SÉANCE TENANTE #6 – Dans l’attente filme des vies en suspens

Avec Dans l’attente, Sarah Limorté suit le parcours de huit afghans hébérgés dans les Cévennes. Présenté à Cinemed dans la section Regards d’Occitanie, le documentaire peint avec justesse et réalisme le poids de l’attente d’un permis de séjour.

Dans le cadre des ateliers Varan, Sarah Limorté réalise son premier documentaire sur le thème : « Est ce ainsi que les jeunes vivent ?». Elle choisit de partager le quotidien de jeunes réfugiés afghans dans le village de Lassalle. Une problématique qui lui tient à cœur : « A Marseille, je suis impliquée dans les actions du collectif soutien migrants 13». Son intérêt est renforcé par la méfiance qu’elle observe envers ces jeunes croisés dans les rues et les commerces du village. «  Il y avait souvent des discours hostiles à leur présence qui faisaient complétement contraste avec l’engagement des bénévoles». La réalisatrice marseillaise décide alors de montrer les difficultés de l’attente pour l’asile, de vivre ce processus de l’intérieur.

«Je suis allée frapper à leur porte. Je  n’en menais pas large, j’étais un peu intimidée». Mais très vite, les jeunes l’accueillent, l’invitant à manger et à boire le thé. L’échange humain s’établit de manière évidente. La communication linguistique, elle, s’avère plus complexe. Le groupe d’afghans ne comprend pas immédiatement que Sarah Limorté souhaite faire un documentaire sur leur parcours. « Je pense que je suis arrivée un peu comme un ovni, le lien s’est créé mais de là à amener une caméra…». La contrainte de temps – un mois pour réaliser le documentaire – n’a pas favorisé l’instauration d’une relation de confiance. La seule expérience que ces jeunes avaient de l’image était l’agressivité des journalistes de Calais lors du démantèlement de la jungle. Certains d’entre eux étaient terrorisés à l’idée d’être retrouvés par les talibans. D’autres craignaient que le film ait un impact sur leur demande d’asile. A force de discussions, ils acceptent d’être filmés mais à une seule condition, conserver leur anonymat.

Tout l’espace cérébral est occupé par l’incertitude de l’avenir.

Une contrainte formelle qui va peu à peu devenir un choix esthétique. Pour ne pas filmer les visages, Sarah Limorté choisit d’explorer le gros plan : les mains, les pieds, le jeu, les exercices de français, le téléphone. « J’ai beaucoup tâtonné avec ma caméra, je ne savais pas trop au début comment m’y prendre, mais très vite cela m’a ouvert une porte sur des détails, des moments de forte concentration, de focalisation sur des choses pour passer le temps». Avec ces gros plans, Sarah plonge le spectateur dans l’intensité de chaque instant. Les vies sont en pause. Tout l’espace cérébral est occupé par l’incertitude de l’avenir. Face à l’attente d’un permis de séjour, les projections dans le futur sont impossibles. Pourquoi apprendre une langue, créer de nouvelles relations, faire un effort d’intégration si c’est pour être expulsé du pays dans les mois qui suivent ? Ces jeunes sont marqués par des déchirements permanents. Les communautés qu’ils recréent volent constamment en éclat. : «Ils me parlaient beaucoup de leur colère d’être séparés. Je l’ai un peu vécu avec eux, je commençais à filmer quelqu’un et il me disait deux jours après « je m’en vais ».

Aujourd’hui, ils sont dans une toute autre dynamique. «J’ai fait ce film dans un moment de leur vie où ils étaient en suspens ». Ils ont quasiment tous obtenu une réponse positive à leur demande d’asile et sont désormais inscrits à des formations intensives de français et des formations professionnelles. Les jeunes afghans ont assisté à la projection de son documentaire avec beaucoup d’enthousiasme. La peur et la pudeur qui avaient poussé certains à dissimuler leur visage a fait place à la fierté. L’un d’entre eux confie même à la jeune réalisatrice :  « si tu refais un film je montrerai que je travaille, que je parle mieux français et là tu pourras montrer mon visage ».

Mais cette situation est loin d’être une généralité. De nombreux «dublinés » vivent dans la terreur d’être rattrapés par la police et expulsés rappelle Sarah Limorté. Elle dénonce l’arbitraire des décisions de l’Office Français des réfugiés et apatrides mais surtout la procédure Dublin qui impose de demander l’asile dans le premier pays franchi en Europe. «Se retrouver à renvoyer des francophones en Italie pour des questions d’empreintes, je trouve cela scandaleux».

SEANCE TENANTE #4 – Jean Lassalle, un héros atypique

On connait de lui son béret. Pierre Carles et Philippe Lespinasse ont suivi Jean Lassalle lors de sa campagne électorale de 2017. Un berger et deux perchés à l’Elysée ? raconte leur chemin au jour le jour, sans langue de bois.

4 avril 2017, au soir. Les onze candidats à l’Elysée sont présents au débat télévisé qui les oppose avant le premier tour de la présidentielle. Focus sur Jean Lassalle. Le Béarnais s’organise à sa manière dans les toilettes du studio. « Je n’ai rien préparé. Vous savez ma mère a mis huit jours à me mettre au monde. […] Je n’ai jamais pu rattraper le retard. » L’homme politique fait sourire. Voire carrément rire quand il compare la moralisation de la vie publique au toilettage d’un patient en maison de retraite. Le personnage est « un loser magnifique » s’amuse Pierre Carles, l’un des réalisateurs.

Alors pourquoi en faire le héros du documentaire ? Déprimés par le paysage politique français et assoiffés de révolution, Philippe Lespinasse et Pierre Carles se tournent vers les chefs d’Etat progressistes latino-américains. Dans le lot, Rafael Correa, Hugo Chávez… et Jean Lassalle, maire à 22 ans, qui n’a rien de sud-américain. Ni de Président. Mais les deux journalistes sont séduits. Ils voient en le berger de Lourdios-Ichère, un humaniste anti-libéral capable de gravir les échelons du pouvoir. Un pacifiste « le moins à droite des députés de droite », capable de remporter le « Château ». Il est difficile de les prendre au sérieux. Pourtant, les deux réalisateurs, « perchés » comme ils disent, en sont convaincus : le gardien de troupeaux sera à l’Elysée.

Pendant une année, ils décident de le suivre dans sa campagne électorale. Chargés aussi de l’aider à trouver les 500 parrainages nécessaires pour participer à la course folle vers la présidence. Une difficile chasse aux signatures où s’enchaînent les témoignages de soutien de ses proches et moins proches. Il faut dire que le petit candidat « libre, indépendant et populaire » rassemble tous les bords, du communiste au monarchiste qu’il charme par sa gouaille et son naturel. Quand il s’agit de chanter ou de monter sur les tables, Jean Lassalle est le premier volontaire. Le premier aussi à se cogner contre les meubles, renverser du vin et à ne pas reconnaître Philippe Poutou après deux minutes de conversation. Mais le berger n’en oublie pas une certaine part d’auto-dérision. « Vous savez, je suis une caricature ambulante », résume-t-il. Et cette caricature, quoique maladroite, croit en son pif.

Mais c’est sans compter sur ses faux pas. Comme le malheureux jour où le Béarnais rencontre Bachar el-Assad, jugé responsable de crimes de guerre. Le regard des réalisateurs change. Premières inquiétudes, les préludes à d’autres tracas. Ses brebis verront-elles l’herbe verte de l’Elysée ? Les résultats tombent. Malgré plus de 700 parrainages soit plus que Marine Le Pen, le candidat arrive en septième position avec 1.21% des voix. La réalité a refait surface.

En clôture de l’avant-première ce lundi à Cinemed, les deux journalistes, tantôt enthousiastes, tantôt désillusionnés, expriment leur joie d’avoir pu suivre le quotidien du berger le plus connu de France. Et comptent bien la partager avec leur reportage, dans les salles de cinéma en janvier 2019.

CINEMED : « Le Bouton de nacre » illumine le festival de toute sa beauté

Le nouveau documentaire du Chilien Patricio Guzmàn était présenté en avant-première lors du Festival Cinemed et il n’est pas passé inaperçu. Le « Bouton de nacre » est dans les salles obscures depuis mercredi.

C’est une histoire sur l’eau, le Cosmos et nous. Aussi dense qu’est le sujet du film, Patricio Guzmàn nous emporte dans un voyage mystique et sensoriel pendant près d’une heure trente. L’occasion de mettre en relation deux pans de l’histoire oubliés du Chili : celui des indigènes de Patagonie et celui des prisonniers politiques. Deux populations reliées entre elles par ces mystérieux boutons de nacre.

Après Nostalgie de la lumière, le cinéaste offre un documentaire majestueux et atypique. Parsemé de paysages époustouflants, de photos magnifiques, de cartes grandioses et d’intervenants bouleversants, Le Bouton de nacre montre une densité narrative et visuelle rare, mais également sonore. Patricio Guzmàn y capte des bribes de sons fascinantes démontrant qu’en plus d’avoir une vie, l’eau a une parole.

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On y parle aussi de l’espace, du Chili, de la responsabilité politique des États-Unis concernant le coup d’État de Pinochet et du destin des indigènes de Patagonie. La minutie du travail de recherche et artistique est exceptionnelle. Plus de mille photos d’indigènes ont été retrouvées et des cartes immenses ont été façonnées par une artiste Chilienne. Il a également fallu retrouver parmi la vingtaine d’Indiens survivants du massacre ceux en mesure de pouvoir témoigner.

La force du cinéaste Chilien est d’arriver à intégrer toutes ces thématiques, pourtant diverses, et d’en faire un tout cohérent – l’eau – fluide et linéaire. Il nous parle de ce pays qu’il aime tant, à la géographie si particulière. Le Chili est en effet bordé par 14 000 kilomètres de mer et par la cordillère des Andes.

Le Bouton de nacre est très personnel mais aussi universel. La mélancolie et la poésie des images ne cessent d’accompagner le spectateur pendant ce beau voyage. Il restitue l’une des histoires volée à ce pays d’Amérique du Sud, en rendant le plus beau des hommages. Si le succès est au rendez vous, le cinéaste Chilien a pour projet de se recentrer sur la cordillère des Andes, sa vie et son histoire… À suivre.

La Bande Annonce :

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« Un temps de président », que doit-on retenir des coulisses de l’Elysée ?



Lundi 28 septembre au soir, les Français ont pu s’immerger pour la première fois dans l’Elysée version François Hollande. 1H50 d’aperçu des coulisses de cette vie politique ont été mises au jour dans le documentaire « Un temps de président », d’Yves Jeuland. Avec des images tournées entre l’été 2014 et février 2015, voici quelques faits marquants dont il faut se souvenir.

«Un temps de président » est loin d’être le coup d’essai d’Yves Jeuland en matière de documentaire politique. En 2010, il suivait déjà l’ancien maire de Montpellier, Georges Frêche, alors en course pour la présidence de la région Languedoc-Rousillon. Le réalisateur a en 2012 suivi durant 5 mois la rédaction du journal Le Monde, plongée dans l’effervescence des dernières élections présidentielles. 2015 marque alors la rencontre forte avec le chef d’État français, sans pour autant tomber dans le voyeurisme.

Un rajeunissement ministériel sur fond de remaniement

L’entourage de François Hollande n’a pas hésité une seule seconde à se targuer de la jeunesse du gouvernement Valls II. Alors que le 24 août 2014, « les frondeurs » Arnaud Montebourg et Benoît Hamon s’élèvent tous deux contre la politique économique française, le Premier ministre n’a d’autre choix que de présenter la démission de son gouvernement dès le lendemain. Le 26 août 2014, le 38ème gouvernement de la Ve République française est annoncé.

« Un temps de président » commence alors, sur un moment difficile du mandat de François Hollande. Un personnage clé de la proche équipe du président apparaît alors : il s’agit de Gaspard Gantzer. Ce qui frappe en premier, c’est la différence d’âge du chef de la communication du président et responsable des relations presse, avec ses interlocuteurs. Cet énarque alors âgé de 35 ans lors du tournage, dénote particulièrement avec le reste de l’entourage de François Hollande. L’effet de surprise est d’ailleurs moindre, lorsque l’on voit M. Gantzer montrer une certaine joie lors de la nomination d’Emmanuel Macron à la tête du Ministère de l’Economie et de l’Industrie, quand on sait que les deux protagonistes sortent de la même promotion Léopold Sédar Senghor de l’ENA.

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Un éléments à retenir de ce remaniement ministériel, c’est le rajeunissement. Il est particulièrement visible avec les nominations d’Emmanuel Macron (37 ans), Najat Vallaud-Belkacem (37 ans) ou encore Fleur Pellerin (42 ans). La moyenne d’âge du gouvernement descend alors à 53 ans. On note d’ailleurs la réflexion du ministre des Finances Michel Sapin, lors de la première rencontre du gouvernement dans les jardins de l’Elysée : « On se sert les coudes contre les jeunes (rire), parce qu’avec tous les petits jeunes qui arrivent.. ».

La « solidité » du rôle de président selon François Hollande

De fil en aiguille, le réalisateur du documentaire a l’occasion de se rapprocher de plus en plus du président, et se retrouve côte à côte avec ce dernier pendant un déplacement. Un tweet apparaît alors à l’écran, parlant du livre écrit par Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment. Le président « n’est pas épargné ». Un conseiller tend le téléphone au président, nous laissant imaginer que ce dernier apprend la nouvelle. On se rappelle que quelques mois plus tôt, Closer lâche une bombe dans le paysage médiatique : c’est l’affaire Julie Gayet. Tout le monde en parle, la compagne du président claque alors la porte de l’Elysée et écrit dans le plus grand secret un livre qualifié par beaucoup de « vengeance ». Un haussement de sourcil. Si tant est que la séquence eut été réellement prise au moment ou M. Hollande découvre le tweet, c’est la seule réaction qu’il laisse échapper devant le réalisateur.

Samedi 6 septembre, c’est la réunion de rentrée du cabinet du président. François Hollande parle alors d’épreuves, notamment personnelles : « Il y a des épreuves personnelles, celles que je peux connaître, même si je ne fais rien paraître parce que je n’ai à répondre qu’à des questions politiques ». Il parle ensuite de « la solidité de son rôle et de sa solidité personnelle ». En tant que spectateur, c’est bien l’impression que nous donne le président, même si nous nous doutons que le réalisateur n’a pas eu l’occasion de filmer l’intimité de M. Hollande.

Un président « normal » ?

Le mot « normal » a souvent été utilisé pour représenter François Hollande, comme avant tout une personne douée d’une certaine humanité, même avec le titre qui est le sien. Toutefois, l’opposition n’a jamais cessé de reprendre ce mot pour donner dans la critique.

Un fait très intéressant qui fût observé dans le documentaire, c’est la relation du président avec son entourage. La surprise n’est pas vraiment au rendez-vous lorsque nous l’entendons fréquemment tutoyer ses interlocuteurs. Contrairement à cela, il est bien plus étonnant de constater que ces derniers tutoient le président de la république en retour. Outre le fait que le président ait apparemment une écriture indéchiffrable, la séquence lors de laquelle ses secrétaires, accompagnées de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de la présidence, corrigent le discours de M. Hollande, la scène tourne de plus en plus à la dérision.

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La scène se répète au moment de la réunion des membres de la commission des finances. Alors même que les députés socialistes traitent de la Loi Macron, sujet sérieux, le président entre dans la pièce en charriant Henri Emmanuelli. Tous les protagonistes en rient, l’ambiance semble résolument détendue.

Les attentats de Charlie Hebdo : une émotion intense

La France entière s’est réveillée avec la gueule de bois le 8 janvier 2015. La veille, Charlie Hebdo, journal satyrique, est attaqué en pleine conférence de rédaction par les frères Kouachi. 12 personnes tuées, 11 blessées, et dans le même temps leur complice Amedy Coulibaly tue 5 personnes entre le 8 et le 9 janvier. Bilan: jamais la France n’a vécu une telle attaque terroriste sur son territoire, très vite revendiquée par la branche d’Al-Qaïda au Yémen.

Après les moments de joie du Noël de l’Elysée, vient la torpeur. « Le 11 septembre français » titre Le Monde, alors posé sur le bureau de Gaspard Gantzer. Ce dernier lit la presse quotidienne, le réalisateur nous montre alors les portraits de Cabu, Charb ou encore Tignous. Yves Jeuland nous emmène dans les coulisses de l’Elysée au moment qui sera probablement vécu comme le pire du quinquennat de François Hollande.

Après la conférence donnée par Jean-Pierre Jouyet à l’Elysée, on voit un François Hollande en plein désarroi, au téléphone avec une personne présente dans l’Hyper Cacher. Puis s’en suit la marche des quarante-quatre chefs d’états à Paris, et la visite du président à la famille d’une des victimes. Le réalisateur terminera en nous montrant des images de la Grand Messe à la Synagogue de la Victoire, célébrant les défunts : l’émotion est à son comble.

Ainsi, le documentaire d’Yves Jeuland se termine sur un moment terrible pour la France. Il est presque difficile de tirer des conclusions après une fin pareille, tant ces dernières séquences rappellent l’effroi que les Français et le monde entier ont vécu durant la seconde semaine de janvier 2015. La presse et la «twittosphère » ont cependant, mis peu de temps à donner leurs réactions suite au visionnage d’ « Un temps de président ».

Mais où sont les femmes dans l’Elysée ?

La toile s’est donc empressée de réagir à l’expérience d’Yves Jeuland et à sa diffusion sur France 3. Le Point a été jusqu’à parler d’un « mélange de vanité et de vacuité », accusant le président Hollande de ne pas avoir pris la moindre décision importante durant les six mois du tournage. Outre ce « manque de décisions », ou encore « la malchance de François Hollande », une des réactions les plus notables est le manque apparent de femmes dans les coulisses de l’Elysée.

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Et pour souligner cela, beaucoup ont critiqué le manque visible de femmes dans l’entourage du président ; le hashtag « #UnTempsDePresident s’est vu inonder de contestations et de plaintes, alors même que le documentaire était en cours de diffusion. La séquence lors de laquelle François Hollande est coiffé et maquillé par deux femmes, a été fréquemment reprise pour prouver que le peu de femmes montrées dans le documentaire sont soit coiffeuses, maquilleuses ou secrétaires. Il semble évident pour l’audience, que la parité dans le gouvernement ne suffit pas. Comme cela a été précisé dans un article de Rue89, seulement 16 femmes composent le cabinet de François Hollande.

A bientôt 18 mois des élections présidentielles, il reste un grand nombre de défis à relever pour François Hollande, son cabinet et son gouvernement. Les sondages mènent en ce moment la vie dure au PS : une vague bleue est annoncée pour les élections régionales de décembre, et ce, après la déroute socialiste lors des élections départementales. Il semble que l’Elysée va encore connaître des jours difficiles.

Intime conviction : quand la fiction rencontre la réalité… ou l’inverse

La chaîne ARTE revisite le genre policier, en proposant aux tantôt internautes tantôt téléspectateurs d’enfiler la peau d’un juré aux assises. Explications.

Suivre un procès d’assises comme si on y était ? C’est le dernier projet d’ARTE. Créer un dispositif multimédia pour projeter le spectateur dans un espace fictionnel qui se cogne à la réalité. Un dispositif en deux temps : d’une part « l’affaire » sous forme d’un téléfilm diffusé vendredi dernier sur Arte. L’histoire de Paul Villers qui découvre un soir, après une dispute, le corps de sa femme qui, à première vue, s’est suicidée dans la salle de jeu des enfants. Le film débute par la découverte du corps et se conclut par la mise en examen du mari, sans preuve mais fondée uniquement sur l’intime conviction de la policière en charge de l’affaire.

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Jusque là un téléfilm policier tout ce qu’il y a de plus banal….

Mais dans un second temps, la chaîne met à disposition l’ensemble des pièces constitutives de l’instruction du meurtre ou suicide de Manon Villers, sur un site entièrement dédié : intimeconviction.arte.tv.. Sous la forme d’une web série conceptuelle associant la multivision et les réseaux sociaux, l’internaute avance d’épisode en épisode vers le verdict de Paul Villers. Le projet d’ARTE est de proposer aux spectateurs d’entrer dans les rouages d’un procès. Précisément, dans la peau d’un juré : situation possible pour tout citoyen âgé de plus de 21 ans et étant inscrit sur les listes électorales, à condition d’être tiré au sort. Ainsi, le site donne accès à toutes les pièces du dossier jusqu’aux plus confidentielles, comme les photos de la scène de crime, de toutes les preuves, des auditions, bref : une mise en situation absolue. Ou plutôt, une mise en scène absolue, entre le Cluedo et 10 ème Chambre instants d’audiences de Raymond Depardon, le spectateur suit le procès afin de se forger son intime conviction. .. Le choix du casting permet la confusion entre fiction et réalité. Car à l’audience, dans le tribunal de Tours, ce sont de vrais procureurs, juges et avocats. Tandis qu’à la barre, l’acteur Philippe Torreton interprète Paul Villers. L’ensemble des protagonistes du téléfilm sont aussi présents. Le mélange entre la véracité de la cour et du décor et les interprétations – excellentes – des acteurs, immerge le spectateur à tel point qu’il puisse être affecté pour de vrai par l’affaire. L’effet « jeu de rôle » fonctionne, bien que les commentaires intempestifs des autres participants en bas du lecteur perturbent plus qu’ils ne servent la vidéo. Ce détail mis à part, c’est une idée à la fois citoyenne et divertissante qui permet peut-être d’entrevoir ce que pourrait être la télévision du futur…

« Sugar Man » : à la recherche de Sixto Rodriguez

Sixto Rodriguez, c’est le soldat inconnu de la folk américaine des seventies. Il est le protagoniste de Sugar man, le premier documentaire de Malik Bendjelloul, en ce moment à l’affiche.

Sugar Man, enquête musico-journalistique de Malik Bendjelloul, revient sur le parcours d’un musicien atypique, né dans les années quarante à Détroit : Sixto Rodriguez. Le chanteur, entiché de musique grâce à la guitare de son père, écrit les banlieues ouvrières de cette Amérique que l’on oublie parfois. Ses textes sont aussi poétiques que politiques et sa voix attire rapidement les chasseurs de succès. Pourtant, après deux albums sortis en 1969 et 1971, les honneurs attendus ne sont pas aux rendez-vous. Sixto Rodriguez, toujours ouvrier, abandonne sa carrière musicale et disparaît de la scène publique. 


Une icône ressuscitée

Pendant ce temps, l’Afrique du sud s’ébranle, toute coupée du monde qu’elle est. La musique de Sixto Rodriguez y arrive, par le hasard d’un disque oublié dans la valise d’une touriste américaine. Une génération privée de liberté reprend Sugar man, l’histoire d’un dealer américain. Rapidement censuré, il devient un étendard pour les rares afrikaners qui luttent contre l’apartheid. D’aucuns le comparent à Bob Dylan et il vend plus de 500 000 albums, devenant, sans le savoir, une véritable icône de la « nation arc en ciel ».
Dans les années 90, un vendeur de disque et un journaliste musical, tous deux Sud-Africains, veulent en savoir plus sur ce mystérieux artiste. Ils le pensent mort, suicidé sur scène, immolé ou victime d’une overdose en prison. Leur démarche d’enquête constitue la base du documentaire de Malik Bendjelloul. Les pérégrinations de ces fans de la première heure nous mènent doucement vers la révélation : Sixto Rodriguez n’est pas mort. Il travaille dans la démolition, toujours bien arrimé au bitume de la Motown qu’il décrivait dans ses chansons. La suite, émouvante quoiqu’un peu galvaudée, raconte la rencontre des deux protagonistes avec Sixto Rodriguez, sa vie modeste dans la ville du moteur puis la consécration, enfin, de ce musicien talentueux. A l’initiative des deux acolytes, il découvre son public, immense et passionné, lors d’une tournée en Afrique du sud en 1998.

Un documentaire original et passionnant

Malik Bendjelloul signe un documentaire presque à la hauteur du talent de Sixto Rodriguez. Les témoignages sont bien choisis, émouvants sans être complaisants. Les images sont soignées et la bande son – signée Rodriguez – ravira les amateurs de folk. La première partie du documentaire souffre parfois de longueurs, et quelques images prétextes – qui viennent pallier le défaut d’images d’archive de l’artiste – gâchent un esthétisme par ailleurs bien maîtrisé. On regrette que le documentaire soit quelque peu romancé. En effet, Sixto Rodriguez n’ignorait pas tout de son succès puisqu’il avait effectué plusieurs tournées en Australie au début des années 80 avant d’abandonner effectivement la musique. Malik Bendjelloul occulte complètement cette partie de la carrière de Sixto Rodriguez. L’histoire, vraie, se suffisait à elle-même. Le résultat est toutefois convaincant et le rythme ne souffre pas trop des quelques excès de Bendjelloul et la seule découverte du trop peu connu Rodriguez est un argument suffisant pour aller voir Sugar Man.

Les Pairs du Rap

Sorti cet été, il est désormais disponible au téléchargement, illégal ou légal (à chacun de trouver ses raisons), le documentaire tant attendu du rappeur Ice-T et du réalisateur Andy Baybutt : « Something from Nothing : the art of rap » .

Se posant devant la caméra et non plus derrière le micro, Ice-T nous rapproche des débuts du Hip-hop de New-York, Detroit, LA. Avec son partenaire, il rencontre pour nous, d’une côte à l’autre de l’Amérique, ceux qui ont fait le rap, afin d’en faire surgir l’essence. Un documentaire dont l’angle surprend et satisfait : comment ont-il écrit, pourquoi, et que c’est-il passé depuis ?

Des images magnifiques d’individus vieillis face à une discipline en pleine jeunesse.
Seul hic, peut-être, la participation un peu trop impliquée de Tracy Marrow (Ice-T). Elle commence par le souhait légitime d’un ancien DJ de présenter une facette technique de son monde, mais propose petit à petit un catalogue de ses propres prouesses.

Le documentaire se termine par un couché de soleil. Entre lui et nous, Ice-T, de profil, qui nous assure rester vrai. En posant un œil sur sa carrière, on pourrait finir par le croire. En tout cas on le remercie.

Ce documentaire reste 1 h 30 de plaisir pour les amateurs de Hip-hop. Il offre enfin un nouvel angle à l’intérêt qu’on porte à la discipline : celui de l’intérieur.

Perseverance is the word

L’attrape salive ici !

Le président : chronique d’un « monstre » politique

Mercredi 15 décembre sort Le président, le nouveau documentaire d’Yves Jeuland. Près de deux mois après la mort de Georges Frêche, le film retrace la dernière campagne politique de « l’empereur de Septimanie » : les Régionales 2010.

Les larmes coulent sur son visage, sa voix est éreintée par l’émotion. Debout sur la tribune, Georges Frêche galvanise une audience déjà toute acquise à sa cause. Ce moment fort du documentaire est symptomatique du dilemme vécu par la caméra d’Yves Jeuland. « Le président » l’avouera plus tard, mais il ment. L’histoire qu’il raconte, son grand-père travaillant dur et uniquement muni de sabots, est fausse ou romancée du moins.

L’empathie gagne pourtant le spectateur. Le réalisateur, qui a pris conscience qu’il suivait «le dernier combat d’un homme», restitue toute l’ambiguïté et la complexité du personnage. Fort, grande gueule et orateur de talent, mais cynique et prêt à tout pour gagner, le trait caractéristique du personnage était de mettre en application sa philosophie de vie : «Je suis un tendre, mais si vous êtes trop tendre, on vous tue. Moi, je tue le premier et je pleure après.»

Dans la peau de Georges Frêche

L’immersion dans l’univers frêchiste est totale, Yves Jeuland a parfaitement su se faire oublier des protagonistes. Le résultat donne l’impression au spectateur de vivre la campagne de l’intérieur, sans intermédiaires. Les relations de l’ancien maire de Montpellier avec ses collaborateurs ne subissent visuellement pas de contraintes. À tel point qu’ils en oublient souvent la présence du réalisateur.

Frédéric Bort, directeur de cabinet, est omniprésent et ses conseils sont parfois immoraux. «Il faut mentir en politique» explique-t-il au grand Georges. Ce dernier, qui visiblement n’a pas besoin de conseil en la matière, reconnaît plus tard qu’il sort parfois «les chiffres qui lui viennent à la tête».

La solitude du pouvoir

Le documentaire met en exergue la façon de faire du « président ». L’homme est politiquement seul dans son combat, ses colistiers ne sont que très peu présents et tentent dans de rares occasions d’ajouter leurs touches à cette campagne. L’impression ressentie accorde une grande place à son cabinet. Frédéric Bort et Laurent Blondiau, responsable de sa communication, le harcèlent de remarques et de recommandations.

Des consignes qu’il ne suit qu’occasionnellement. «Pas d’attaques personnelles !», son communicant se veut implacable, « l’empereur de septimanie » dans son entêtement l’ignore. Critiquant tour à tour Arnaud Montebourg, «ce petit morveux», Martine Aubry et le plus souvent sa nouvelle rivale Hélène Mandroux, sa campagne est sans concession.

Sur fond d’affaire Fabius

Au-delà du charisme de Georges Frêche, le documentaire a gagné un intérêt soudain le 28 janvier 2010. Dans l’Express, le président attaque Fabius sur sa «tête pas très catholique». Cette campagne des régionales, qui devait se résumer en un affrontement entre la gauche Frêchiste et la droite de Raymond Couderc s’est transformée en une lutte fratricide entre socialistes. L’ancien maire de Montpellier devint alors une attraction nationale. Défendu ou pourfendu, les médias se sont focalisés sur le personnage et l’élection est devenue une sorte de référendum dont « le président » est sorti gagnant.

La conclusion est identique pour ce documentaire qui dépeint avec brio la personnalité d’un des leaders les plus charismatiques de la politique régionale et française.

« Le président » : la bande-annonce du film

La naissance de l’enfant de mai 68

Le 27 novembre, la société des lecteurs de Libération a organisé au cinéma Grand Action de Paris, une projection-débat en compagnie des journalistes et anciens membres de la rédaction. Deux films ont été diffusés lors de cette rencontre ouverte au grand public, dont celui de Patrick Benquet.

« Draquila » un documentaire anti-berlusconi

Le nouveau documentaire de Sabina Guzzanti : « Draquila, l’Italie qui tremble » est sorti en salle ce mercredi 3 novembre. Après « Viva Zapatero!», la réalisatrice italienne livre une nouvelle critique de Silvio berlusconi.

Quelle meilleure publicité pour le quatrième long métrage de Sabina Guzzanti que les dernières déclarations du président du conseil italien, Silvio Berlusconi? Il Cavaliere s’est une nouvelle fois illustré cette semaine. Récemment mis en cause dans un nouveau scandale sexuel, il a déclaré qu’« il vaut mieux avoir la passion des belles femmes qu’être gay ».

Ce documentaire, présenté au dernier festival de Cannes, avait fait parler de lui suite au refus du ministre des Biens et des Activités culturels, Sandro Bondi, de venir au festival car il estimait que le film était une offense à l’Italie.

Il faut dire que Sabina Guzzanti n’épargne pas le chef du gouvernement italien. La réalisatrice dénonce la mauvaise gestion du tremblement de terre qui a eu lieu à L’Aquila, capitale des Abruzzes, en avril 2009. Par ce tragique événement, Silvio Berlusconi a vu une formidable occasion de redorer son image alors qu’il chutait dans les sondages. Cette ville, dans laquelle de nombreux monuments ont été endommagés par le séisme, est laissée à l’abandon. Il Cavaliere se présente en sauveur et charge la protection civile (un organisme de secours) de construire de nouvelles habitations dans la campagne environnante. Mais à quel prix? Il écarte les autorités locales et les habitants des décisions concernant la reconstruction. Et profite de ce qu’il définit comme une urgence pour contourner les lois, notamment en matière d’urbanisme. On découvre aussi le sort réservé aux sinistrés pendant la durée des travaux. Ils se retrouvent pendant des mois dans des hôtels loin de leur ville ou dans des campements de fortune. A l’arrivée, si certains seront relogés, se sont quelques 30000 habitants qui se sont retrouvés sans abris.

La Mickael Moore italienne

Sabina Guzzanti
Sabina Guzzanti n’en est pas à son coup d’essai. En 2005, le documentaire « Viva Zapatero! » présentait l’enquête qu’elle avait mené suite à la déprogrammation de son show Raiot de la télévision publique. Elle dénonçait le non-respect de la liberté d’expression dans une Italie où Silvio Berlusconi contrôle la quasi-totalité des médias. « Draquila, l’Italie qui tremble » a reçu un franc succès en Italie. Plus dramatique que « Viva Zapatero » selon la réalisatrice, le documentaire mêle tout de même sérieux des témoignages et ton humoristique. Et ça fonctionne!

Dans sa démonstration elle montre comment Il Cavaliere utilise l’État pour servir ses propres intérêts. Il arrange les lois à sa manière, place des personnes de son entourage (ses liens avec la mafia sont aussi abordés), contrôle les télévisions et réussi ainsi à manipuler l’opinion publique. Tout cela sans réaction d’une opposition quasi inexistante.

Ce film présente tout de même un espoir pour les italiens. Si l’Italie est derrière la France au classement de la liberté de la presse (les deux pays sont respectivement à la 49ème et 44ème place), il est encore possible de critiquer ouvertement le pouvoir en place.