de l’établissement, il y aura un menu spécial pour Noël et le Nouvel An. », confie-t-il. A l’évocation de l’augmentation des dépressions ou des suicides pendant les périodes de fêtes, comme évoqué dans l’article de Libération du 24 novembre, par un infirmier de la prison de Fresnes, « On est vigilants toute l’année, même si cette période est source de tensions pour les détenus. On parle d’ailleurs souvent des suicides, mais très peu des vies qu’on sauve… ».

Derrière les murs et les barbelés, c’est une véritable petite ville, ou se côtoient plusieurs acteurs : détenus, gardiens, administration pénitentiaire, associations, famille. Il y a une vie et une ville carcérale derrière les barreaux, sauf qu’en ces lieux la magie de Noël se résume à un colis de 5kg, et ironise jean-Claude Mauroux « un peu de sel en plus dans la popote ».

Du côté des associations, certaines organisent des goûters de Noël, d’autres restent fidèles au poste comme les membres d’Aviso, présents à tous les parloirs, même celui du 24 décembre. Marion Mayer-Bosch, déléguée régionale Occitanie de l’association GENEPI Montpellier regrette de devoir ralentir le rythme de leurs visites pendant les fêtes « car l’association est composée par une majorité d’ étudiants qui rentrent chez eux pour les fêtes ». Les bénévoles qui restent sur place continuent néanmoins les visites afin de ne pas rompre ce « lien d’humain à humain », entre citoyens libres et citoyens détenus, pour décloisonner la prison.

Malaise dans les prisons françaises

Avec 115 suicides en 2008 et 14 depuis le début de l’année 2009, le débat sur les conditions de vie carcérales est relancé. Lundi 16 février 2008, Karim, jeune détenu de 19 ans s’est pendu dans la prison de St-Paul de Lyon, l’une des plus vétustes de France. Le jeune homme, condamné pour vol aggravé, avait déjà fait deux tentatives de suicide depuis son incarcération en novembre dernier.
Le soir même, dans la nuit du lundi au mardi, un autre détenu de 44 ans est retrouvé pendu dans sa cellule de la maison d’arret de bois d’Arcy dans les Yvelines, un établissement connu pour être en surpopulation.
Le malaise est palpable dans le milieu pénitentiaire.

Entre le nombre de suicides qui augmente d’année en année et les évasions comme celle des deux prisonniers de Moulins qui a fait la une de l’actualité, l’heure est aux réponses à apporter. Aujourd’hui, c’est la surpopulation carcérale qui reste le problème majeur des prisons françaises.

images-10.jpgA la demande du cabinet de Rachida Dati, le docteur Louis Albrand a été chargé d’élaborer un rapport sur le suicide en prison. Il estime «qu’il existe des insuffisances dans le dispositif mis en place par l’administration pénitentiaire». Il constate également que plusieurs recommandations faites en 2003 n’ont pas été appliquées.
Par exemple, l’administration pénitentiaire n’a pas mis en œuvre le placement des détenus suicidaires en cellule sécurisées pendant soixante-douze heures. Faute de moyens et de volonté du personnel, ils sont placés en quartier disciplinaire. Ajouter à cela que la grille d’évaluation du potentiel suicidaire n’est utilisée que dans moins de la moitié des cas. Important aussi , la suppression des points d’accroches – alors que 95 % des suicides ont lieu par pendaison – celle-ci n’est réellement effective que dans les nouveaux établissements, car cela «nécessite un budget conséquent».

Dans un bilan de 2008 sur les suicides, l’administration pénitentiaire indique que plus de 70 % des personnes qui se sont suicidées avaient été repérées comme suicidaires.
Autre sujet de polémique, les détenus censés être en hôpital psychiatrique et qui sont placés en prison. Déjà, en octobre dernier la Cour Européenne des Droits de l’Homme avait épinglé la France pour «ne pas avoir protégé le droit a la vie» suite au suicide d’un détenu psychotique qui s’était pendu dans sa cellule en 2000. Ce nouveau drame n’est pas sans rappeller celui du jeune homme tué par son co-détenu atteint de problèmes psychotiques.

«On veut montrer que c’est vraiment la merde et que tu deviens fou»

Les prisonniers dénoncent aussi leurs conditions de vie difficiles. Sur le site du monde.fr, on peut voir des scènes de vie quotidienne filmées clandestinement par des détenus de la prison de Fleury Mérogis.
Deux heures et demi d’images ont étés tournées. Trois minutes peuvent être visionnées. Trois minutes qui révèlent la vétusté de la prison.

Prison2.jpgFocus sur la cour de promenade, jonchée de détritus, le ton est donné. Trois fois par semaine, les détenus ont droit de prendre une douche dans des lieux à la limite de l’insalubrité, murs moisis, bidon suspendu au plafond en guise de pommeau de douche. Dans leurs cellules, les prisonniers cuisinent sur un réchaud de fortune : quatre canettes et une serpillière imbibée d’huile alimentaire. On est loin des reportages qu’on peut voir à la télévision.
Les images brutes ont été confiées par leurs auteurs à deux réalisateurs, Karim Bellazar et Omar Dawson, qui dirigent la société de production i-screen, dans le but d’en faire un documentaire et de le proposer à des diffuseurs. Ils veulent le projeter à des élèves de ZEP dans le cadre de la prévention de la délinquance. S’adressant à la jeunesse des quartiers difficiles, un détenu déclare: «beaucoup pensent qu’aller en prison ce n’est pas grave et qu’ils en sortiront plus forts. nous, on veut leur montrer que c’est vraiment la merde et que tu deviens fous, là-bas». Un autre ajoute que «quand on est en détention, on voit plein de reportages télé sur les prisons. mais ils ne montrent jamais ce qui se passe vraiment parce que l’administration organise les visites et ne montre que les bâtiments en bon état. on s’est dit qu’il fallait montrer l’autre côté de la détention».

Un côté souvent inconnu du grand public. Les détenus qui ont voulu le mettre en lumière ont risqué une condamnation supplémentaire.
Les conditions de vie en prison restent un des gros dossiers du gouvernement Sarkozy.